La Révolution, une période bien connue du grand public comme des historiens, pourtant on ignore souvent que ce fut une période faste pour l’édition. C’est à cet aspect original de l’histoire de la Révolution qu’Olivier Ritz consacre cet ouvrage : Une histoire littéraire de la Révolution française, une histoire des écrits politiques, des idées, des lecteurs entre 1788 et 1801.

Devant une telle production, l’auteur a dû faire des choix et a opté pour une présentation chronologique qui mêle événements et production littéraire. Chaque chapitre est suivi d’une chronologie des faits marquant et des publications.

Commencements

5 juillet 1788 – 14 septembre 1791

Un événement médiatique

Avant même la Révolution, la production imprimée se développeEnviron 3 000 écrivains à la fin du XVIIIe siècle.Au point qu’on peut parler d’une explosion éditoriale, favorisée par les salons très prisés durant tout le siècle.

La préparation des États généraux favorise l’impression de brochures sur les réformes souhaitées. De nouveaux auteurs se font un nom comme Jean-Joseph Mounier, avocat grenoblois, après la journée des Tuiles, ou l’abbé Sieyès. L’auteur présente rapidement quelques-uns de ces nouveaux écrivains. Une presse politique voit le jour.

L’ouverture des possibles

L’engouement pour le 14 juillet est certain.4est une nouvelle ère, « l’an premier de la liberté » pour Camille Desmoulins, même si le privilège de librairie n’intervient qu’en août 1790. Si la censure royale disparaît, les autorités parisiennes tentes de réguler les publications, en particulier les journaux. Ils ont parfois la critique acerbe ce dont se plaint Olympe de Gouges.

L’auteur invite à observer à la fois les événements et les publications politiques et romanesques. C’est l’occasion de découvrir auteurs plus ou moins oubliés comme Jean-Baptiste Louvet ou Marie-Joseph Chénier.

La fièvre révolutionnaire

Le palais royal est au centre de la vie littéraire. Les journaux rendent compte de la Fête de la Fédération. Des journaux royalistes, comme L’Ami du roi des Français, de l’ordre et surtout de la vérité, répondent à l’Ami du Peuple ou aux Révolutions de Paris.

L’institution de la liberté

Ce chapitre qui court de janvier à septembre 1791, met en lumière les romansLa chaumière indienne de Bernardin de Saint-Pierre, la production théâtrale, dont la pièce d’Olympe de Gouges écrite après la mort de Mirabeau. Les grands hommes sont mis à l’honneur : Voltaire transféré au Panthéon.

L’adoption de la Constitution est commentée par Volney (les Ruines), et Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Combats

15 sept. 1791- 28 juillet 1794

Le travail de l’opinion

L’auteur montre le développement d’ouvrages collectifs, dont L’Almanach du père Gérard qui défend la Constitution. Comme bien d’autres publications, il s’agit de susciter l’adhésion des Français. Toutefois, le roman n’est pas absent dans cette période.

Aux armes citoyens !

L’année 1791 est mouvementée : chute de la monarchie, nouvelle assemblée constituante. Elle est marquée par la violence aux frontières, mais aussi dans le pays, une situation qui inspire les auteurs. Il est ici question du Chant de guerre pour l’armée du Rhin, et aussi des écrits de « deux femmes puissantes » ; Olympe de Gouges et la citoyenne Manon Roland.

L’auteur présente le succès des pièces de Beaumarchais dont la dernière La mère courage est donnée le 4 juin 1791. Il dit aussi les ambiguïtés de l’auteur dans cette période trouble. La presse comme les livres reflètent les conflits politiques du temps.

La République démocratique des lettres

L’auteur part, dans ce chapitre, de trois représentation postérieures représentatives de la période : La mort de Danton de Georg Büchner, Quatrevingt-treize de Victor Hugo et La cité révolutionnaire est de ce monde par le Théâtre du Soleil et Ariane Mnouchkine. Il rappelle les faits marquants de la période 7 avril 1793 – 28 juillet 1794 : tribunal révolutionnaire, Loi des suspects, chute de la Gironde. C’est un moment de rupture dans l’histoire littéraire : arrestation d’Olympe de Gouges, obligation du dépôt légal des publications, contrôle des théâtres.

