La revue Parlement[s]. Revue d’histoire politique[1] n° 43 a pour thème : Penser et archiver les extrémismes. Ce quarantième-troisième dossier a été coordonné sous la direction de Frédéric Attal[2]. Comme d’habitude, le dossier se compose de quatre éléments distincts : une première partie consacrée à la [Recherche] (avec 6 contributions de 8 chercheurs ou chercheuses, jeunes ou confirmées : Frédéric Attal, Uwe Backes[3] et Christophe Bourseiller[4], Olivier Dard[5], Jean-Numa Ducange[6], Grégoire Le Quang[7], Sébastien Repaire[8] et Marie Tassa[9]. La seconde est destinée aux [Sources] (au nombre de 5) commentées par dix enseignants-chercheurs : Antoine Beauquis[10], Cannelle Dumortier[11], Quentin Lemeiter[12], Nadine Noiroux[13] et Nelly Sciardis[14], Hugo Melchior[15], Christophe Bourseiller et Frédéric Attal, Giovanni Roggia[16] et Martin Lefranc[17]. De plus, dans ce numéro, nous trouvons deux [Varia] (avec les contributions de Pascale Girard[18] et Paul Boulland[19]). Enfin, la rubrique [Lectures] (au nombre de 9) critiquées par neuf historiens (Mathias Nicolleau[20], Jacqueline Lalouette[21], Peter McPhee[22], Karine Deharbe[23], David Bellamy[24], Julien Cahon[25], Christophe Poupault[26], Noëlline Castagnez[27] et, enfin, Sylvie Guillaume[28]).

En introduction (p. 11-19), Frédéric Attal présente le dossier intitulé Penser et archiver les extrémismes. L’extrémisme imprègne les sociétés contemporaines ; il sature même l’espace politique mais sa nature ne se laisse pas aisément saisir. Ceux qui s’en revendiquent sont cependant rares. Phénomène bien réel mais fuyant, il relève autant de l’accusation disqualifiante que de la catégorie analytique. Ce dossier se propose d’affronter la difficulté en envisageant la notion au pluriel : de la gauche à la droite, du XIXe siècle au présent le plus brûlant, il s’agit de revenir dans une perspective comparée aux racines des extrémismes et de comprendre leurs variations dans le temps comme dans l’espace. Or, penser les extrémismes, c’est d’abord réfléchir aux archives qui permettent d’en écrire l’histoire et ce numéro est nourri par un gisement exceptionnel, le Fonds Bourseiller, rassemblé par cet historien, écrivain et journaliste, et déposé à l’Université Polytechnique des Hauts-de-France. En mobilisant ces sources et en convoquant l’historiographie récente, il apparaît que les extrémismes se définissent plus par un rapport spécifique au politique que par des doctrines clairement établies, en rejetant les règles du jeu politique, loin de tout compromis ou modération. À travers les extrémismes se dessine une conception absolue et radicale de la politique, à laquelle les sociétés démocratiques doivent faire face aujourd’hui, comme hier.

Dans la partie [RECHERCHES], la première chose, préalable à toutes les autres, est celle de la définition des extrémismes. Aiguillonnées par les questions de Frédéric Attal, l’entretien croisé entre Uwe Backes et Christophe Bourseiller offre les premiers éléments de définitions complexes mais éclairantes sur les notions d’extrémismes (p. 23-34).

L’article d’Olivier Dard s’emploie dans un premier temps à poser la difficulté d’une définition scientifique de l’« extrême droite » en soulignant qu’il s’agit d’une controverse pluridisciplinaire de longue haleine. Si le débat vu de l’étranger est abordé, une attention particulière est portée au cas français en s’attachant à la typologie rémondienne et à sa remise en cause par l’historiographie française récente (Olivier Tort, Gilles Richard). La seconde partie de l’article dresse un tableau de l’historiographie française, florissante, sur le sujet de « l’extrême droite » depuis une décennie. Elle privilégie quatre registres : le renouveau des sources observé à partir de la publication d’éditions critiques de documents, la production de biographies sur des figures aux statuts divers, l’accent mis sur les organisations et la militance abordées à partir d’échelles variées et d’angles d’approches nouveaux comme le genre et enfin l’intérêt marqué pour prendre en considération les regards, les comparaisons et les transferts et les enjeux mémoriels. (p. 35-53).

