Avec le tome 2 des Griffes du Gévaudan, Sylvain Runberg et Jean-Charles Poupard livrent la conclusion d’un diptyque aussi ambitieux que maîtrisé, publié chez Glénat. En s’emparant de l’affaire historique de la bête du Gévaudan, les auteurs proposent bien plus qu’un simple récit de traque : une plongée dense dans les peurs collectives, les tensions sociales et les enjeux géopolitiques du XVIIIe siècle. Ce second tome vient refermer une fresque sombre et captivante, où l’Histoire se mêle habilement à la fiction.
Un scénario tendu entre traque et mystère
Dans la continuité du premier volume des Griffes du Gévaudan, où François Antoine, chasseur du roi mandaté par Louis XV, échouait à mettre fin aux exactions de la « Mal Bête », ce second tome prend un tournant décisif. Son fils, Robert-François-Marc-Antoine de Beauterne, reprend officieusement l’enquête afin d’éviter un scandale qui fragiliserait la couronne à l’échelle européenne. Tandis que les attaques reprennent malgré l’exposition d’un loup censé clore l’affaire, le doute s’installe : s’agit-il réellement d’un animal ? Entre cadavres mutilés, suspects écartés et tensions locales, l’enquête conduit le protagoniste au cœur d’une région minée par la misère et les secrets. Peu à peu, la traque révèle une réalité plus complexe, où la violence pourrait trouver son origine dans une vengeance ancienne, prête à embraser tout le Gévaudan !
Un diptyque réussi, puissant et intelligent
Ce second tome confirme la réussite éclatante du diptyque. Le scénario de Sylvain Runberg impressionne par sa rigueur et son sens du rythme : chaque rebondissement relance l’intrigue sans jamais perdre le lecteur, jusqu’à un final aussi surprenant que cohérent. L’œuvre se distingue surtout par sa capacité à dépasser le simple récit fantastique pour proposer une véritable réflexion sur les croyances populaires et leur instrumentalisation. La « Bête » devient ici un enjeu politique majeur : dans une Europe attentive aux signes de faiblesse, la monarchie ne peut se permettre de laisser prospérer une peur incontrôlée.
Jean-Charles Poupard sublime cette tension. Ses planches détaillées, ses visages expressifs et ses paysages sombres donnent une épaisseur remarquable au récit. On est pleinement plongé dans l’ambiance, entre forêts inquiétantes et scènes d’intérieur chargées d’intensité.
Accessible et riche, ce diptyque constitue une excellente porte d’entrée pour les élèves vers l’histoire sociale et les mentalités du XVIIIe siècle. Il montre avec finesse comment une croyance collective peut devenir un enjeu de pouvoir et de représentation. À la fois divertissant et instructif, Les Griffes du Gévaudan trouve pleinement sa place dans les CDI des établissements scolaires : une œuvre complète, intelligente et terriblement efficace.



