Agrégé d’histoire et ancien diplomate, Pascal Dayez-Burgeon s’intéresse à la vie des trois dirigeants de la Corée du Nord depuis la fin de la guerre de Corée en 1953 : Kim Il-sung, Kim Jong-il et l’actuel dirigeant Kim Jong-un.

« La dynastie rouge. Corée du Nord 1948-2014 » chez les Éditions Perrin nous dresse le portrait de la dynastie Kim. A sa tête, Kim Il-sung dirige le pays de 1948 jusqu’à sa mort en 1994. Son fils Kim Jong-il prend sa succession jusqu’en décembre 2012, date de sa mort. C’est actuellement le benjamin Kim Jong-un qui détient le pouvoir à Pyongyang.

Au travers de ces 420 pages, l’ouvrage permet de comprendre les mécanismes à la fois sociaux, politiques et économiques de ce pays relativement mystérieux pour les occidentaux. La dynastie rouge : Corée du Nord 1945-2014

L’ouvrage débute par une mise au point éclairante sur les ramifications de la dynastie en remontant au XIXème siècle avec la paternité de Kim Un-u (1828-1878). Une carte synthétique des principales villes coréennes permet également de fournir au lecteur des clés de compréhension de l’espace géographie de l’étude. Le style adopté est à la fois celui d’un journaliste qui relate des faits, mais aussi d’un analyste qui remet en cause certaines observations. Le texte est rythmé selon le style caractéristique de l’auteur que l’on retrouve dans l’ensemble de ses ouvrages (« Les coréens », « Histoire de la Corée ») : les habitués de la prose de Pascal Dayez-Burgeon repèreront sûrement l’utilisation récurrente de l’expression « bon an mal an ». Ce voyage à travers la Corée du Nord s’apparente à la fois au style de la biographie croisée, et à celui de l’analyse par un expert reconnu. Un petit encart en couleur de grand intérêt rassemble sur quatre pages des photographies et iconographies des trois dirigeants.

La propagande qui transparait avec la réutilisation de la mythologie coréenne au service du pouvoir, structure les premières analyses du livre. Dans le sillage du mythe fondateur de Tangun, les 50 premières pages rappellent par petites touches l’histoire de la Corée antique et médiévale à travers les parcours de Kwanggaeto le Grand (Vème siècle), et de Yi Sun-shin (amiral coréen du XVIème siècle dont la renommée en Corée est comparable à celle de Jeanne d’Arc en France). Il est utile pour les professeurs expliquant la naissance de l’imprimerie avec Gutenberg de rappeler que les dernières recherches en Asie tendent à confirmer que l’invention des caractères mobiles seraient le fruit du travail d’un fonctionnaire coréen du royaume de Koryo, Choe Yun-ui en 1234. La controverse sur la fameuse erreur de traduction de Percival Lowell en 1883 nous permet de rectifier le surnom de la Corée : « le pays au matin clair » (au lieu « du pays au matin calme »). L’héritage historique est l’un des fondements sur lequel s’appuie les gouvernements d’inspirations juchéennes (et non-plus simplement communiste) de Kim Il-sung, Kim Jong-il et Kim Jong-un.

Les références bibliographiques sont abondantes pour un ouvrage destiné à un large public : près d’une vingtaine de pages, commentées et classées par thème (livres universitaires, revues, fictions, témoignages, bandes dessinées, jeux vidéo). Une section est dédiée aux sources numériques, évoquant notamment les positionnements de chacun des sites commentés (points de vue nord-coréen ou pro-Pyongyang comme le site francophone de l’Association d’Amitié Franco-Coréenne, sud-coréenne comme le Daily NK, catholique, humanitaire comme l’ONG américaine NCNK). La mobilisation de cette bibliographie (à la fois à partir de sources anglophones, japonaises, coréennes et francophones) semble incontournable pour les étudiants en études coréennes. Il s’agit de l’une des bibliographies les plus approfondies sur le pays en français.

Une lecture attentive révèle quelques erreurs typographiques pouvant être mentionnées dans la longue bibliographie :

  • Page 430 : « Alan Delissen » à la place du coréanologue et historien français Alain Delissen.
  • Page 433 : « Song of Ariran » à la place de « Arirang ».
  • Page 433 : « Hin Dong-huik » à la place de « Shin Dong-Hyuk » pour le livre publié avec l’aide de Blaine Harden « Rescapé du Camp 14 ».
  • Page 434 : l’oubli de la fin de la parenthèse pour le livre sur la vie privée des Kim de Kenji Fujimoto. Une traduction de cet ouvrage en langue française permettrait aux lecteurs francophones de découvrir la personnalité de cet ancien cuisiner de Kim Jong-il. Jusqu’à présent, ses ouvrages sont, hélas, réservés à un lectorat japonais.

Ce livre chez Perrin est en passe de devenir une véritable référence pour le public averti cherchant à assouvir sa curiosité sur ce pays où les analyses aussi fines restent rares. Avec un contenu dense et agréable à la lecture, cet ouvrage permet de satisfaire la curiosité de tous ceux désirant avoir toutes les clés pour comprendre la Corée du Nord actuelle.

@ Clionautes – Antoine Baronnet.