L’ouvrage est consacré à l’histoire de la Suisse, et plus précisément à l’Escalade de Genève. Il s’agit de la tentative de prise de la ville par les troupes du duc de Savoie, Charles-Emmanuel Ier, dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Cet épisode constitue l’un des événements fondateurs de l’identité genevoise et de la mémoire protestante de la ville. Plutôt que de raconter une nouvelle fois les faits militaires, l’historien Patrice Delpin s’intéresse à la manière dont l’événement a été raconté par les contemporains. Durant huit ans, il a rassemblé et analysé les récits produits immédiatement après l’attaque et durant les vingt années suivantes.
Contenu
Le livre se présente comme une vaste enquête historiographique. L’auteur recense les témoignages, chroniques, correspondances et récits imprimés liés à l’Escalade. Il établit une typologie de ces textes et cherche à comprendre leurs liens de filiation : quelques récits reprennent d’autres récits, telles informations sont originales, quelles traditions se sont construites au fil du temps. L’un des apports majeurs de l’ouvrage est de montrer comment se forment les mythes historiques. Certains détails souvent considérés comme des vérités établies apparaissent comme des reconstructions tardives ou des interprétations issues de la tradition mémorielle. L’auteur met également en lumière plusieurs sources peu connues ou inédites.
Appréciation critique
Cet ouvrage s’adresse avant tout aux passionnés d’histoire genevoise et aux chercheurs. Son intérêt réside moins dans le récit spectaculaire de l’attaque que dans l’analyse méthodique des sources. Patrice Delpin adopte une démarche d’historien critique : il compare les témoignages, identifie leurs origines et tente de reconstituer la genèse des différentes versions de l’événement.
La richesse documentaire (près de 500 pages) en fait probablement une référence importante pour l’étude de l’Escalade. En revanche, un lecteur cherchant uniquement un récit vivant et synthétique de l’événement pourrait trouver l’ouvrage dense et trop spécialisé
Conclusion
L’Escalade de Genève en son temps n’est pas seulement un livre sur l’attaque de 1602 ; c’est surtout une étude sur la fabrication de l’histoire et de la mémoire. En réunissant et en comparant les récits contemporains, Patrice Delpin cherche à distinguer les faits des légendes et à montrer comment un événement militaire est devenu un mythe fondateur de Genève.



