Donner de bons réflexes pour acquérir et vérifier des connaissances : le défi, redoutable, est ici pris en charge par Estelle Blanquet et Roland Lehoucq, accompagnés des illustrations de Morgane Parisi. Sous forme de rapides chapitres, souvent accompagnés d’une expérience, les auteurs proposent donc quelques bons réflexes et pratiques pour apprendre à raisonner au quotidien avec la méthode scientifique.

Comment sais-tu ce que tu sais ?

Cette question basique permet de poser des jalons. Chacun fait appel à une expertise et fait confiance à des tiers, par exemple des proches. D’autres choses peuvent sembler évidentes comme la couleur du ciel, et pour tout le reste il faut utiliser la démarche scientifique.

Se comporter en scientifique : les cinq commandements

Il faut d’abord ne pas mentir, ne rien affirmer sans avoir vérifié ou encore donner la primauté à l’expérience. Il est fondamental aussi de tester la reproductibilité d’une expérience ainsi que sa robustesse.

Naviguer entre le monde et ses représentations

Il faut constamment faire des aller et retours entre la représentation du monde et le monde réel. Il est essentiel de se rappeler que nos représentations simplifiées du monde ne sont pas le monde lui-même.

Attention aux généralisations

Parmi les outils à considérer, il y a la formulation particulière, ce qui signifie que quand on décrit le résultat d’une expérience, elle est associée à la situation particulière de celle-ci. Cela a des implications très concrètes. Ainsi, on s’est rendu compte que les dosages de médicaments étaient souvent trop forts pour les femmes car ils avaient été testés exclusivement sur des hommes.

Tester la reproductibilité

Les auteurs insistent pour dire qu’il s’agit là d’une corvée mais qu’elle est nécessaire. Il ne suffit pas d’être capable de reproduire son expérience mais il faut que d’autres scientifiques puissent également le faire. Il est essentiel de le faire également pour ne pas oublier des paramètres pertinents. Les auteurs évoquent l’exemple étonnant de l’accélérateur de particules du CERN à Genève. Tout se passait normalement sauf certains jours et, après recherche, il s’est avéré que les phases de la Lune perturbaient la bonne collision des particules.

Le poids des mots

Il est indispensable de bien décrire les expériences pour permettre leur reproductibilité. Ainsi, il ne faut pas surinterprêter le sens d’un mot comme quantique. Il signifie simplement, si l’on peut dire, que c’est quantifié, c’est-à-dire compter sans passer par des valeurs intermédiaires.

Raisonner avec logique

Il faut respecter le principe de non-contradiction interne ce qui signifie qu’on peut pas dire une chose et son contraire. Il faut veiller à ne pas confondre corrélation et causalité.

Savoirs et religion

Les auteurs pointent le fait que certaines questions ne sont pas scientifiques mais métaphysiques, philosophiques ou encore morales, comme « pourquoi j’existe » ou encore « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». La pensée scientifique ne concerne que les questions pour lesquelles on ne peut chercher les réponses dans le monde physique.

Changer sa manière de voir le monde

Thomas Kuhn a proposé le terme de paradigme pour désigner les représentations du monde sur lesquelles les scientifiques s’appuient pour le comprendre. Il n’est pas facile de changer sa façon de voir le monde et plusieurs exemples dans l’histoire montrent que cela a pris du temps pour qu’un nouveau paradigme soit accepté. La science est basée sur le doute. Il faut se méfier du technosolutionnisme qui est un optimisme béat dans les pouvoirs de la science. Les exemples récents abondent.

En conclusion les auteurs soulignent que, pour eux, une bonne compréhension du monde et de la méthode scientifique sont nécessaires pour s’orienter dans le monde de demain. C’est une invitation à une démarche active et raisonnée.