L’amiral Vaujour est à la tête de la Marine depuis 2023. Il livre ici un état des lieux d’un domaine qu’il connait donc parfaitement. A l’heure de l’affirmation des puissances et des rapports de force, il livre sa vision car la mer est observatoire de cette bascule.

Indispensables mers et océans

On peut déjà rappeler que plus de 90 % du commerce mondial transite par voie maritime. L’amiral Vaujour amorce chaque chapitre par une anecdote tirée de son expérience. L’ouvrage comprend un certain nombre de cartes de synthèse qui pourront s’avérer très utiles pour le programme de terminale. Après plusieurs chapitres analytiques, l’auteur propose un tour du monde en se focalisant sur quelques zones sensibles.

Prendre conscience du poids de la mer

L’amiral Vaujour souligne que les Français sont trop peu conscients des opportunités qu’offre la présence de la France sur tous les océans. La Marine doit sans cesse s’adapter et notamment intégrer la question de l’automatisation grandissante des navires. Un matelot aujourd’hui doit maitriser des outils numériques qui n’existaient pas il y a vingt ans, tout en restant compétent pour réaliser les tâches qui existent toujours.

La mer, un espace de libertés

La mer demeure un milieu hostile pour l’homme. La nature continue de s’imposer. L’amiral rappelle quelques fondamentaux : un creux de 12 mètres en pleine tempête équivaut à la hauteur d’un immeuble de quatre étages. La mer est un espace commun en cela comparable à l’espace et au cyberespace. La Marine doit protéger les ressources et les flux tout en luttant contre ceux qui contournent les règles. Contrairement aux continents, les océans forment un continuum. L’amiral détaille aussi quelques nouveautés liées aux drones. Il souligne aussi qu’on assiste à une appropriation progressive des espaces maritimes.

L’ADN du marin

Dans la Marine, quel que soit votre poste, tout le monde vit la même chose en permanence. A bord, chacun doit faire confiance à l’autre car personne n’a les compétences suffisantes pour réaliser toutes les tâches. La Marine offre aujourd’hui quatre-vingts métiers différents, même si à bord chaque marin a généralement plusieurs fonctions.

De la plage au grand large

La Marine nationale protège les intérêts des Français au quotidien, de la plage au grand large. Elle lutte, par exemple, contre les trafics illicites. L’amiral relève également que parfois il faut s’occuper de mines historiques qui apparaissent sur les plages. Il revient sur le rôle joué en Manche-mer du Nord avec le sauvetage de migrants. La lutte contre la piraterie s’est intensifiée ces dernières années.

Réarmement et ruptures technologiques

Dans la décennie à venir, les missiles hypersoniques frappant leur cible à 5 000 kilomètres par heure pourraient devenir une nouvelle norme. La puissance navale repose sur quatre piliers : le nombre de bateaux, le savoir-faire, la technologie et ses partenaires. L’amiral Vaujour explique l’importance du temps long : l’évolution d’un bateau suit un cycle avec l’achat, la rénovation à mi-vie quinze ans plus tard puis la fin de carrière au bout d’une quarantaine d’années. L’IA a permis de traiter quarante fois plus de données sans augmenter le nombre de marins. La Marine dépend aussi de ses liens avec les satellites.

La menace russe

Le conflit en Ukraine a des répercussions en mer dans tous les domaines de l’effort de guerre russe. La Russie a développé en parallèle un réseau de navires fantômes qu’elle utilise pour écouler son pétrole en contournant les sanctions. Elle a fait le choix stratégique d’investir massivement dans des technologies de niche comme les missiles. Les sous-marins sont performants mais opèrent de manière très isolée sans véritable intégration avec les navires de surface. L’amiral Vaujour se montre prudent sur la route maritime dans l’Arctique, soulignant notamment qu’elle manque d’infrastructures logistiques comme des ports relais.

La Chine, hyperpuissance

La stratégie chinoise est construite sur des effets de paliers et lorsque l’un d’eux est franchi, le pays ne revient jamais en arrière. La mer de Chine reste centrale aux yeux des Chinois comme garantie de leur autonomie et de leur liberté d’action. La Chine doit sécuriser les matières premières, l’énergie et les protéines. A propos du cas de Taiwan, l’amiral souligne que la traversée du détroit, large de 180 kilomètres, représenterait un défi logistique et militaire bien plus complexe que l’invasion terrestre de l’Ukraine par la Russie. La Chine a en ligne de mire l’année 2049, l’année de son centenaire.

La vraie puissance des Etats-Unis

La Marine américaine demeure de loin la puissance navale la plus importante au monde. Parmi ses forces, on peut citer ses onze groupes aéronavals et sa panoplie de sous-marins nucléaires. Elle excelle dans la coordination interarmées et inter-domaines. On peut tout de même repérer quelques faiblesses : les délais d’entretien des navires s’allongent et le retour sur investissement n’est pas toujours présent.

Otan, UE, partenariats : agir ensemble

Dans le contexte actuel, les partenariats sont plus importants que jamais. On ne peut se reposer sur un seul allié. L’amiral Vaujour souligne la nécessité de comprendre la « cartographie mentale » de nos partenaires.

Etre prêts !

Pour finir, l’auteur appelle fort logiquement à être prêts. Le défaut de surveillance est la première étape d’une dérive conflictuelle. Ce qui n’est pas surveillé est visité, ce qui est visité est pillé et ce qui est pillé finit toujours par être contesté.

Cet ouvrage, très agréable à lire, peut utilement être utilisé dans les cours de Terminale sur la question des mers et des océans ou en HGGSP sur la question de la puissance. Il évite, la plupart du temps, un ton trop officiel et permet d’accéder au témoignage d’un acteur de premier plan sur un enjeu majeur de demain.