Selon Jean-Numa Ducange, l’histoire des extrêmes-gauches n’a paradoxalement que peu fait l’objet d’études transnationales, alors même que l’internationalisme vigoureux de ces organisations invite à le faire. Le présent article propose un bilan historiographique sur la catégorie « extrême-gauche » en abordant plusieurs pays (la France principalement, mais aussi l’Allemagne, l’Italie et les États-Unis) tout en suggérant quelques pistes de recherches sur la question de l’internationalisme (p. 55-75).

Reposant sur l’exploitation des archives déposées par Christophe Bourseiller à la bibliothèque de l’Université Polytechnique des Hauts-de-France, l’article de Grégoire Le Quang analyse les réactions en France face à l’explosion des violences politiques en Italie et en Allemagne de l’Ouest, dans la presse des nombreux et très divers groupes français qui se réclament du marxisme révolutionnaire. La chronologie est décalée, puisqu’en France la contestation et l’efflorescence des groupes appelant à la Révolution n’a pas conduit à une mise en pratique significative – le principal groupe organisant des actions armées est Action Directe, au cours des années 1980. Comment sont perçues les confrontations violentes entre les groupes allemands et italiens, et l’État ? Comme des modèles à suivre ou avec distance critique ? Un vaste débat s’installe, au sein duquel dominent, progressivement, les préoccupations pour le sort des victimes de la répression et la critique d’une « Europe des flics » (p. 77-103).

Selon Sébastien Repaire, le projet écologiste de transformation de la société est radical : renoncement à la croissance économique ; renversement du système de valeurs traditionnel ; acceptation de la finitude des ressources terrestres. Ce projet, « révolutionnaire malgré lui », est porté par un discours écologiste qui, lui, témoigne d’une radicalité d’intensité variable selon les périodes, les groupes, les individus. Quant aux actions écologistes, elles manifestent aussi des degrés de radicalité différents, mais semblent globalement moins radicales à partir du début des années 1980. L’hypothèse posée ici est que, de la fin des années 1970 jusqu’aux années 1990, la radicalité de l’écologie politique en France va décroissant, en raison d’une institutionnalisation qui prend la forme d’une structuration partisane, avec la création des Verts, et d’une insertion progressive dans le jeu politique (p. 105-133).

De son rôle central dans la fondation du mouvement aux actions menées dans ce cadre, l’article de Marie Tassa entend s’interroger sur les nombreux emprunts à un discours traditionnellement de gauche dans la stratégie du mouvement. Mêlant enjeux sociaux et considérations identitaires, le traitement de cette question par le mouvement romain semble illustrer son caractère hybride. L’exemple de CasaPound Italia permet, à terme, de s’interroger sur la conquête du politique par le social et s’insère dans une dynamique à l’échelle européenne (p. 135-157).

Dans la partie [SOURCES], Antoine Beauquis Cannelle Dumortier, Quentin Lemeiter, Nadine Noiroux et Nelly Sciardis expliquent la façon dont travaille, depuis 2020, l’équipe constituée d’enseignants-chercheurs et de professionnels de la documentation de l’Université Polytechnique Hauts-de-France se réunit régulièrement pour mener à bien le projet de valorisation physique et numérique de cette collection exceptionnelle. Ce travail est réalisé en lien avec un Observatoire, créé spécifiquement à l’occasion de ce don, au sein du LAboratoire de Recherche Sociétés et Humanités (LARSH) de l’université, autour des « Extrémismes et Signes Émergents ». Des événements scientifiques ont ainsi lieu chaque année depuis 2021 autour de ces thématiques. La collection de Christophe Bourseiller est systématiquement présentée, associée à la thématique choisie. Le donateur accompagne le travail de signalement en donnant des informations sur les documents et leur contexte d’entrée de la collection, permettant ainsi un travail scientifique approfondi autour des sources du xxe siècle. En outre, Christophe Bourseiller enrichit régulièrement ce don, en fonction de ses acquisitions de documents historiques ou actuels, en lien avec l’Observatoire des Extrémismes et Signes Émergents qu’il préside (p. 161-171).

