Dans la toute jeune collection « À la recherche de… », Flore Totort, iconographiste et spécialiste de la préhistoire, mène un dialogue dessiné avec un chercheur. Dans ce second volume, l’entretien est réalisé avec Jean-Jacques Jublin, paléoanthropologue. Encore une fois, il s’agit de questionner non seulement les découvertes, mais aussi l’homme à leur origine. Ici, le chercheur est dans l’émotion, l’esthétique, la nature qui entourait le quotidien des Hommes du Paléolithique et la conscience qu’ils en avaient.
Une passion de jeunesse
La violence de la mort marque l’enfance de Jean-Jacques Jublin. Né en 1953 en Algérie, les derniers soubresauts de la guerre l’exilent chez un oncle dans les Ardennes. Rapidement, après les Accords d’Évian, sa petite cellule familiale se recompose dans un appartement du plateau de Creuil. C’est proche de Paris et donc du Musée d’histoire naturelle, découvert vers l’âge de 10 ans. La vocation de Jean-Jacques Jublin naît grâce à un petit livre acheté dans la boutique « Les fossiles » et à une première découverte : un fossile de cérithe à quelques pas de son immeuble. Ensuite, il rejoint la Société d’archéologie de Creuil dont il est le plus jeune adhérent ! C’est alors qu’il participe à ses premières fouilles en omettant de préciser son âge. Collégien passionné, aidé d’un enseignant qu’il remercie encore aujourd’hui, il monte une exposition qui révèle sa passion. C’est l’entame d’un parcours scolaire et universitaire remarquable.
De mandibule en mandibule
Jean-Jacques Jublin découvre la paléoanthropologie à Standford et Berkeley : cette science est au carrefour de multiples disciplines. C’est un savoir idéal pour ce jeune passionné. Il le met en pratique dans son travail sur les mandibules. Cet os permet de déterminer si le chercheur a affaire à un homme ou à une femme. Il permet de reconnaître un Homo sapiens : le seul primate au menton proéminent. Ainsi, les dessins de Flore Totort permettent au lecteur, à son tour, de voir les différences. Le travail mené au Maroc renvoie le chercheur à une double origine : celle de son enfance et celle, bien plus lointaine, de nos ancêtres. Les os découverts à Jebel Irhoud démontrent « les pulsations de populations africaines hors d’Afrique ». Le paléoanthropologue entame une réflexion sur l’humanité des fossiles. Il lui faut leur redonner une vie qui n’a pas été exactement la leur. Ainsi, il doit combler les manques qui se trouvent de l’autre côté du détroit de Gibraltar. D’autres mandibules y soulèvent bien des interrogations.
On a envie d’histoire
La nature a horreur du vide, y compris intellectuel ; donc, parfois, les chercheurs prennent le risque de le combler. Depuis le XIXe siècle, les travaux sur l’évolution de l’Homme tentent de le faire. De plus, les paléoanthropologues comme Jean-Jacques Jublin doivent détacher le grand public des images surannées de nos lointains ancêtres. Les expositions sont là pour cela. Il leur faut vaincre le mythe de l’homme poilu vêtu de peaux de bêtes et de la femme au fond de la grotte, occupée uniquement à veiller sur le foyer. Comme le scientifique le dit à Flore Totort dans cette interview dessinée : le discours sur la préhistoire relève de ce que dit le monde contemporain, car « chaque époque a son fantasme ». Désormais, l’écriture d’une place nouvelle de l’écologie, du respect de l’environnement, du rôle de la femme, d’une société pacifiée inscrit la préhistoire dans le temps présent. Il faut juste en avoir conscience. Mais, plus que jamais, « Continuons à questionner, à douter… »



