« Depuis presque 200 ans, la mondialisation, cette phase d’accélération sans précédent des relations sociales et des contacts interculturels, caractérise aussi bien notre univers mental qu’elle définit l’horizon de nos pratiques quotidiennes.
Ce livre s’attache à en saisir toute la complexité. Il entend à la fois saisir des représentations du mondial, se pencher sur les ambassadeurs de la mondialité aux XIXe et XXe siècles, réfléchir à l’articulation du global et du local, et analyser la configuration politique globale avec les nouvelles formes de gouvernance. À l’issue de ces études, il ressort que si le monde est dorénavant unique, il est loin d’être uniforme. Selon les termes du philosophe canadien Charles Taylor, « une profonde diversité » semble même dominer par-delà les fausses impressions d’uniformité.
L’ensemble de ces contributions dessine un monde global dans lequel les individus échappent à la généralisation et à l’essentialisation mais relève d’un « tiers-espace », selon Homi Bhabba, où les identités se négocient en permanence au fil des circonstances offertes par un monde à la fois homogénéisé et fragmenté.
Finalement, selon les mots du poète Pablo Neruda, les êtres mondialisés s’apparentent un peu à des « arbres ailés » quand les racines du local montent au ciel du global. »

François Chaubet est professeur d’histoire contemporaine à l’université Nanterre Paris-Ouest. Il a notamment cosigné avec Laurent Martin une Histoire des relations culturelles dans le monde contemporain (Armand Colin, 2011) ainsi que La mondialisation culturelle (Collection Que sais-je, 2018, aux PUF).

I) Représentations du mondial

Dans Citoyen du monde dans l’Empire britannique. L’art de la synthèse culturelle chez Nirad Chaudhuri (1897-1999) Cécile Girardin nous permet d’entrer dans l’œuvre de l’intellectuel indien. Ainsi « il a toujours fait polémique pour sa position ambivalente et provocatrice vis-à-vis de l’impérialisme britannique et des choix politiques de l’Inde indépendante. » L’intervention de C.Girardin se fait en mobilisant la première partie de son autobiographie, sur les 22 premières années de sa vie « au Bengale alors sous domination britannique (…). » Elle y analyse alors la méthode de synthèse culturelle de Chaudhuri ainsi que son interprétation de l’histoire.
Hervé Inglebert nous invite ensuite à lire Les histoires universelles à l’épreuve de la mondialisation. L’exemple allemand depuis 1945. Dans cet article, et concernant l’histoire universelle, la world ou global history, il début avec le postulat suivant : « En Allemagne comme ailleurs » deux grandes écoles existent « La première était la perspective eurocentrique qui privilégiait un fil conducteur chronologique (…) et la seconde (qui) est une perspective qui reste certes eurocentrée (…) mais qui intègre largement les autres régions du monde dans le récit. » Il choisit pour sujet d’étude le cas de l’Allemagne en attribuant des bornes chronologiques mais aussi des bornes géographiques particulières (RFA/RDA).
François Chaubet, met en lumière la mondialisation culturelle entre les deux guerres mondiales dans : Vivre et penser le monde dans l’entre-deux-guerres en France. Ce brillant article ne manquera pas d’intéresser les professeurs du secondaire et tout particulièrement ceux qui enseignent dans les classes de 3è et de 1ère. En effet, il compte de nombreux exemples qui peuvent être introduit aux cours, permettant ainsi un renouvellement des connaissances. « Evoquant l’ouverture anthropologique de l’entre-deux-guerres » Il explique que « les anciens combattants, pressés de fuir « l’Europe aux anciens parapet » (Arthur Rimbaud), furent légion. Ils firent partie de toutes ces expéditions qui sillonnèrent le monde dans les années 1920, des trois expéditions britanniques vers l’Everest (1921, 1922, 1924) aux expéditions Citroën. Après la grande catastrophe, il fallut tenter de guérir ; et le chaos de quatre ans s’allégeait d’un coup au regard des cimes enneigées ou du sable sahélien et des hommes qui les peuplaient. »