Hugo Melchior étudie un document qui a beaucoup compté dans l’histoire de l’extrême-gauche française. Devenu le nom de la mythique « ligne militariste » qui aurait été théorisée par la Ligue communiste-section française de la Quatrième internationale (LC-SFQI) au début des années 1970 et incarnée par Michel Recanati, figure de la direction politique de son service d’ordre central (SOC), le bulletin intérieur n° 30 dit « BI-30 », publié au mois de juin 1972, constitue la plus célèbre contribution à l’intense débat démocratique constitutif de sa culture partisane. Sa postérité est due au contenu du texte intitulé : « Le problème du pouvoir se pose, posons-nous le ! » Long de neuf pages, divisé en trois parties, il fut rédigé par quatre membres du Comité central (CC) dans la perspective du 3e congrès national devant se tenir au mois de décembre 1972 (p. 173-184).

Christophe Bourseiller et Frédéric Attal reconstituent le contexte où l’on voit éclore en 1973 et 1974 une presse « incontrôlée » qui défend le pillage et la provocation avec des arguments théoriques. C’est le cas du Voyou, organe de provocation et d’affirmation communiste. Un journal éphémère, dont ne parait en mars 1973 que le n° 1, mais qui se trouve au format tabloïd, avec une adresse d’imprimeur et un directeur de publication nommé Nicolas Will. Détail intéressant : Le Voyou est imprimé par les Éditions Polyglottes, 232 Rue de Charenton (Paris 12e). Or, cette maison a été fondée en 1947 par Jacques Chapnik et son fils Henri, qui s’en occupent encore en 1973. Elle a notamment fabriqué clandestinement 3 000 faux visas pour aider des candidats au départ pour la Palestine à la fin des années 1940. Elle s’inscrit dans l’héritage du mouvement ouvrier juif, lequel a toujours eu une composante libertaire (p. 185-195).

Giovanni Roggia étudie une source italienne ayant pour titre : « L’Europa dei giovani con l’Eurodestra » (« L’Europe des jeunes avec l’Eurodroite »). C’est ainsi que s’ouvre un article paru le 15 décembre 1978 en première page du Secolo dItalia (siècle d’Italie), journal « de la droite nationale » italienne, comme l’indique la manchette, proche du Movimento Sociale Italiano (mouvement social italien), formation politique d’extrême droite née en 1946 sur les cendres du fascisme. Le quotidien, fondé à Rome en 1952, se considère d’abord indépendant tout en soutenant le mouvement naissant, avant d’en devenir l’organe de presse officiel en 1963 (p. 197-209).

Le Fonds Christophe Bourseiller, conservé par l’Université Polytechnique des Hauts-de-France (UPHF) à Valenciennes, constitue une porte d’entrée pour l’étude des cultures politiques minoritaires et extrémistes sous la Ve République. Composé de 29 000 documents, dont de nombreux inédits – ouvrages, tracts, affiches… – il donne à voir la vivacité de milieux groupusculaires, que peu d’autres sources permettent d’appréhender. Parmi ces documents rares, quelques-uns proviennent du Mouvement chouan, une petite association appartenant à l’extrême droite, dont l’existence s’étale sur quatre ans à peine, de 1987 à 1991, que nous présente Martin Lefranc. D’obédience royaliste, ce groupuscule atypique emprunte aussi à la culture biker ; il se distingue par un goût prononcé pour la violence verbale et graphique. Parmi ses activités, la dénonciation de la célébration par les pouvoirs publics du bicentenaire de la Révolution française en 1989 – un « bicentenaire de merde », affirme l’un de ses tracts. Cette année-là, l’entreprise connaît son expression la plus visuelle dans une affiche sanglante en grand format, fustigeant les crimes de la « répoubelle » (p. 211-216).

