« Population & Avenir, revue indépendante alliant rigueur et pédagogie, vous présente une analyse originale des enjeux actuels. Vous y trouverez une source d’informations, de réflexions et d’argumentaires amplement illustrés par des cartes, des graphiques, des tableaux, des schémas… »

Le dépeuplement : un nouveau processus qui se répand dans le monde

Éditorial par Gérard-François Dumont

La diminution du nombre d’habitants – le dépeuplement – n’est plus un phénomène marginal dans le monde. En effet, 25 pays connaissent un dépeuplement.

Certains pays perdent des habitants pour des raisons conjoncturelles bien identifiées : un exode dû à une guerre comme en Ukraine ; une guerre civile comme en Syrie après 2011 ; une émigration due à une mauvaise gouvernance conduisant à un effondrement économique, comme au Venezuela après 2015 ; ou l’espoir de trouver de meilleurs revenus en quittant son pays comme ces dernières années en Albanie, au Népal ou au Kosovo. Mais, pour la majorité des populations actuellement en dépeuplement, le déficit de population est structurel : il s’explique avant tout par un important surplus de décès par rapport aux naissances. On peut distinguer trois étapes qui conduisent à cette situation.

La première étape se caractérise par l’abaissement de la fécondité en dessous du seuil de remplacement des générations et, comme cette faible fécondité perdure, le pays s’installe dans un « hiver démographique ». Puis, le pays connait une dépopulation, mot qui désigne un excédent des décès sur les naissances. Au début, cette dépopulation est de faible ampleur et ne se traduit pas nécessairement par un dépeuplement. En effet, la variation du nombre d’habitants dépend aussi du solde migratoire. Enfin, le solde naturel devient de plus en plus négatif, car la poursuite de l' »hiver démographique » accentue le vieillissement des populations, ce qui se traduit par une baisse des naissances et une augmentation des décès. Le pays entre alors dans une nouvelle étape où le solde migratoire, bien que positif, s’avère insuffisant pour compenser un solde naturel devenu très déficitaire : le pays commence alors une période de dépeuplement durable.

 

Dossier par Mickaël BLANCHET

La vie en solitaire en France : quelle géographie ? Les raisons d’un mode de vie croissant

Longtemps demeurée marginale, la vie en solitaire s’est imposée, au fil des 50 dernières années, comme une composante majeure de la sociologie de la France.

En 2022 et selon l’Insee, on compte en France (France métropolitaine et 4 Dom, donc hors Mayotte) un peu plus de 11,9 millions de personnes vivant seules, soit un peu moins d’un habitant sur six. Le fait de vivre seul présente une nette dimension genrée, particulièrement aux âges avancés : les femmes représentent près des deux tiers des personnes seules entre 65 et 79 ans et près de huit sur dix dans la tranche d’âge des 80 ans ou plus. Cette surreprésentation féminine, liée à une espérance de vie plus longue et au veuvage, est plus marquée dans les espaces urbains – notamment dans les grands centres urbains et centres urbains intermédiaires – que dans les communes rurales, où la part des femmes seules demeure plus faible.

D’un point de vue longitudinal, l’évolution de la répartition par type de ménages montre la hausse des ménages unipersonnels entre les recensements de 2016 et 2022. La part des personnes vivant seules progresse quelque soit le profil territorial ou générationnel, révélant une tendance structurelle à l’individualisation croissante des modes de vie. Les grands centres urbains se distinguent par une forte hausse de la part des personnes seules parmi les jeunes adultes, confirmant le rôle des grandes villes comme lieux privilégiés de décohabitation, d’entrée dans la vie active et de mobilité résidentielle.

La progression continue des ménages d’une seule personne, observée depuis plusieurs décennies, résulte donc de la conjonction de processus sociaux et économiques complexes qui redéfinissent la place de l’individu dans la société. Ce mode de vie, autrefois perçu comme transitoire ou marginal, tend désormais à devenir une norme possible, voire valorisée, dans le cadre d’un individualisme moderne qui met l’accent sur l’autonomie et la liberté de choix.

Parallèlement, le fait de vivre seul entre 20 et 29 ans s’inscrit davantage dans une logique de mobilité et de transition, marquée par le départ tardif du domicile parental, les séjours étudiants ainsi que l’instabilité professionnelle ou conjugale. Cette solitude souvent temporaire reflète une flexibilité des parcours de vie et une adaptation continue aux contraintes économiques et résidentielles contemporaines.

Au croisement de ces facteurs explicatifs, la vie en solitaire incarne une transformation majeure du lien social et du rapport à l’espace. Elle ne signifie pas nécessairement la rupture de la solidarité, mais aussi une reconfiguration sous des formes souples, marquées par les outils numériques et le plus souvent intermittentes ou affinitaires. Ce phénomène interroge la capacité des politiques publiques à accompagner la diversification des modes d’habiter et des besoins sociaux qui en découlent.

 

Document pédagogique (libre de droits)

Quelle géographie des personnes vivant seules en France ?

 

Exercice pédagogique par Alexandre Duchesne

De la Révolution en Iran à l’Iran révolutionnaire

Cette proposition s’insère dans  programme d’histoire de Terminale Générale qui s’intitule : « Les relations entre les puissances et l’opposition des modèles politiques, des années 1930 à nos jours ». Temps court de la révolution et temps plus long de ses conséquences sont au cœur de cet exercice pour, d’une manière générale, faire réfléchir les lycéens aux ruptures et continuités de l’histoire ainsi qu’aux héritages visibles dans l’actualité.