II) Acteurs intellectuels transnationaux

Philippe Rygiel nous explique ici l’histoire des rouages au prise de la mondialisation du monde des juristes. Les fondateurs de l’Institut de droit international et la mondialisation juridique. Cet objet peu connu des historiens et géographes « paraît (…) légitime, au cours d’une réflexion sur la mondialisation culturelle, proposer un portrait de groupe, celui de la génération des fondateurs de l’Institut (de droit international, ndlr), dont l’influence fut durable. » Ainsi, dans cet article, P.Rygiel nous propose une entrée dans la mondialisation juridique.
Les migrations intellectuelles arabes en France aux XIXe- XXe siècles. Perspectives et problèmes pour une analyse de la mondialisation culturelle. Dans ce propos, Thomas Brisson établit un bilan des actions et des migrations intellectuelles arabes. Sur une période de 1830 à 1960, on y apprend que « Paris a pu, dans les dernières décennies du XXè siècle, faire figure de capitale intellectuelle des Arabes. » Précisant le terme « intellectuel », l’auteur évoque l’expédition d’Egypte sous Napoléon Bonaparte, la conquête de l’Algérie, les intellectuelles arabes au temps de l’industrialisation, les décolonisations, pour finir par les recompositions sociétales.
Pour poursuivre dans les intellectuels transnationaux, Frédéric Attal intitule sont travail : L’action de la fondation Ford en Europe et la promotion des sciences sociales. Le rapport de Robert T. Cole en 1966. A titre personnel, je ne connaissais pas l’action de la fondation Ford, mais après lecture je n’aurais plus uniquement l’exemple Rockfeller en tête. Ford débute son action sur le continent européen en 1966. On apprend que le Fondation Ford (FF) est réputée pour ses études en sciences du comportement et dans les sciences sociales en général. Dans ce domaine, « son rôle est bien connu dans les financements octroyés (…) à la London School of Economics, ou encore à la Freie Universitat Berlin (…) » Emerge alors une polémique sur les besoins universitaires de part et d’autre de l’Atlantique. « Ce ne sont pas seulement les institutions universitaires européennes dont le potentiel scientifique et formateur doit s’améliorer mais aussi celles des Etats-Unis. » (J. La Palombara-Yale-) Est confié alors à Robert T. Cole de dresser un bilan complet sur les différentes formations universitaires européennes. F.Attal analyse ce rapport, son bilan ainsi que les conclusions de Cole.
Diwali, Ganesh Festival, Holi…Les festivals indiens se multiplient, se diversifient et attirent à chaque édition de plus en plus d’étrangers. Avec Les festivals internationaux en Inde au xxie siècle. Accélérateurs de cohésion sociale et de diplomatie culturelle ? Martine Chemana propose une lecture surprenante de ce phénomène. « Ces traditions artistiques avec leurs singularités (…) représentent l’identité culturelle que les autorités gouvernementales présentent comme l’image officielle de la culture indienne « éternelle », notamment à l’étranger lors de festivals ou de saisons croisées. » Dressant un bilan, s’intéressant aux types de lieux ainsi qu’aux temps de ces festivals, présentant les types de public, M.Chemana établit un lien entre « les festivals et le développement urbain. » Par ailleurs, elle propose une lecture de l’image indienne dans la sphère médiatique internationale et son rôle dans la diplomatie culturelle.

