The Painted Crime, publié par les éditions Glénat, est un polar en noir et blanc remarquable, sublimé par le talent de Stefano Martino. Dans le Los Angeles de l’hiver 1947, Peter Graham, détective privé et ancien soldat, se lance sur les traces d’un musicien disparu, entraîné par la promesse de faire éclore un passé de guerre à honorer. Entre rues embrumées, secrets hollywoodiens et souvenirs enfouis, l’enquête se révèle rapidement bien plus complexe qu’il n’y paraît. Avec son ambiance sombre, ses personnages ambigus et son noir et blanc saisissant, Stefano Martino signe un hommage vibrant aux grands polars des années 40 … et bien plus encore.

Dans les coulisses sombres d’Hollywood

Dans le Los Angeles de l’hiver 1947, Peter Graham, ancien soldat devenu privé, vivote entre petites combines et surveillances conjugales. Il décide pourtant de tenir une promesse faite au front : retrouver Clark Brown, un trompettiste de jazz, pour lui remettre l’instrument d’un camarade mort à la guerre. Très vite, la recherche se complique. Peter remonte plusieurs pistes : Lenny Mancini, qui travaillait avec Clark ; Edmond Loomis, producteur d’Hollywood qui l’employait comme chauffeur ; et Gordon Hill, l’agent qui l’avait recruté. Sur sa route, il croise aussi Annabelle, la petite amie inquiète du musicien, et Anne, son ancienne fiancée désormais mariée, dont la présence ravive des souvenirs qu’il pensait enterrés. Aidé par Jonathan, un ami journaliste, Peter comprend que la disparition de Clark n’est pas un simple contretemps : derrière les façades brillantes d’Hollywood se cache un enchaînement de pressions et d’intérêts capables de faire disparaître un homme sans laisser de traces. Pour avancer, il doit affronter à la fois ce système et ce que la guerre a laissé en lui. À ses heures perdues, il peint : il couche sur la toile ses souvenirs et ses intuitions, comme pour tenter de donner un sens à ce qu’il traverse.

Quand le polar d’antan rencontre le talent de Stefano Martino

The Painted Crime est un one-shot d’une qualité exceptionnelle, une véritable réussite tant sur le plan scénaristique que graphique.

L’univers proposé par l’auteur est remarquable : un hommage pur au polar noir des années 1940, revendiquant ouvertement ses influences cinématographiques avec Jules Dassin, John Huston, Fritz Lang ou Anthony Mann. On y retrouve même un parfum de L.A. Confidential (film de Curtis Hanson, 1997, adaptation du roman de James Ellroy, avec Kevin Spacey, Russell Crowe, Guy Pearce et Kim Basinger) : le Los Angeles des années 1950 où crimes, trahisons et mensonges s’entremêlent. Tous les ingrédients du genre sont réunis : ambiance sombre et sobre, enquête noire, pessimisme et violence latente ; héros ambigu et tourmenté ; femmes fatales séduisantes ; intrigue complexe ; thèmes de corruption, argent, meurtre, fatalité et désillusion ; dialogues ironiques, nerveux et rapides, portés par une voix off qui nous plonge au cœur de la pensée intime du détective.

L’univers est parfaitement retranscrit dans les illustrations de Stefano Martino : reconstitution minutieuse du Los Angeles de l’époque, noir et blanc puissant, contrastes d’éclairage saisissants, villes inquiétantes et décors urbains oppressants, ponctués de quelques touches de couleur dans les tableaux du héros. Et que dire de la couverture, tout simplement magnifique …

Mais loin d’une simple copie, Stefano Martino apporte sa touche personnelle et modernise le style des années 40, notamment dans la seconde partie avec des scènes d’action nerveuses et des thématiques fortes comme le racisme et les discriminations aux États-Unis.

Bonus sympathique : les éditions Glénat proposent une playlist à écouter tout en lisant l’album.

The Painted Crime réussit donc brillamment à rendre hommage aux polars des années 1940. L’œuvre touche d’autant plus qu’elle reflète le lien intime de l’auteur avec ce genre, transmis par son père féru de culture, et donne immédiatement envie de redécouvrir des classiques comme Le Faucon maltais. Stefano Martino peut être fier : il a su, à son tour, transmettre avec passion son amour du polar et du cinéma d’antan.