Dans la partie [VARIA], avec l’article de Pascale Girard sur des Mémoires contrastées : regards portugais et chinois sur la première ambassade des Portugaises en Chine (1517-1524), cette dernière étant conduite par Tomé Pires. Lire les sources portugaises et chinoises, en tenant compte de leur contexte de production, permet de comprendre comment cette rencontre a été perçue de part et d’autre et en quels termes elle a été exprimée et transmise. Les mémoires de l’événement, saisies dans une démarche d’histoire parallèle, montrent des constructions mentales et des conceptions différentes des relations au monde (p. 219-240).

Cette contribution de Paul Boulland étudie l’usage des amphétamines légales parmi les acteurs de la vie politique française, de la Libération aux années 1960. Le recours aux « stimulants » révèle les représentations associées à l’exercice du pouvoir, notamment sous le régime de la IVe République, mais aussi les conditions concrètes du métier politique et du travail militant. L’article décrit les conséquences sur la santé physique et mentale de certains responsables politiques, l’héritage d’habitudes acquises dans la Résistance, ainsi que la diffusion de ces médicaments parmi les militants communistes (p. 241-261).

Dans la partie [LECTURES], sont présentés 9 comptes-rendus de lecture.

Mathias Nicolleau présente Anne Gangloff, professeure d’histoire romaine à l’Université Rennes 2, est l’auteure de plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur l’idéologie et les représentations du pouvoir impérial aux trois premiers siècles de notre ère, et notamment sur la construction de l’image du bon prince dans la philosophie politique grecque. Ces recherches ont inspiré l’écriture de ce manuel universitaire, La culture politique romaine de la fin de la République au IIIe siècle ap. J.-C., Malakoff, Armand Colin, 2024, 319 p. consacré à la culture politique romaine, de la fin de la République au IIIe siècle de notre ère (p. 265 à 267).

Avec l’ouvrage de Brigitte Demeure, La figure maternelle dans la vie politique française (1789-1914), préface de Françoise Thébaud, Avignon, Éditions universitaires d’Avignon, 2023, 426 p., Jacqueline Lalouette présente l’historienne Brigitte Demeure, germaniste de formation et membre de l’Association internationale de psychohistoire, qui est l’autrice d’une thèse intitulée Les Allégories et métaphores maternelles dans les discours publics en France (1789-1914) sous la direction de Françoise Thébaud et Jacques Guilhaumou et soutenue devant l’Université d’Avignon en 2017. L’ouvrage présenté ici reprend la même thématique. Après une forte introduction, le livre est construit chronologiquement et l’on avance de régime en régime ; la Révolution française occupe deux chapitres et la IIIe République, quatre (dont un est consacré à la Commune), tandis que la Restauration et la monarchie de Juillet sont rassemblées dans le même chapitre. L’ensemble se clôt sur une courte conclusion. La bibliographie, dite « sélective », est suivie d’un index des auteurs cités, alors que l’on aurait préféré y trouver un index des personnes citées, qui eût été infiniment plus utile (p. 268 à 271).

Avec le livre d’Éric Anceau (dir.), Les Quarante-huitards et les autres. Dictionnaire des dirigeants de 1848, Paris, Sorbonne Université Presses, 2024, 1 774 p., Peter McPhee démontre qu’il s’agit ici d’une œuvre monumentale de coordination et d’édition. Éric Anceau a rassemblé une équipe de 120 auteurs répartis dans toute la France qui, pendant vingt ans, ont réalisé des entrées détaillées sur 1 509 dirigeants, s’étalant sur 1774 pages. Avec plusieurs autres qui ont collaboré de différentes manières au projet, ils méritent les chaleureuses louanges dont les couvre le directeur de l’ouvrage (p. 271 à 274).

