50, 100, 150 ans Le Québec en trois temps
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50, 100, 150 ans Le Québec en trois temps

Revue Histoire, économie et société, époques moderne et contemporaine n° 4/2017, Colin

Christiane Peyronnard
jeudi 11 janvier 2018

2017 Année de commémorations offre l’occasion d’étudier l’histoire du Québec au regard de trois dates : les 150 ans de la Confédération canadienne, les 100 ans de la crise de la conscription et les 50 ans du voyage du général De Gaulle, trois « moments clés du rapport du Québec aux autres nations » (p.5) mais aussi de revisiter l’identité québécoise.

Eric Dédard, professeur à l’université parie-Sorbonne analyse l’année1867, date considérée comme celle de la première fondation du Canada qui a inscrit l’histoire du Québec dans le régime monarchiste et le fédéralisme anglophone. Il resitue cette date dans son contexte mais surtout il analyse les conséquences pour la minorité francophone ainsi que les différends regards historiographiques sur l’événement.

Michel Bock, professeur à l’université d’Ottawa retrace les grandes lignes du nationalisme québécois. Comment les Québécois ont pu se considérer comme dominés, colonisés ?
La première période est marquée par un nationalisme grandissant face à la Confédération avec un point haut avec le refus de la conscription en 1917. L’auteur montre notamment le rôle de l’abbé Groulx dans les années 20 pour une définition de la nation québécoise francophone et catholique. La période suivante 1937-1957 est marquée par une évolution du traditionalisme vers un « néonationalisme » né du refus du service militaire obligatoire instauré en 1942.
Enfin la période de la décolonisation des empires aux lendemains de la guerre influence la réflexion des intellectuels tel André Laurendeau qui mettent les Canadiens-français au rang des peuples colonisés, un virage idéologique.

Il existe pourtant des intellectuels tentés par l’américanisation, c’est le cas de l’économiste Edouard Montpetit (1881-1954) auquel est consacré l’article de Gérard Fabre [1]. Il en montre le parcours et le rôle d’ouverture à l’influence américaine au sein de l’université de Montréal marquée à la fois par la tradition et le modernisme.

Jean-Philippe Warren, sociologue de l’université Concordia (Montréal) revient sur l’épisode du refus de la conscription pendant la première guerre mondiale. Il montre les réactions opposées des Canadiens français, pacifistes alors que ceux qui étaient installés aux États-Unis se sont révélés interventionnistes. Il cherche à comprendre cette contradiction.

Durant le second conflit mondial l’attitude du Québec vis-à-vis du régime de Vichy est ambivalente selon Marc Bergère, maître de conférence à Rennes 2. Si le soutien à la France pétainiste est réel les historiens cités dans cet article en montrent les limites et font apparaître les clivages de la société québécoise. L’auteur montre le parallèle du soutien à Pétain à l’adhésion à De Gaulle au Québec comme en France. Il explique aussi comment le Québec a pu, dans cette période, être le relais de la culture française dans le monde. Il évoque aussi l’affaire « des réfugiés politiques français » (1948-1951) et le rôle de la mouvance clérico-nationaliste. Enfin l’auteur analyse comment ces événements ont été abordés à partir de 1980, un réveil mémoriel.

Que dirent de l’histoire du Québec sept historiens américains ou français, c’est à ce détour qu’invite l’article de François-Olivier Dorais, doctorant de l’université de Montréal. Pourquoi cet intérêt pour une histoire étrangère et comment leurs écrits ont-ils été reçus au Québec ? L’auteur met face à face l’historien américain Francis Parkman et le Français François-Edme Rameau de Saint-Père. Au XXe siècle on retrouve la nostalgie de l’Amérique française mais avec des analyses variées chez Etienne-Michel Faillon, Gabriel Hanotaux, Emile Salone et André Siegfried. Pour les historiens américains MasonWade voient les Canadiens français comme des Sinn-Feiners, critique d’un nationalisme « provincialiste ». Quant à Jean Delanglez qui étudie les explorations des pays des Lacs et du Mississippi inscrit ses travaux inscrits dans l’école positiviste vont entraîner le développement au Québec dans la seconde moitié du XXe siècle d’une nouvelle historiographie critique.

Un article est consacré au voyage du général De Gaulle il y a 50 ans. Magali Deleuze, professeur au Collège royal militaire du Canada à Kingston présente les travaux d’analyse de ce voyage. Elle insiste sur l’impact sur une redécouverte de la France au Québec et plus largement au Canada sur les enjeux de la francophonie. [2]

Par Christiane Peyronnard

[1chercheur au CNRS, spécialiste des échanges culturels entre la France et la Canada

[2Sur ce sujet on trouvera des développements dans : Dean Louder, Eric Waddell (dir.) Franco-Amérique, 300 ans on-est-toujours-icitte !, ed. du Septentrion, 2017

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