La guerre est une constante dans le millénaire médiéval, mais elle évolue au fil du temps. Elle fait l’objet d’un imaginaire, souvent fantasmé, largement entretenu par la littérature et le cinéma.
Les éditions Perrin et la revue Guerres et Histoire, dont le directeur de la rédaction est Jean Lopez, se sont associées pour collecter et compiler des articles qui paraissent dans cette publication. Quelques articles inédits ont aussi été insérés. Au total, une trentaine de contributeurs ont participé à cet ouvrage.

Le livre est divisé en quatre sections. L’ouvrage débute sur le thème des « guerres et batailles », puis sont étudiées « les armes ». « Les guerriers », guidés par la foi, les ambitions et l’honneur, constituent la troisième partie. Enfin, une section est réservée à l’étude de la guerre extra-européenne, intitulée « Du côté de l’Asie ».
Chaque section comprend de huit à treize chapitres, auxquels il faut ajouter un dossier à la fin de chaque grande partie qui comprend de trois à cinq thématiques. C’est donc au total 57 articles proposés, qui traitent autant du haut et que du bas Moyen-Age, de l’Occident à l’Orient, et qui dispensent d’une lecture linéaire.

La guerre médiévale : entre tradition, tactique et innovation

Déjà dans le monde barbare, l’onomastique renvoie à la guerre. En effet, les chefs portent des noms qui font allusion au combat. Childéric, le père de Clovis, signifie « puissant dans la bataille », tandis que Clovis veut dire « combat de gloire ».
Par la suite, avec l’utilisation du cheval, une élite se constitue, « ceux qui combattent », qui possède l’autorité publique et la font respecter par la force, assurant ainsi la protection des frontières extérieures mais aussi la sécurité intérieure contre le brigandage. Une culture chevaleresque se développe, dès le plus jeune âge. La formation militaire et l’entraînement (comme la chasse ou la quintaine) se veulent des pratiques. Mais la tactique et la stratégie demeurent au cœur de la guerre. Lors d’une expédition ou d’une chevauchée, pillage et incendie constituent la norme. « Guerre sans feu ne vaut pas plus qu’andouilles sans moutarde » aurait dit Henri V pour justifier les dévastations commises par ses troupes en 1420. La logistique (équipements, ravitaillement) joue aussi un rôle important pour assurer le succès de ces opérations militaires.

La bataille ne se résume pas à l’affrontement de chevaliers exclusivement. Le 27 juillet 1214, à Bouvines, Philippe Auguste est à la tête de 2 000 à 3 000 cavaliers, dont la moitié sont des chevaliers et le reste des « sergents à cheval », sorte de cavalerie légère. 7 000 à 8 000 fantassins complètent l’armée. Ce sont des archers et des arbalétriers issus de milices communales. Enfin, des mercenaires accompagnent la troupe. Coordonner ces petites forces autonomes représentent l’enjeu principal, car l’objectif majeur est de désorganiser les rangs de l’ennemi. Une certaine confusion peut alors apparaître lors des combats, liée au manque de cohésion et d’efficacité de la chaîne de commandement. Toutefois, la tactique de la fuite simulée permet de rompre les rangs de l’ennemi par la ruse. La victoire à Hastings en 1066 de Guillaume le Conquérant en résulte. Contrairement à la cavalerie, l’infanterie exerce un rôle plutôt défensif.

Les Anglais gagnent en efficacité, avant les Français, dès le XIVe siècle, dans l’organisation d’une armée plus cohérente et professionnelle, basée sur le principe de trois archers pour un homme d’armes. Pour rompre avec le service féodal, le roi Charles VII en créant les compagnies de l’ordonnance, institue une armée permanente payée par l’impôt. La professionnalisation des armées constitue une « révolution », caractérisée par la mise en place de corps spécialisés. De ce fait, l’infanterie prend de l’ampleur à la fin du Moyen-Age.