Après une mise en contexte effectuée par l’enseignant, les élèves travaillent d’abord sur des documents traitant de la mise en place de la révolution islamiste en Iran. Ensuite, à l’aide d’une recherche sur Internet, ils doivent établir une liste des proxys iraniens, vecteurs de sa puissance dans la région. La conclusion insiste enfin sur la relativisation de cette puissance depuis 2024.

 

Analyse par Bernard LANDAIS
Quel rôle de la démographie sur la croissance économique ?

Le lien entre la démographie et la croissance économique est une question clef. Une démographie dynamique est-elle un facteur positif ou négatif du niveau de vie par habitant ?

On a observé dans le passé nombre de longues périodes marquées à la fois par une expansion démographique et une croissance économique élevée impliquant une progression durable du niveau de vie. Les travaux d’Angus Maddison, le grand spécialiste britannique de la croissance de très long terme, montrent une concomitance historique entre la croissance de la population et la croissance du niveau de vie à long terme.

Généralement, la poussée de natalité, augmentant le nombre de jeunes enfants puis d’adolescents, va se traduire par une montée de tous les investissements, quelle qu’en soit la nature. L’offre de travail est stimulée d’emblée par l’effet revenu de l’accroissement de la taille des familles. A long terme, la perspective d’arrivée de générations d’enfants plus nombreuses se traduit par un élargissement de la palette des projets économiques privés et publics, avec des perspectives de rendement accru. L’élan démographique stimule tout particulièrement le secteur du logement signifiant des investissements nombreux et entrainants. Les perspectives de croissance future remettent en particulier à l’honneur la valeur de progrès.

Dans tous les cas, une « théorie culturelle de la croissance économique et du développement » permet de mieux comprendre les relations entre économie et démographie.

 

Le point sur… par Gérard-François DUMONT et Jean-François LÉGER
Le Venezuela en déroute démographique – Des répercussions sur toute l’Amérique

Fait rarissime pour un pays ne subissant pas une guerre, le Venezuela a connu en une dizaine d’année le départ à l’étranger de plusieurs millions d’habitants.

Le 1er janvier 2015, quelques mois seulement après la début de la crise économique, le Venezuela comptait 30,4 millions d’habitants, soit 2,2 millions de plus qu’en 2023. Pourtant, sur cette période, le nombre moyen d’enfants par femme est resté supérieur au seuil de remplacement des générations : il était de 2,25 en 2015 et bien qu’il ait un peu diminué, il est encore de 2,08 en 2023. Par ailleurs, si l’espérance de vie n’a pas progressé sur la période, elle a très peu diminué. Le nombre d’habitants au Venezuela a donc baissé uniquement en raison d’un nombre considérable de départs du pays.

Entre 2015 et 2020, tandis que le nombre de non natifs demeurait quasiment stable (1,3 million en 2020), le nombre de Vénézuéliens partis à l’étranger a été multiplié par 7, atteignant l’effectif de 5,5 millions de personnes en 2020, soit 4,7 millions de plus qu’en 2015. Et c’est principalement vers les autres pays d’Amérique du Sud que le Vénézuéliens se sont dirigés. En Amérique du Sud, l’arrivée de ces migrants a été particulièrement important en Colombie et au Pérou. En Colombie, le nombre d’immigrés vénézuéliens a été multiplié par 54, passant de 33 000 à 1,8 million. Au Pérou, la présence vénézuélienne a été multipliée par 39. Dans ces 2 pays se concentrait donc en 2020 la moitié des immigrés vénézuéliens.

Depuis 2020, la situation au Venezuela ne s’étant pas améliorée, l’hémorragie démographique s’est poursuivie, mais à un rythme toutefois moins soutenu. Alors que le nombre d’immigrés vénézuéliens avait augmenté de 4,7 millions entre 2015 et 2020, la présence vénézuélienne à l’étranger a « seulement » gagné 2,8 millions de personnes entre 2020 et 2024. Ce sont donc aujourd’hui 8,3 millions de natifs du Venezuela qui résident à l’étranger. Ces émigrations vénézuéliennes massives sont avant le fait de jeunes adultes ; elles ont autant concerné les femmes que les hommes. Ainsi, les générations de personnes âgées de 15-19 ans en 2013 ont perdu, hors effet de la mortalité, le tiers de leur effectif en 10 ans. En 2023, il manque au moins 20% de la population âgée 20-44 ans par rapport à ce qui était attendu avec un solde migratoire nul.

Au Venezuela, le départ massif de jeunes adultes a forcément altéré la contestation du pouvoir en place. Ces départs affaiblissent en même temps davantage la capacité de rebond du pays, qui a perdu une grande partie de ses forces les plus créatives et productives. Le départ des jeunes adultes est aussi un frein à la capacité du pays à diversifier son économie. Dans ce contexte actuel, on imagine mal ceux qui sont partis depuis 2014 revenir au pays. Si ces derniers devaient s’implanter durablement à l’étranger, si les prochaines générations devaient suivre leur exemple, le Venezuela pourrait connaître un effondrement démographique durable.