Avec L’Ange Corse, dont le deuxième tome vient de paraître chez Futuropolis, Luca Ferrara et Loulou Dedola poursuivent une saga ambitieuse en six volumes. On retrouve leur héros, Ange, dans l’Indochine française d’avant la Seconde Guerre mondiale, sur fond de trafics, d’intrigues et de tensions coloniales. Une fresque où l’Histoire se mêle aux histoires personnelles, et où le destin d’un jeune homme hors du commun nous entraîne loin de la Corse natale.
Une aventure au cœur de l’Indochine
Dans Opium, Ange n’est plus l’enfant qu’on avait découvert dans le premier tome. C’est un jeune homme audacieux, plongé dans le monde trouble des trafics d’opium à Saïgon. Formé par un mentor corse, il apprend vite les règles du milieu et devient un acteur incontournable du réseau. Mais son passé le rattrape : la famille corse dont il avait fui la vendetta débarque, et Ange se retrouve pris dans un engrenage dangereux.
Sa famille adoptive joue un rôle crucial dans son parcours. Philippe Maurizi, natif d’Ajaccio et planteur d’opium à Hanoï, avait vite compris tout le profit à tirer du commerce illicite. Pourtant, c’est aussi Anna Maurizi, la femme de Philippe, qui façonne la moralité d’Ange. Elle, qui a perdu deux enfants à la guerre, aime désormais Ange comme un fils et fait tout pour l’éduquer dans le droit chemin. Inquiète pour lui, elle cherche à l’éloigner de la délinquance, lui inculquant valeurs et prudence, même au cœur d’un monde où loyauté, survie et ambitions dictent chaque décision. Avec Dumé et Pétru, les hommes de Maurizi, Ange doit naviguer entre ses obligations envers sa famille adoptive, les dangers du milieu, ses propres désirs et un milieu de plus en plus dangereux pour lui.
Un récit qui ne laisse pas respirer
On ne s’ennuie pas un instant : le scénario de Loulou Dedola est haletant, à la manière des intrigues de Philippe Francq dans Largo Winch (Philippe Francq avait signé la préface du tome 1 de cette série). Entre action, tension et retournements, le lecteur est constamment entraîné dans le tourbillon des aventures d’Ange. Le contexte de l’entre-deux-guerres dans une Indochine où l’État français tente d’exercer sa mainmise sur le commerce de l’opium est particulièrement intéressant, ajoutant une dimension historique qui enrichit l’intrigue et le suspense. Le dessin de Luca Ferrara, richement documenté et expressif, donne vie à l’Indochine coloniale, des rues animées de Saïgon aux plantations d’opium, tout en renforçant l’intensité des scènes d’action. Ensemble, Luca Ferrara et Loulou Dedola créent un cocktail efficace : aventure, suspense et Histoire, qui accroche de la première à la dernière page.
Ce deuxième tome confirme que L’Ange Corse est une saga plaisante et à lire. Avec quatre volumes encore à venir, l’impatience de découvrir la suite est déjà bien là.