Avec la publication de la thèse de Henri Courrière, Les Alpes-Maritimes et la République. Histoire politique d’un département modéré (1879-1898), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2023, 281 p., Karine Deharbe présente l’ouvrage, tiré de la troisième partie de la thèse de l’auteur, soutenue en 2008 à l’Université de Nice Sophia Antipolis (aujourd’hui Université Côte d’Azur), et préparée sous la direction de Ralph Schor, L’État, la nation et la petite patrie : la vie politique à Nice et dans les Alpes-Maritimes de 1860 à 1898 : genèse d’un département français. Il est donc resserré sur une période (1879-1898) où s’affirment profondément dans le département les nouvelles identités, française et républicaine, en laissant derrière – mais sans jamais les oublier totalement – les scories d’une identité niçoise qui s’efface progressivement (p. 274 à 276).

Pour David Bellamy, dans leur exposé introductif, les auteurs remarquent que seuls six des treize présidents de la IIIe République ont fait l’objet d’une biographie universitaire. Ils trouvent l’explication de ce désintérêt dans le topos de leur médiocrité supposée. Et pourtant, ils affirment : « On ne devient pas président de la République par hasard. » C’est tout le sens de leur travail de le démontrer et d’exposer les titres qu’Émile Loubet avait à incarner cette fonction quand il l’occupa entre 1899 et 1906 : Éric Bonhomme et Bernard Lachaise, Le Président Loubet (1838-1929). Des champs de la Drôme aux Champs-Élysées, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2024, 243 p. (p. 277 à 279).

Pour Julien Cahon, Marion Labeÿ (docteure en histoire contemporaine) retrace, dans cet ouvrage – tiré de son mémoire de master – l’itinéraire de Victor Fay, un « acteur discret du mouvement ouvrier européen » (p. 13). Méconnu en dehors des cercles militants qui l’ont érigé en « légende », le parcours remarquable et sinueux de Ladislas Faygenbaum (dit Victor Fay) traverse toute l’histoire du mouvement ouvrier et social européen et français, de la Révolution d’Octobre à l’éclatement de l’URSS. Pour mener à bien ses recherches, Marion Labeÿ a mobilisé des fonds d’archives nombreux (dont celui déposé par la fille de Victor Fay à La Contemporaine), des témoignages et les divers écrits de l’intéressé. Marion Labeÿ, Victor Fay (1903-1991). Itinéraire d’un marxiste hétérodoxe au sein du mouvement ouvrier français, Paris, Éditions du Croquant, 2023, 278 p.) (p. 280 à 282).

Selon Christophe Poupault, cette biographie écrite par Yves Léonard, spécialiste du salazarisme et du Portugal contemporain, offre une étude approfondie et érudite sur un dictateur relativement méconnu. Nommé ministre des Finances en avril 1928, Salazar est devenu président du Conseil le 5 juillet 1932 et s’est maintenu à ce poste jusqu’en septembre 1968, date à laquelle il a dû se retirer pour raison de santé, avant de mourir deux ans plus tard. Le sous-titre du livre, justifié par l’auteur dès l’avant-propos, suggère les mystères ayant entouré le « moine-dictateur », célibataire et sans enfant, « marié à la nation », universitaire de formation et non chef de guerre ou chef politique, mal à l’aise en public et plutôt effacé, dont la personnalité complexe, apparaît éloignée des dirigeants charismatiques des régimes des années trente : Yves Léonard, Salazar. Le dictateur énigmatique, Paris, Perrin, 2024, 528 p. (p. 282 à 285).