La guerre de siège engage d’autres enjeux qu’une simple bataille rangée. Il faut tenir pour ne pas manquer de vivres et de munitions, sans tomber malade, et résister aux assauts et destructions. Les assaillants cherchent en premier lieu à obtenir la reddition des assiégés, avec la promesse du respect de la vie et des biens des habitants, mais à contrario en menaçant de mettre à feu et à sang la place le cas échéant.
A l’époque carolingienne, les machines de sièges ont disparu. Elles réapparaissent avec les croisades en Orient. On trouve des tours d’assaut devant Jérusalem en 1099. Une émulation des tactiques obsidionales s’opèrent entre latins, byzantins et musulmans. L’artillerie mécanique est à son apogée au XIVe siècle en Occident. On suppose qu’un trébuchet avec des boulets de 100 à 140 kilos pouvait avoir une portée utile de 200 à 250 mètres. Lors du siège du comptoir génois de Caffa en 1346, les Mongols ont catapulté des cadavres de pestiférés !
Transmis probablement par les Mongols qui avaient conquis la Chine, la poudre noire fait son apparition en Europe au début du XIVe siècle. L’artillerie mécanique est désormais supplantée par des grosses pièces d’artillerie, des canons et bombardes. Dès 1440, une artillerie portative, la « couleuvrine », se développe.

Les armes

De nombreux articles seront bien utiles pour les enseignants en Histoire. Les thématiques sont très diverses. La partie sur « les armes », offensives ou défensives, fournit des exemples concrets en traitant des épées de Damas, du feu grégeois, de la bombarde, des canons turcs (lors de la prise de Constantinople par Mehmet II), du mangonneau, de l’armure, des épées à deux mains, de l’arbalète, du bassinet, de la dague à rognons, du vouge (sorte d’hallebarde) et de l’arc, « la mitrailleuse du Moyen-Age » (d’après l’historien Robert Kaiser). Au cours de la bataille de Crécy en 1346, on estime que les 6 000 archers anglais expédient 72 000 flèches par minute (à raison d’une cadence d’un trait toutes les cinq secondes).
Dans cette section, l’étude porte aussi sur le chevalier car il est comparé à « un projectile hippomobile guidé ». En effet lors d’une charge au galop (20 kilomètres par heure), la pointe de sa lance équivaut à la même énergie cinétique qu’un boulet de canon d’une livre.

Les guerriers

Le champ d’étude est assez vaste puisqu’il analyse des figures médiévales emblématiques comme le Cid, les Templiers, les arbalétriers génois, les Almograves, Du Guesclin, le Prince noir, les grandes compagnies, Dunois, les milices flamandes, l’infanterie suisse.

Du côté de l’Asie

Pour aborder la guerre en Asie à l’époque médiévale, six articles composent ce chapitre. On pourra donc découvrir les thèmes suivants :
La bataille de Talas en 751 qui oppose le califat abbasside à la dynastie chinoise des Tang.
La guerre de Genpei, où les clans Tairo et Minamoto, entre 1180 et 1185, se battent pour dominer l’archipel japonais.
Le cavalier mongol, caractérisé par sa puissance de frappe, de choc et sa mobilité.
Le katana, sabre du samouraï.
Les châteaux forts japonais.
La bataille de Didgori, qui marque la victoire du royaume chrétien géorgien de David (devenu héros national) sur une coalition puissante de princes musulmans en 1121.

Des dossiers pour approfondir certaines thématiques

Quatre dossiers permettent de creuser des thématiques spécifiques. La première explore l’armée de Charlemagne. On y apprend qu’elle aurait pu comprendre 100 000 fantassins et 35 000 cavaliers, et qu’elle est soumis à des contraintes logistiques qui limitent les expéditions à la belle saison, car il faut disposer de fourrage pour les chevaux.
« Venise, le modèle de l’empire maritime » ; « La guerre de Cent Ans, les clés d’une révolution militaire » ; « Les samouraïs, légende et réalité d’une caste guerrière » sont les trois autres focus proposés dans l’ouvrage.

Quelques articles prennent la forme d’un interview d’un historien, par un jeu de questions-réponses.

 

Destiné à un public le plus large possible, la rédaction des articles est d’une approche facile. A noter que quelques sous-titres dans les chapitres arborent un ton léger, voire accrocheur ou percutant.
L’ouvrage montre bien que la guerre médiévale n’est pas faite que de récits, chevauchées ou épopées à la limite du mythique, mais qu’elle relève d’une dimension technique essentielle, et en évolution, étudiée par les historiens.