Ce documentaire diffusé sur Arte sort en DVD. Il raconte en 52 minutes l’épopée des impressionnistes dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Il est accompagné de compléments sous formes de tableaux et documents d’époque. Signalons que pour les peintures, on a d’abord accès au tableau, sans en avoir la référence, et en cliquant dessus les informations de type cartel s’affichent. Cela peut être intéressant pour ne pas trop guider le regard en fonction du nom du peintre.
Le parti pris est chronologique et cherche également à être une fresque puisqu’on rencontre au cours du film de très nombreux noms célèbres. C’est à la fois la force et la faiblesse de l’ensemble. Il nous permet de comprendre les réseaux de l’époque, mais ce défilement d’artistes majeurs peut être parfois compliqué à suivre.

La révolution impressionniste

S’il y a révolution, c’est avant tout parce qu’il y a scandale. Il débute par le célèbre tableau de Manet de 1863 intitulé « Déjeuner sur l’herbe ». La cause ? Une représentation de la nudité qui ne correspond pas aux codes de l’époque qui la réservaient à la mythologie ou à l’histoire. Les impressionnistes ont profondément bouleversé l’histoire de l’art et de la peinture et ce, de plusieurs manières.
Cependant, ces révolutions ont besoin d’un certain nombre de moyens techniques. Ainsi, on retrouve l’histoire bien connue des tubes de couleurs et du chevalet portatif comme instruments indispensables car permettant de peindre en dehors de l’atelier.
L’invention de la photographie bouleverse également l’art et l’oblige à s’interroger sur la représentation de la réalité. C’est aussi pour cela que les impressionnistes peignent ce qu’ils voient ou perçoivent. Monet, par exemple, inaugure le principe de la série avec ses meules ou ses cathédrales.
Les impressionnistes cherchent également à « faire du beau à partir du quotidien ». C’est un profond changement, surtout si l’on pense aux thèmes obligés des tableaux à l’époque.

Des impressionnistes aux destins très divers

Cet aspect du documentaire est sans doute plus novateur. Il choisit en effet de dérouler quelques vies de peintres. On se rend compte alors de l’extrême diversité de ce groupe des impressionnistes. A un moment de leur carrière, Monet ou Manet n’ont plus de quoi se payer de la peinture, alors que Bazille apparaît comme le plus fortuné de la bande. Mort jeune, son empreinte est moins présente aujourd’hui. Sisley, lui, n’a aucun succès de son vivant et termine dans une retraite solitaire.
Le documentaire souligne également l’influence d’autres peintres comme Eugène Boudin qui invite Monet à découvrir les beautés de sa région. De même Turner ou Corot, dans des genres très différents, apparaissent fondamentaux. Le film montre aussi qu’au fur et à mesure des années, la « planète impressionniste » change et que certains viennent s’agglomèrer au noyau primitif. Des inimitiés se font parfois jour.
On découvre également les visages de tous ces artistes au-delà de ceux bien connus. Ils prennent en mains leur destin et le poids de la critique recule.

Le contexte culturel de l’époque

Le documentaire s’attache aussi à préciser le contexte culturel de l’époque. Le Louvre est une source d’inspiration majeure au hasard des déambulations dans les salles. Pas de salut si l’on n’est pas exposé au Salon, à tel point d’ailleurs, que les impressionnistes initient l’idée de « contre-culture » en créant un salon des refusés.
On trouve trace également des jugements d’époque sur leurs œuvres. C’est l’occasion de se rendre compte combien la critique ou la perception peuvent changer selon les époques. « Ceux qui font de la peinture à l’extérieur, la maréchaussée devrait tirer sur eux » : voilà un jugement qui ne fait pas dans la demi-mesure !
Le film revient également sur l’influence des estampes japonaises et notamment sur le sens des cadrages qu’elles développent et qui inspirent les impressionnistes. Ceux qui témoignaient dans leurs oeuvres des transformations de la ville par exemple sont progressivement reconnus. Finalement, la révolution visuelle initiée par les impressionnistes est acceptée

Au total, ce documentaire dense allie des aspects connus sur les peintres impressionnistes, mais, en axant le propos sur le parcours d’une génération, il permet de dépasser la simple figure de l’artiste et de la replacer dans son contexte. Dans le cadre de l’Histoire des arts, il apparaît particulièrement adapté grâce aux multiples dimensions abordées.
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