Pourtant, des institutions émergent : ouverture du Musée des arts, le futur Louvre, du Musée des monuments français. La volonté de rupture est forte : adoption d’un nouveau calendrier, mise en place d’une politique d’éducation populaire grâce au Recueil des actes héroïques et civiques des républicains français, tiré à plus de 200 000 exemplaires ou avec des romans comme Les aventures de Jérôme Lecocq. Le péril extérieur conduit à une mobilisation littéraire pour célébrer les principaux événements de la révolution.

Inventions

29 juillet 1794 – 15 juillet 1801

Les inventions de Thermidor

L’auteur rappelle la « réaction thermidorienne », selon l’expression d’Albert Mathiez. C’est alors que le terme de terreur apparaît sous la plume de Jean-Lambert Tallien, dans un discours du 28 août 1794, pour dénoncer Robespierre. La « terreur » est une formule qualifiée de « mensonge d’État » par Jean-Clément Martin.

Les comptes-rendus du procès Carrier sont repris dans de nombreuses brochures et dans quelques romans. Ces publications masquent les oppositions réelles derrière des attitudes vengeresses.

Quelques auteurs font leur retour, d’anciens textes sont réédités comme L’esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit de Condorcet, symbole de l’écrivain persécuté. Les sociétés savantes renaissent, tout en assurant une forme de continuité avec la politique éducative de la Convention : création d’une éphémère École normale, création plus durable du Conservatoire des arts et métiers, de l’École centrale des travaux publics, devenue Polytechnique en septembre 1795.

La discorde et la renommée

La production littéraire est favorisée par une plus grande liberté d’opinion et la vigueur des conflits d’idées. Madame de Staël est de retour, non sans critiques, comme Benjamin Constant. Les romans de DiderotJacques le fataliste, la religieuse sont imprimés et diffusés pour la première fois à un large public. Des autrices comme Constance de Salm dans l’Épître aux femmes, reprennent les revendications féministes.

Si de nombreux écrits défendent les idées républicaines, des thèses royalistes renaissent avec, notamment, un jeune auteur Chateaubriand.

Les romans à la mode

Las des débats politiques, le public se passionne pour les romans sur fond d’émigration, d’histoires tragiques. Les romancières sont de plus en plus nombreuses. Les philosophes et les dictionnaires retrouvent un public, alors que les campagnes militaires (Italie, Égypte) suscitent un intérêt croissant.

Tourner la page

L’auteur présente l’échec éditorial du Nouveau Paris de Louis-Sébastien Mercier.

Au printemps 1800, la censure de la presse est en partie rétablie.

Deux romans, qui mettent en scène la famille royale, sont bien accueillis. Des écrivains comme La Harpe et Fontanes retrouvent un auditoire pour des récits d’un passé idéalisé, avec l’appui de Lucien Bonaparte.

Le volet éducatif est plus restrictif, moins d’école pour les pauvres et pas pour les femmes. La loi restrictive de Chaptal est critiquée par deux pamphlets : Projet d’une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes de Sylvain Maréchal et celui de Jeanne Gacon-Dufour Contre le projet de S. M. portant défense d’apprendre à lire aux femmes.Si le premier connaît une réelle publicité, ce n’est pas le cas des écrits de Jeanne Gacon-Dufour, sa complice dans l’attaque contre Chaptal.

La période est aussi celle de la publication de nombreuses Histoire de la Révolution.
Le 7 juillet 1803, la censure préalable est rétablie.

 

Si comme l’écrit Olivier Ritz, dans sa conclusion,

Les milliers d’imprimés qui envahissent l’espace public font circuler des informations et des idées.» (p. 343)

on peut noter que bien peu ont connu une postérité. Qui les connaît aujourd’hui ?

C’est tout l’intérêt de cet ouvrage qui donne à voir une autre Révolution, une liberté d’expression qui retrouve la censure sous Napoléon.

L’ouvrage offre un large tour d’horizon de la production littéraire et politique de la Révolution.