Ce guide pour enseigner selon la théorie des intelligences multiples est dû à une équipe d’enseignants de l’ESPE de l’Université de paris Est Créteil, dirigée par Véronique Garas, directrice honoraire d’école d’application, et Claudine Chevalier, formatrice honoraire en mathématiques. Toutes deux sont membres du groupe TREAM TIM (Travaux d’Expérimentation, d’Adaptation et de Maîtrise de la Théorie des Intelligences Multiples) qui a engagé des travaux de recherche et d’expérimentations de 2010 à 2014 au sein de ce qui s’appelait alors l’IUFM de Créteil UPEC, en Seine-et-Marne. Confrontée, comme tous les enseignants, à l’hétérogénéité des élèves, Véronique Garas s’est lancée à partir de la réforme des cycles en 1989 sur les pistes de la différenciation. Parmi ces pistes figuraient les travaux du psychologue américain Howard Gardner sur les intelligences multiples. En 2007, elle engage l’école qu’elle dirige dans un projet d’expérimentation d’outils pédagogiques permettant une meilleure différentiation en prenant appui sur la théorie des « intelligences multiples » dans le cadre de l’article 34 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école (loi du 23 avril 2005), sous la responsabilité de la MAPIE (Mission Académique Pédagogique Innovation et Expérimentation), puis la CARDIE. De son côté, Claudine Chevalier, intègre le même projet en 2007, avec l’école Les Hauldres à Moissy-Cramayel (77). Elle participe également à des expérimentations dans des classes élémentaires.

            Que sont les intelligences multiples ? Dans les années 1980, alors qu’il est professeur de psychologie du développement à l’université de Harvard et qu’il enseigne la cognition et l’éducation à la Graduate School of Education de la même université, Howard Gardner développe une théorie selon laquelle il existerait des formes différentes d’intelligence, indépendantes les unes des autres. Ces travaux se basent sur l’étude de malades dont une faculté intellectuelle a été atteinte. Il constate que ces sujets sont capables de développer d’autres. Il distingue ainsi huit intelligences : linguistique, musicale, logico-mathématique, spatiale, kinesthésique, intrapersonnelle, interpersonnelle et naturaliste. Sa théorie est présentée dans un ouvrage qui devient très vite un best-seller, Frames of Mind : The  Theory of Multiple Intelligence (1983).

Intelligence verbale/linguistique

Aimer lire, écrire, parler, raconter ou entendre des histoires.

Intelligence musicale/rythmique

Sensible au pouvoir émotionnel de la musique, au son de la voix, au rythme.

Intelligence interpersonnelle

Travailler en coopération, entrer facilement en relation

Intelligence intrapersonnelle

Réfléchir, méditer, donner une opinion personnelle

Intelligence visuelle/spatiale

Travailler dans l’espace, visualiser avant de construire

Intelligence kinesthésique

Apprendre en bougeant, fabriquer, manipuler,

Intelligence logique/mathématique

Compter, calculer, ordonner, résoudre des problèmes

Intelligence naturaliste

Collectionner, observer, marcher dans la nature, faire des listes

            Dans l’introduction du guide, de premières pistes sont données pour que l’enseignant qui souhaite se lancer dans un enseignement IM (Intelligences Multiples) puisse repérer et faire à ses élèves leurs intelligences dominantes. Ces pistes qui  sont constituées d’un conte sonorisé accompagné de questionnaires se trouvent sur un CD-Rom qui est livré avec l’ouvrage. Le Guide évoque également un jeu intrapersonnel, L’Étoile de mes intelligences, qui est édité à part chez les éditions Retz dans une boîte à outils pour la classe (25,90€).

Une fois cette évaluation diagnostique réalisée, les collègues sont invités à introduire des activités IM de manière progressive dans leur enseignement afin de se familiariser et de familiariser les élèves à cette autre manière de travailler. Les auteures expérimentées conseillent ensuite de fonctionner en ateliers tournants : des groupes d’élèves travaillent au même moment sur des activités différentes suivant si possible, dans un premier temps, leur intelligence dominante puis sur d’autres intelligences à développer. L’ouvrage a choisi de proposer des modules d’IM par compétence disciplinaire pour le cycle 2. Pour ce compte-rendu d’ouvrage, nous avons porté notre attention sur un des modules « Questionner le monde », celui concernant « se situer dans l’espace » (p.167-176).

L’exemple fourni pour montrer une séquence d’IM en structuration de l’espace a été conçue par Véronique garas et Didier Mendibil, géographe, maître de conférence à l’ESPE-U-PEC. La séquence s’intitule « De la classe au plan » et s’adresse à tout niveau du Cycle 2. Comme dans tous les autres modules proposés, il s’agit d’offrir aux élèves huit ateliers tournant dont le matériel pédagogique est disponible sur le CD-Rom d’accompagnement. Pour chaque atelier des critères de réussite sont donnés (entre 2 et 4).

DominanteObjectifMatérielDispositifCritères de réussite
verbale/linguistique

 

Comment décrire la classe ?

 

Etiquettes-mots servant à décrire les objets de la classe

Plan de la classe

CollectifSituer correctement les éléments de la classe ; utiliser le lexique topographique à bon-escient
Visuelle/spatialeComparer et situer des points de vueTNI, photos prises autour de l’écolePetits groupesPositionner toutes les photos ; retracer les contours de l’école.
Logique/mathématiqueUtiliser un planPlan de la classe, étiquettes imagées d’objets, fiches de travailGroupes de 3 ou 4 élèvesPlacer des objets dans la classe conformément au plan ; placer des images sur le plan.
InterpersonnelleChasse au trésorPlan quadrillé de la classeSalle de motricitéPorter le bon codage sur le plan ; utiliser le plan pour trouver l’objet caché
MusicaleSuivre un itinéraire sonorePC, casques, sons de l’école enregistrés, plan simplifié de l’écoleIndividuel ou binômesSavoir placer l’étiquette du son d’un lieu sur le plan
NaturalisteRanger, c’est trier en communObjets de la classeGroupes de 3 ou 4 élèvesSavoir trier, classer et argumenter son choix.

            Les exercices proposés sont intéressants même si on reprochera un petit manque de rigueur dans les consignes données, notamment dans les consignes langagières (décrire ne se résume-t-il qu’à énumérer et faire une liste ? par exemple ; ou encore que doit-on comprendre par « retrouver les lieux représentés » ?). Les activités nous semblent tout à fait adaptées et motivantes. L’organisation suggérée, au départ, est la forme d’ateliers tournants, cependant certains d’entre eux nécessitent de changer de salle (salle de motricité) ou bien d’être menées à l’extérieur. Il aurait été intéressant de proposer une mise œuvre pratique incluant une programmation indicative de la séquence et un découpage éventuel en séances.

            Globalement l’ouvrage est important et s’appuie sur des expériences solides, offrant une multitude d’exemples tous aussi inspirants les uns que les autres. Il s’appuie sur une théorie qui démontre, s’il fallait encore le démontrer depuis les travaux des pédagogues de l’Éducation Nouvelle, que l’apprentissage est transversal, multiscalaire et multiple, qu’il n’accepte pas de priorisation sur d’hypothétiques « fondamentaux » dont l’école primaire serait le laboratoire préparatoire.