Il s’agit d’un ouvrage collectif regroupant des actes d’un colloque tenu à Rennes en 2004 et qui constitue le premier volume des Cahiers d’histoire du corps antique. Née d’une coopération entre chercheurs rennais et suisse, cette série vise à travers toutes les approches et disciplines à étudier le corps, sujet longtemps délaissé ou du moins marginal.
Cet ouvrage rassemble 22 contributions dont 2 en anglais, une introduction et une conclusion. Celle-ci s’avère d’ailleurs très pratique puisqu’elle synthétise les résumés des contributions.
Comme dans le second volume, un équilibre est trouvé entre un minimum de représentations, photographies permettant d’assimiler les articles et une reproduction massive qui alourdirait encore le prix de l’ouvrage.L’ouvrage est organisé en six grands thèmes à savoir corps homérique, corps archaïque ; corps sensibles ; normes du corps, corps hors normes ; le corps au féminin ; la vérité des corps ; le corps à l’épreuve ; la parenté par le corps.
L’ensemble des contributions vise donc à défricher le sujet du corps dans sa dimension antique. Signalons d’ailleurs que cette question est approfondie dans le volume 2 qui paraît en même temps.Dans une utile introduction, F Prost situe la question du corps au niveau historiographique. Il précise que le corps antique est un corps créé par ceux qui l’éduquent. Jérome Wilgaux évoque aussi la question de nos catégories et s’interroge sur leur pertinence : faut-il inscrire le corps antique dans une altérité radicale ou bien dans une continuité ?
Il faut en tout cas se méfier de nos rapprochements modernes. F Prost dit ainsi, par exemple, que les korai et kouroi n’ont jamais été conçu par les Grecs comme des types complémentaires, alors qu’ils sont rassemblés dans les études actuelles.

Que retenir d’autre donc d’un tel ouvrage ?
Soulignons la variété des éclairages ce qui montre bien l’ampleur du chantier ouvert. Cependant, il faut aussi bien reconnaître que cela n’aide pas à une compréhension globale. La synthèse, comme indiquée dans l’introduction, reste à élaborer.
Remarquons, en terme de sources, que cet ouvrage se caractérise par l’étude de documents jusque là délaissés, comme les traités physiognomoniques. Il s’agit là de l’art de juger quelqu’un d’après son apparence physique et ses gestes. C’est d’autant plus essentiel qu’il s’agit là de textes qui étaient très populaires dans l’Antiquité. Comment comprendre une telle société en faisant l’impasse sur un domaine qui lui semblait fondamental ?

Autre point intéressant, des communications choisissent de s’appuyer sur des classiques pour les questionner autrement. Ainsi, S Galhac reprend l’Odyssée, mais cette fois sous l’angle des transformations du corps d’Ulysse et s’interroge plus particulièrement sur la question de son identité et de son apparence lors de son retour à Ithaque.
Dans la même veine, un article sur le corps du roi hellénistique permet là aussi d’aborder un thème connu mais avec un nouvel angle. On peut discerner deux conceptions du corps d’Alexandre liées au contexte : le corps générique et symbolique du roi divinisé et le corps historique du conquérant, mais avec un but commun affirmer la présence du roi.

Dans la partie intitulée Corps sensibles, F Le Blay s’intéresse aux mots utilisés par les médecins pour parler de la douleur. Chemin faisant, des idées reçues sont remises en cause comme celles qui voudraient que la douleur soit ignorée : bien au contraire, car elle est aussi l’enjeu de débats philosophiques.
La santé est donc aussi à étudier comme une construction mentale qui permet donc d’accéder aux représentations antiques.

La question de la taille des corps est aussi par exemple abordée de deux façons opposées et finalement complémentaires : entre le corps colossal et le corps nain. Cela permet de confirmer que la haute taille est valorisée puisqu’elle est synonyme de monde divin.
C’est une autre façon d’aborder la question essentielle de l’altérité. Intégrés en Egypte ancienne à l’ordre cosmique, les Pygmées, sont en revanche, en Grèce relégués aux marges.

Toute une partie du colloque est consacrée au corps des femmes permettant à travers cet angle d’articuler un point précis (le corps) et une opposition fondamentale chez les Grecs (homme/femme).

Abordant le thème du sport et du chant, plusieurs auteurs en arrivent finalement à souligner une certaine similitude, puisque dans les deux cas, il est question de régime alimentaire et d’entraînement. Sont abordés ensuite des aspects beaucoup plus techniques, mais on comprend bien que, finalement, tout concourt à la maîtrise du corps. Celui-ci est véritablement façonné. On rejoint ainsi les travaux décisifs de Michel Foucault.

L’ouvrage se révèle donc stimulant, car il utilise, soit des nouvelles sources peu connues, soit des thèmes connus mais éclairés différemment.
Ce livre souhaite donc défricher de nouveaux champs, mais, tout comme le deuxième de la collection, il est clairement à destination des étudiants en histoire ancienne car il aborde des problématiques nouvelles qui supposent une bonne connaissance d’une base contextuelle gréco-romaine.

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