Noëlline Castagnez présente un ouvrage collectif réunissant les actes du colloque de Saint-Brieuc qui s’est tenu en mai 2022. Cette grève du Joint français, qui s’est déroulée du 12 mars au 9 mai 1972, est devenue l’un des lieux de mémoire du mouvement ouvrier breton et, au-delà, français, comme l’a attesté l’audience publique et médiatique du colloque. Cette lutte très dure, en effet, mobilisa un millier d’ouvrières, majoritaires, et d’ouvriers, qui transformaient le caoutchouc pour la Compagnie générale d’électricité (CGE) et qui voulaient voir leur salaire aligné sur celui des Parisiens, soit 70 centimes de l’heure. Comme la police occupa immédiatement l’usine, la grève dut se déporter et investir l’espace urbain administré par une municipalité issue de l’union de la gauche. Devenue protéiforme, cette grève reçut des soutiens de nature très diverse face à un patronat qui ne voulait rien céder et qui, pourtant, finit par accorder 65 centimes de l’heure : Patrick Harismendy et Gilles Richard (dir.), Le Joint français, printemps 1972. Les échos d’une grève en Bretagne, préface d’Hervé Guihard, Rennes, PUR, 2024, 435 p. (p. 285 à 288).

Sylvie Guillaume reprend la phrase suivante : « L’insulte ne cesse de s’inviter dans l’actualité politique », écrit Cédric Passard en introduction de l’ouvrage, et c’est partant de ce constat à partir de plusieurs exemples que quinze contributeurs s’essaient à faire de l’insulte un objet d’étude en politique pas toujours bien identifié. Les auteurs sont des chercheurs en science politique, en sciences de l’information et de la communication, en droit, en littérature française et en anthropologie. Il s’agit donc d’une approche pluridisciplinaire qui, comme le souligne Sylvie Strudel en fin d’ouvrage, comble une lacune en attribuant à l’insulte de nouvelles perspectives à travers les dimensions langagières du politique et la place des émotions dans l’arène politique. C’est en effet le mérite de cet ouvrage que d’insister sur la complexité de l’insulte qui exprime un dissensus mais qui peut être aussi le ciment d’un groupe comme ce fut le cas des Gilets jaunes : Cédric Passard (dir.), Les usages politiques de l’insulte, Paris, Classiques Garnier, 2024, 301 p. (p. 288 à 290).

© Les Clionautes (Jean-François Bérel pour La Cliothèque)

[1] Créée en 2003 sous le titre Parlement[s], Histoire et politique, la revue du CHPP change de sous-titre en 2007 pour affirmer sa vocation à couvrir tous les domaines de l’histoire politique. Chaque volume est constitué pour l’essentiel d’un dossier thématique [Recherche], composé d’articles originaux soumis à un comité de lecture, qu’ils soient issus d’une journée d’études, commandés par la rédaction ou qu’ils proviennent de propositions spontanées. Quelques [Varia] complètent régulièrement cette partie. La séquence [Sources] approfondit le thème du numéro en offrant au lecteur une sélection de sources écrites commentées et/ou les transcriptions d’entretiens réalisés pour l’occasion. Enfin, une rubrique [Lectures] regroupe les comptes rendus de lecture critiques d’ouvrages récents. Enfin, la revue se termine systématiquement par des résumés et des contributions écrites en français et en anglais (suivis de mots-clés). Cette revue a été publiée successivement par plusieurs éditeurs : Gallimard (n° 0) en 2003, Armand Colin (n° 1 à 6, H-S n° 1 et 2) de 2004 à 2006, Pepper / L’Harmattan (n° 7 à 20, H-S n° 3 à 9) de 2007 à 2013, Classiques Garnier (n° 21 et 22, H-S n° 10) en 2014 et, enfin, les PUR (depuis le n° 23 et le H-S n° 11) à partir de 2016. Le tout résumé depuis le deuxième numéro de 2011 (le n° 16) par Jean-François Bérel, auteur des recensions de la revue Parlement[s]. Revue d’histoire politique pour le compte de « La Cliothèque », rubrique du site de l’association « Les Clionautes ».