III) Entre global et local

Le projet muséal universel que décrit Souraya Noujaim dans son article Penser le musée universel dans la mondialisation culturelle. L’exemple du Louvre d’Abu Dhabi a pour but de « placer Abu Dhabi parmi les grandes nations culturelles régionale est de s’affirmer comme lieu central du dialogue entre les civilisations. Ce projet singulier doit aboutir sur une île (l’île de Saadiyat) entièrement dédiée à la culture. Le Louvre parisien soutien pleinement son jeune frère en lui mettant à disposition une généreuse politique de prêts. Cet accord signé en 2007 entre les Emirats Arabes Unis et la France, est un excellent exemple de concrétisation de musée universel.
Laurent Tissot débute son article évoquant la construction d’un Cervin (Montagne suisse) dans le désert qatari. Le déploiement du tourisme suisse aux XIXe et XXe siècles. Entre entreprises mondialisées et initiatives locales donne des clés de lecture afin d’expliquer quelles ont été les voies de développement du tourisme dans les pays des banques et du chocolat ! Un des grands moteurs de ce processus est très clairement le tourisme alpin qui ouvrira la voie à l’alpinisme. L’auteur détaille quelques surprenant procédés liés à la mondialisation du tourisme ainsi qu’à la Suisse : La Canadian Pacific Railway « va (…) loin dans son désir de « suisséifier » l’espace montagneux canadien en créant de toutes pièces un village suisse auquel on donna le nom d’Edelweiss. »
Julia Carnine nous présente dans L’impact du séjour académique à l’étranger sur les identifications des étudiants chinois une étude de Terrain sur des étudiants chinois ayant vécu en France et aux Etats-Unis d’Amérique. A travers cette étude, J.Carnine nous démontre l’importance des poids (de mobilité et de nationalité) ainsi que l’impact du séjour sur ces jeunes chinois. Agrémenté de nombreux tableaux cet article nous permet de vois dans quelle mesure les personnalités changent, et quelles sont les articulations entre leurs mondes vécus.
Julia Csergo, Patrimoine culturel immatériel et mondialisation. Le « repas gastronomique des Français » est-il soluble dans l’économie de la diversité culturelle ? A travers cette publication J.Csergo se pose la question du pouvoir de soft power de la gastronomie française ainsi que celle du pouvoir de la mondialisation face à ce type d’influence. L’autrice note cependant un regret, après l’inscription à l’UNESCO, l’institution « aurait pu ouvrir les voies de politiques, de législation, d’aides au développement (…) Elle aurait pu défendre la culture du bien manger pour tous (…) »

IV) Gouvernance mondiale et rôle des États

Enfin, la dernière partie de l’ouvrage s’ouvre avec Ingrid Therwath et son article, New Delhi et la diaspora indienne. Un long « je t’aime, moi non plus ». Après une ouverture sur les relations entre les autorités indiennes et la diaspora. « En 1930, Etienne Dennery, un diplomate et anthropologue français, estimait qu’il y avait vingt and plus tard, en 1921, 2 150 000 Indiens hors du continent. » I. Therwath développe par ailleurs l’impact de la doctrine Nehruvienne jusqu’au début des années 1990.
Laurent Martin et Michelle Tisdel dans Le rôle des organisations internationales non gouvernementales dans l’émergence d’une conscience planétaire aux XIXe-XXIe siècles présentent une synthèse connectant les OING et la Mondialisation. On y apprend notamment que le terme d’Organisation internationale non gouvernementale, déjà utilisé dans les années 1930, est fixé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (…). C’est, en effet, dès le milieu du XVIIIe siècle qu’en Grande-Bretagne des groupes de citoyens se constituent en associations pour défendre des causes d’intérêt général. » L’auteur rappelle les travaux sur la question de John Boli et Georges Thomas dans les années 1990. Dresse un bilan historique des OING depuis le XIXe siècle et dresse un portrait des « OING qui luttent pour la défense des Droits de l’homme. »

Ce livre se propose de questionner la mondialisation via des sujets d’étude précis dont certains sont tout à fait utilisable dans les classes de lycée. Les articles sont à chaque fois accompagnés de riches bibliographies qui facilitent l’approfondissement des questions. Sa lecture facile en fait un bon livre de renouvellement de connaissances à l’attention des professeurs du secondaire.