Confronter archéologie et texte pour mieux comprendre le passé : tel est l’objectif de Michel Reddé qui a dirigé les fouilles d’Alésia. Il revisite ainsi « La guerre des Gaules » et la traditionnelle image d’un vainqueur, César, opposé au non moins glorieux Vercingétorix.
Une approche totale par l’archéologie
L’historien cherche aujourd’hui à appréhender la réalité du champ de bataille mais aussi le cadre naturel, social, économique entre autres de l’affrontement. Le livre est organisé en trois parties d’inégales longueurs : tout d’’abord, le contexte politique de « La guerre des Gaules » puis le pays et les hommes et enfin, partie la plus voluminese, sur la guerre. L’ouvrage est abondamment illustré avec des photographies, des reconstitutions, des cartes, entre autres, ce qui facilite la compréhension.
Le contexte politique de la guerre des Gaules
« La guerre des Gaules » ne fut pas seulement le fruit du hasard ou d’une ambition personnelle du nouveau proconsul. Bien qu’on ait discuté de sa genèse, de sa composition et de sa forme, le « Bellum Gallicum » a sans doute été rédigé dans l’hiver 51-52 après Alésia dont le récit clôt l’ouvrage. C’est un ouvrage composite truffé d’intentions politiques que les Anciens ne considéraient pas toujours comme particulièrement fiable. Il ne faut donc pas le lire au premier degré. Pourtant, il reste une référence. Quelle autre conquête impériale peut se targuer d’une telle narration et d’un tel auteur ?
Le pays et les hommes
L’auteur présente d’abord de manière détaillée les forces humaines en présence. Ensuite, il décrit le paysage de « La guerre des Gaules ». La Gaule césarienne s’avère un pays beaucoup plus urbanisé qu’on ne le pensait avec un maillage dense d’agglomérations. L’archéologie offre l’image d’un pays dont une partie était sous l’emprise des intérêts politiques et économiques romains. La palynologie permet de préciser l’état des défrichements. César qualifie chacun des peuples gaulois de « civitas », un terme qui suppose une organisation politique structurée mais sans préjuger de son mode effectif de fonctionnement. L’auteur revient aussi sur la question controversée de savoir s’il existait des assemblées populaires en Gaule. Que différents peuples gaulois aient pu coordonner leurs politiques au sein de rencontres communes tombe sous le sens : on ne saurait aller beaucoup plus loin. Pour la société, on peut dire que dresser la société gauloise à l’époque de la guerre des Gaules constitue une gageure. Le chapitre suivant est consacré à la pénétration romaine en Gaule chevelue avant la guerre.
La guerre
Le récit césarien de la guerre est ordonné année par année avec suffisamment de détails pour que le déroulement des évènements militaires n’offre en général pas de vraie difficulté pour comprendre l’enchainement des faits. L’ouvrage propose donc une approche très convaincante, chaque fois agrémenté d’une carte des évènements et d’un résumé. Les opérations militaires étaient saisonnières et ne commençaient qu’au printemps. De plus, elles n’ont jamais concerné la totalité du territoire gaulois. L’auteur développe ensuite la question de la logistique en montrant que les questions de ravitaillement sont permanentes dans le récit césarien. Depuis quelques années, des informations issues de l’archéologie viennent préciser les textes. Les légionnaires préparaient des pains à la farine mélangée et sans doute aussi des galettes. Les soldats consommaient autant d’orge que de blé. La viande était sans doute assez rare. On ne doit pas oublier l’importance du prélèvement opéré par l’armée césarienne sur les ressources agricoles de la Gaule.
Armement et modes de combat
Les batailles livrées à Gergovie, Alésia ou Uxellodunum constituent des cas d’espèce distincts qui présentent chacun un « paysage de conflit » spécifique. Analyser le type de combat que reflète chaque ensemble de matériel militaire est donc essentiel. A propos d’Alésia, ce sont surtout les projectiles lancés des deux côtés qui sont évoqués et ce n’est qu’à la fin de la bataille qu’on en arrive au corps à corps. L’auteur s’arrête ensuite sur quelques-unes des grandes batailles. Bien qu’Alésia constitue un maillon chronologique essentiel, on peut se demander s’il est représentatif des modes de combat pratiqués lors d’une bataille rangée au milieu du I er siècle avant Jésus-Christ. Le chapitre suivant « Les sites archéologiques de la guerre des Gaules : état de la question » détaille chacun des cas, toujours de façon très illustrée. Il y a aussi une entrée particulière consacrée aux grands sièges des années 52 et 51. L’ensemble des structures mises au jour devant Alésia montre une grande variété architecturale que ne reflète pas le texte beaucoup plus simplificateur du « Bellum gallicum ». Michel Reddé revient enfin sur le personnage de Vercingétorix, passion typiquement française selon ses propres mots. Il ne faut jamais oublier que la principale source pour le connaitre est le témoignage de son adversaire.
En conclusion, l’auteur s’interroge sur l’état réel du pays à la fin de l’année 50. Les pertes humaines ont été considérables mais on sait aussi que l’amplification rhétorique est manifeste de la part de César. L’archéologie peine à mettre au jour des traces matérielles et directes du conflit. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on n’observe pas de zones massivement détruites et transformées en champs de ruines par une couche d’incendie.
Cet ouvrage, richement illustré, permet donc un état des lieux très complet du savoir sur la Gaule.


