La Nouvelle Arcadie, la nouvelle bande dessinée de Juanjo Rodriguez J., publiée chez Grand Angle, nous transporte sur la côte méditerranéenne des années 1960. Prométhée Foiemangé, jeune employé ambitieux d’un groupe immobilier, se voit confier la mission de convaincre un village de céder ses terres pour un vaste projet touristique.

Au fil des pages, traditions locales, personnages hauts en couleur et secrets familiaux s’entrelacent dans une intrigue à la fois drôle et touchante. Humour, chronique sociale et drames intimes se mêlent pour faire de cette histoire bien plus qu’une simple affaire immobilière : c’est un portrait vivant et bouleversant d’une époque en pleine mutation.

Pression immobilière sur la côte méditerranéenne

La Nouvelle Arcadie se déroule à la fin des années 1960, sur la côte méditerranéenne, où Prométhée Foiemangé, jeune employé du puissant groupe immobilier Titan Universal Entreprises, est envoyé dans le village de Chagrin-sur-Mer afin de convaincre les habitants d’accepter un ambitieux projet touristique baptisé « La Nouvelle Arcadie ». Ce qui devait être une simple mission de prospection se complique rapidement : après être tombé en panne avant son arrivée, il traverse une région où le temps semble suspendu et rencontre des personnages singuliers, comme si certaines légendes locales refusaient de disparaître. Si la population voit dans le projet la promesse d’un avenir prospère, un obstacle majeur subsiste : la famille Nomdedieu, propriétaire du terrain côtier le plus convoité. Sur ordre de sa hiérarchie, Prométhée s’installe dans leur hôtel et entreprend de les manipuler individuellement afin de briser leur unité et obtenir leur accord. Mais au contact de ce clan aussi excessif que fascinant, il découvre que derrière les ruines et les traditions se cache un héritage ancien, presque éternel, et comprend peu à peu que la construction de la Nouvelle Arcadie pourrait détruire bien davantage qu’un simple domaine, l’entraînant dans une aventure humaine inattendue où certaines forces ne se laissent pas acheter.

Une satire douce-amère du progrès

À travers La Nouvelle Arcadie, Juanjo Rodriguez J. livre selon moi un récit aussi divertissant que pertinent, qui aborde avec finesse l’opposition entre progrès économique et attachement aux modes de vie traditionnels, notamment à travers la question de l’aménagement du littoral et de ses dérives environnementales, d’autant plus intéressantes que l’intrigue située dans les années 1960 résonne avec les futures politiques de protection côtière en France et en Espagne à partir des années 1980. Le parcours de Prométhée Foiemangé, dont le nom évoque explicitement le supplice de Prométhée, s’inscrit dans une trame inspirée des mythes antiques : la famille Nomdedieu apparaît comme une sorte de panthéon burlesque, chaque membre renvoyant à une figure divine, ce qui apporte une dimension symbolique inattendue sous une apparente légèreté. J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’auteur privilégie les relations humaines et le comique de situation pour renouveler un thème pourtant connu, la spéculation immobilière et le bétonnage des côtes, sans jamais tomber dans la morale moralisatrice. Graphiquement, le charme opère immédiatement : les personnages aux formes souples et expressives, baignés dans des teintes chaudes et lumineuses, instaurent une atmosphère méditerranéenne pleine de poésie, où humour et tendresse cohabitent avec naturel.

Au final, cette bande dessinée réussit à faire sourire tout en invitant à réfléchir, ce qui en fait une lecture à la fois agréable et intelligente.