[2] Frédéric Attal est Professeur des universités, histoire contemporaine, Université Polytechnique Hauts-de-France, Laboratoire de recherche Sociétés et Humanités (LARSH).

[3] Uwe Backes est professeur de sciences politiques à l’Université technologique de Dresde et directeur adjoint de l’institut Hannah Arendt de recherche sur le totalitarisme.

[4] Christophe Bourseiller est Docteur en histoire contemporaine, écrivain et journaliste. Président de l’Observatoire des extrémismes et des signes émergents (OESE). Auteur d’une quarantaine de livres.

[5] Olivier Dard est Professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne-Université, est spécialiste d’histoire politique.

[6] Jean-Numa Ducange est professeur des Universités en histoire contemporaine (Rouen Normandie GRHIS) et membre junior de l’Institut universitaire de France. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur l’histoire des socialismes européens, notamment français, allemand et autrichien, traduits dans plusieurs langues.

[7] Grégoire Le Quang est Maître de conférences en histoire contemporaine, Institut catholique de Paris. Chercheur associé à l’ISP (Paris-Nanterre).

[8] Sébastien Repaire est Agrégé et docteur en histoire. Chercheur permanent et responsable scientifique, Institut François Mitterrand. Chercheur associé, laboratoire ITEM (Université de Pau)

[9] Marie Tassa est Chercheuse postdoctorale, projet ANR SocMIR, UMR CESDIP.

[10] Antoine Beauquis est Responsable de la politique documentaire et des collections.

[11] Cannelle Dumortier est Chargée de la rédaction de l’instrument de recherche pour les collections de Christophe Bourseiller et de Jean-Yves Camus.

[12] Quentin Lemeiter est Administrateur de la bibliothèque numérique patrimoniale.

[13] Nadine Noiroux est Responsable des collections remarquables et archives scientifiques.

[14] Nelly Sciardis est Directrice des bibliothèques, Université Polytechnique Hauts-de-France.

[15] Hugo Melchior est Chercheur indépendant et doctorant en histoire contemporaine, université Rennes 2.

[16] Giovanni Roggia est Docteur en histoire, Centre d’Histoire de Sciences Po Paris, Università Roma Tre.

[17] Martin Lefranc est ATER en histoire contemporaine à l’Université d’Orléans, Laboratoire POLEN – EA 4710.

[18] Pascale Girard est Maître de conférences en histoire moderne à l’université Gustave-Eiffel, laboratoire ACP.

[19] Paul Boulland est Ingénieur de recherche CNRS en histoire, Centre d’histoire sociale des mondes contemporains.

[20] Mathias Nicolleau est Maître de conférences en histoire romaine à l’Université Jean Moulin Lyon III, UMR 5189 HiSoMA, France.

[21] Jacqueline Lalouette est Professeur émérite (Université de Lille) Membre senior honoraire de l’Institut universitaire de France.

[22] Peter McPhee est membre de la School of Historical and Philosophical Studies The University of Melbourne Victoria 3010 Australia.

[23] Karine Deharbe est Maître de conférences Habilitée à diriger des recherches au laboratoire ERMES, Université Côte d’Azur.

[24] David Bellamy est Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Picardie-Jules Verne, Conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle.

[25] Julien Cahon est Professeur des universités en sciences de l’éducation, université de Picardie Jules-Verne, laboratoire CAREF.

[26] Christophe Poupault est agrégé et docteur en histoire contemporaine de l’Université d’Aix-Marseille.

[27] Noëlline Castagnez est Professeure d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans, Polen (EA 4710).

[28] Sylvie Guillaume est Professeur émérite à l’université Michel de Montaigne (Bordeaux III) Membre honoraire de l’Institut universitaire de France.