Souvent objet de fantasmes, l’espionnage est abordé dans ce dictionnaire au travers d’une centaine de coups de projecteur. Rémi Kauffer est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet. Il propose donc un dictionnaire et non une encyclopédie, tant le livre n’entend pas prétendre à une exhaustivité forcément impossible.

Des entrées thématiques

Issu de la préhistoire des dispositifs de transmission numérique des messages, le terme « bipeurs » remonte aux années 1980-1990. Il a été remis sur le devant de la scène à l’été 2024. Le terme de «  cabinet noir » apparu au XVIII ème siècle désigne l’ancêtre des écoutes. Les câbles sous-marins sont l’objet de sabotages car leur rôle est crucial. Le système du faux drapeau consiste, quelle que soit l’époque, à se faire passer soit pour un autre service, soit pour une organisation indépendante de l’Etat commanditaire. L’auteur revient sur la question des femmes et de l’espionnage. Le service de renseignement français de l’entre deux guerres disposait d’une source très bien placée auprès du III ème Reich. Il s’agissait de Madeleine Richou, alias MAD, enseignante de français à Vienne. La progression des femmes au sein des services secrets ressemble plus à une longue marche qu’à une avancée éclair.

Des entrées transversales

Plusieurs éclairages sont proposés de façon transversale comme avec les Arméniens au service secret de la cause communiste. Les minorités ethniques culturelles ou nationales représentent autant de viviers potentiels pour les services de renseignement. La cause communiste a beaucoup joué sur ce registre. L’auteur relate les relations entre la CIA et les différents présidents américains. Avec Clinton, par exemple, c’est une génération de protestataires contre la guerre du Vietnam qui accède au pouvoir.  On pourra lire aussi une approche des liens entre De Gaulle et les services secrets.

Des portraits

L’un des deux grands traitres identifiés de l’histoire de la CIA est Ames Aldrich dont Rémi Kauffer retrace le parcours. On a aussi un article sur Vladimir Vetrov, dit Farewell, agent devenu connu du grand public grâce au film d’Emir Kusturica. Le dictionnaire propose des portraits de français comme le colonel Passy, Jacques Foccart ou plus ancien comme le Père Joseph surnommé l’éminence grise de Richelieu. Rémi Kauffer propose un article détaillé sur Poutine, qualifié d’officier de qualité moyenne pendant longtemps. Au passage, l’auteur revient sur le portrait dressé par Giovanni Da Empoli montrant bien qu’il s’agit d’une vision et pas forcément de la vérité sur le maitre du Kremlin.

Des moments historiques

On peut remonter très loin dans l’histoire. Pour garantir la sécurité de ses communications, César avait mis au point un ingénieux système de cryptage. Il décalait l’alphabet de trois lettres à partir d’un décalage fixé à l’avance par convention avec le destinataire. La guerre froide est associée dans l’esprit du grand public à l’espionnage. L’intérêt aussi de cet ouvrage est d’offrir des visions larges et argumentées comme celle sur le Hamas. Une autre entrée revient sur les réseaux de renseignement de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Le livre revient sur des temps forts comme l’affaire Profumo ou l’opération Able Archer de 1983 et le risque qu’elle fit courir au monde.

Des définitions

Le dictionnaire prend le temps de s’arrêter sur certains termes comme par exemple agents dormants. C’est un agent dont le service secret qui l’emploie n’attend aucun résultat immédiat. La désinformation est devenu un thème majeur. Entre le début du XXème et celui du XXI ème on est passé de l’information denrée rare à l’information massive facile d’accès. Rémi Kauffer fournit plusieurs exemples dans l’histoire où elle fut à l’œuvre. La Russie manoeuvrait, il y a quelques années, à travers les chaines d’information comme Russia Today. De tout temps il y eut aussi la technique du kompromat ou matériel de compromission. Celle-ci peut être économique, financière ou encore sexuelle. La personne compromise était poussée dans la voie de la trahison.

Des approches par pays

L’auteur choisit de s’arrêter sur plusieurs exemples de pays. On pourra ainsi lire un article sur l’Afghanistan ou un autre très détaillé sur la Chine. Pour l’Inde, on peut remonter très loin avec la parution de l’Arthashästra, un classique du III ème ou IV ème siècle avant Jésus-Christ. Ce livre se caractérise par une volonté pédagogique de classification et d’ordonnance. Pour l’Iran l’approche s’organise notamment autour de la rupture de 1979. Le Royaume-Uni est associé au MI6 et est né sous le règne d’Elisabeth I ère. Un article fourni est consacré au Mossad, son histoire et ses évolutions. On apprendra peut-être qu’un attentat ciblé de 2020 a été entièrement pris en charge par l’IA pour être exécuté.

Pour le lecteur qui veut aller plus loin, il pourra s’appuyer sur la bibliographie riche d’une quarantaine de pages ainsi que d’une très pratique table analytique des notices. Le lecteur prendra en tout cas plaisir, soit à picorer les notices au gré des envies, soit à s’arrêter sur certaines entrées très détaillées.