« Qu’elles soient charnières, exceptionnelles ou ordinaires, les années traitées dans cette collection « Une année dans l’histoire » dirigée par Florian LOUIS, ont en commun de ne pas être anodines. Toutes offrent un observatoire privilégié sur une période ou un enjeu historique. Chaque livre offre non pas une histoire factuelle de tout ce qui s’est passé durant cette année, mais une mise en lumière du sens et de la portée de cette année dans l’histoire. »
L’année 1949 marque l’entrée dans un conflit sans déclaration de guerre, qui divise un continent, façonne les sociétés et structure durablement l’ordre bipolaire. C’est ce que montre Justine FAURE, professeure d’histoire à l’université de Lille, dans cet ouvrage. Spécialiste de la Guerre Froide, elle est notamment l’autrice de Liberté de la recherche en temps de Guerre froide. Les chercheurs américains et la bloc de l’Est (CNRS ditions, 2027) et de La Guerre froide (La Documentation photographique, 2024).
Si l’entrée en Guerre froide est désormais analysée par les historiens comme un processus graduel se déroulant de la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années 1950, 2 dates recueillent une attention particulière : 1947, lorsque les doctrines Truman et Jdanov officialisent l’affrontement de deux camps désormais antagonistes, et 1950, la guerre de Corée marquant le passage à une confrontation militaire et mondialisée. Pourtant, la « cristallisation de la Guerre froide en système » (Pierre GROSSER) est déjà bien achevée en 1949, date du début du blocus de Berlin, de la signature du Traité de l’Atlantique Nord, de la création de la République populaire de Chine ou de l’obtention de l’arme nucléaire par l’U.R.S.S.
La division de l’Europe en deux camps antagonistes séparés par un rideau de fer est un symbole de la Guerre froide comme « une guerre de délimitation, de séparation physique et idéologique de deux mondes » (Philippe SARASIN). Jamais au cours de la Guerre froide les circulation ne se normaliseront de chaque côté, en particulier à l’Est. L’année 1949 représente donc un jalon essentiel : la matérialité du rideau de fer se renforce et la fracture du continent s’approfondit, bouleversant les sociétés et redéfinissant les identités. La République Fédérale d’Allemagne est créée en mai et la République Démocratique Allemande en octobre.
En 1949, l’Europe est un continent fracturé par une frontière à la fois physique, politique, discursive et mentale. Cette séparation exerce un impact profond sur des sociétés polarisées dans lesquelles la Guerre froide s’affirme comme horizon d’attente et contribue à la création d’un imaginaire singulier et d’identités sociales distinctes et antagonistes. Face à une stalinisation et une satellisation de l’Europe de l’Est, la solidarité entre pays occidentaux se renforce alignés avec les Etats-Unis.
Progressivement, la Guerre froide, conflit politique et idéologique, prend une coloration de plus en plus militaire. En 1949, Staline prend une série de décisions destinées à renforcer son outil militaire : il lance en juin un programme de développement de la marine, renforce à partir de juillet les recherches sur les armes bactériologiques, réorganise la formations des cadres puis le commandement militaire. Dans ce contexte, la seule protection contre une éventuelle invasion soviétique est de constituer une alliance militaire occidentale autour des Américains, eux seuls pouvant offrir de réelles garanties de sécurité. L’article 5 du Traité de l’OTAN dédié aux mécanismes de solidarité en cas d’attaques fait d’ailleurs l’objet de longues négociations. Son caractère automatique est finalement atténué. L’équilibre de la terreur et le principe de la dissuasion nucléaire, finit par nourrir un imaginaire de guerre et une culture de l’anxiété durables.
Un deuxième front de la Guerre froide s’ouvre alors en Asie. La décolonisation, issue parfois de l’articulation entre nationalisme et communisme, contribue à mondialiser la rivalité américano-soviétique tout en suscitant d’importantes réserves et résistances. Après la proclamation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949, Mao veut consolider la relation sino-soviétique par un traité finalement signé en février 1950 dans lequel Staline s’engage à soutenir la révolution chinoise sur le plan militaire et économique. Toutefois, malgré la prudence, voire la réticence des deux Grands, l’ombre de leur confrontation s’étend sur le continent asiatique. Or le spectacle offert par l’Europe, divisée en 2 blocs hostiles nourrit en Asie le refus de l’alignement. Nehru, premier ministre indien, en est l’un des porte-paroles. La Corée sera l’année suivante le théâtre de l’affrontement militaire indirect entre les 2 blocs.
L’année 1949 offre un instantané d’une période clé de la confrontation américano-soviétique : celle de la transformation, graduelle en système international. Les Etats-Unis et l’U.R.S.S. agissent comme deux superpuissances globales. Toutefois, Justine FAURE, insiste sur la non linéarité de ce processus et montre les processus de résistances existant déjà à l’intérieur des deux blocs en 1949, qui n’empêcheront toutefois pas la Guerre froide de s’imposer, avec des hauts et des bas, jusqu’en 1991.



