Jean Alain Goudiaby et Paul Diedhiou, tous deux enseignants chercheurs à l’université Assane Seck de Ziguinchor (Sénégal) coordonnent ces regards sur le développement à partir de l’exemple sénégalais et même casamançais.
Devant le peu d’effet des politiques de développement depuis les indépendances des années 60 ils ont proposé de repenser le développement en s’appuyant sur la culture et les savoirs endogènes lors d’une conférence organisée en 2014 par la toute jeune université de Ziguinchor.

La culture, moteur de développement en Afrique
Alpha Ousmane Barry, professeur à l’université Bordeaux–Montaigne, spécialiste d’analyse des discours, expose son idée de la place déterminante de la culture, « mode de vie et de pensée », dans les processus de développement.
Après un retour théorique sur le concept de culture, l’auteur développe l’idée selon laquelle « l’approche exclusivement économique mise en œuvre au lendemain de la seconde guerre mondiale apparaît très tôt comme inopérante » page 32 et rappelle que le PNUD inscrit la liberté culturelle dans son rapport de 2004. L’école et le système éducatif sont donc un lieu central de la réflexion entre modèles français, anglo-saxon et culture africaine pour que le développement soit adapté aux spécificités du milieu.
Après la réflexion sur le système scolaire l’auteur pose la question de « l’ancrage de la culture dans l’industrie touristique comme moteur du développement » page 39. la préservation et la mise en valeur du patrimoine naturel, culturel, historique peut impulser un développement endogène et être un outil de régulation démocratique.

Cette même idée est reprise par Mamadou Diombéra, spécialiste des questions touristiques à l’université de Ziguinchor : Le rôle du patrimoine culturel dans l’attractivité et le développement touristique durable des territoires : le cas de la Casamance au Sud du Sénégal.
Après une présentation du contexte local et du panorama de l’activité touristique en déclin : du tourisme balnéaire au tourisme de découverte orienté vers les campements villageois, l’auteur analyse les enjeux d’un développement en lien étroit avec le patrimoine ethnique, linguistique, culturel avec l’exemple du KankourangMasque et être mythique gardien des valeurs des peuples mandingues de la Sénégambie, le Kankourang habillé d’une tenue en fibres végétales et poussant des cris aigus pour annoncer son passage, apparaît généralement en fin d’hivernage et à l’occasion des cérémonies de circoncision et montre l’intérêt d’une politique de mise en valeur du patrimoine sans pour autant négliger la réflexion nécessaire sur la durabilité du développement touristique. Comment concilier ouverture au public et conservation patrimoniale ?

Le conflit casamançais et la question de la reconstruction : quelle est la contribution des ONG ?
Ousmane Ba, sociologue à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar analyse l’intervention des ONG dans le contexte troublé de la crise casamançaise voir à ce sujet : La Casamance dans l’histoire contemporaine du Sénégal, [Casamance, récit d’un conflit oublié
->https://clio-cr.clionautes.org/casamance-recit-d-un-conflit-oublie.html
], évoquée dans ses grandes lignes, ses caractéristiques, et des débuts de reconstruction. Il met l’accent sur leur manque de coordination et de relations avec les acteurs institutionnels. Il constate des effets de concurrence et d’inégale répartition sur le territoire. L’auteur s’interroge sur les raisons de l’intervention des ONG face aux politiques de développement économique post-indépendance. Une rapide réflexion sur le concept de reconstruction introduit l’analyse du cas casamançais dans les années 2000 alors même que la paix et la sécurité n’étaient pas assurées. Il présente sans beaucoup de détails concrets le cas d’une ONG américaine : Catholic Relief Services financée par USAID.

Toujours sur cette présence des ONG, Jean Alain Goudiaby et Cendrine Diedhiou posent cette question : L’intervention des ONG à Ziguinchor : une action structurante pour le développement local ? Ils reprennent l’analyse générale du chapitre précédent et resituent la question entre actions de l’état et programmes d’ajustement structurel de la Banque Mondiale et du FMI puis ils décrivent les secteurs d’intervention des ONG (Santé, école…). Ils montrent des logiques différentes voire divergentes entre les ONG à la recherche de fonds et les populations bénéficiaires pour qui le développement revêt une autre dimension.

Entrepreneuriat social et co-développement en milieu associatif comme facteurs clés du développement local et territorial
Madeleine N’dione Mbinkydoctorante en sociologie au LABRTD R 3149 de Brest tente un bilan de l’action des ONG sénégalaises financées par des ONG du Nord dont l’action principale porte sur le soutien à l’entrepreneuriat social. Elle montre l’efficacité du soutien à des entreprises locales et notamment féminines. Elle analyse les concepts de co-développement, de partenariat et de réciprocité. Elle appuie son étude sur un exemple de collaboration entre ONG, Secours catholique de Bretagne et Caritas Kaolack : co-construction des compétences des acteurs associatifs.

La Casamance grenier à blé du Sénégal ?
Paul Diedhiou, anthropologue et enseignant chercheur à l’université de Ziguinchor a pour projet un bilan des programmes agricoles conduits en Casamance, considérée comme le grenier à riz du Sénégal. Bien que la riziculture soit une composante ancestrale et majeure de la culture diolaethnie majoritaire en Casamance l’auteur constate l’échec du développement de pratiques modernes et intensives qu’il explique longuement par une incompréhension entre les experts, les techniciens et les riziculteurs. Il montre l’intérêt d’une connaissance approfondie des sociétés locales pour la réussite d’une politique de développement et préconise un appel à la linguistique pour éviter les incompréhensions : la culture du riz en Casamance n’est pas seulement une activité économique. Un article fondamental pour toute personne impliquée dans un projet de développement dans cette région.

Khalifa Ababacar Kane étudie L’évolution du statut portuaire africain : une chance pour le développement des ports de l’Afrique francophone. L’exemple du port autonome de Dakar. Il montre la problématique au cœur de cette question entre rentabilité économique d’un équipement structurant et rente pour le budget de l’État. Il évoque l’évolution de la tutelle étatique, de la composition des organes de gestion et le rôle du Conseil Sénégalais des chargeurs. Il montre aussi la privatisation en cours dans le cadre de partenariats public-privé.

Le développement par la microfinance ? Réflexions à partir du cas sénégalais
Éveline Bauman, et Cécile Godfroy Éveline Bauman est socio-économiste à IRD et Cécile Godfroy est doctorante à l’université de Mons (Belgique) sont l’une et l’autre spécialistes du micro-crédit sur ce thème voir la conférence de Michel Cauzid sur La micro-finance un outil efficace en Afrique au Festival de géopolitique de Grenoble en 2016. Elles en retracent l’histoire au Sénégal et montrent les limites d’un modèle standardisé qui ne répond pas aux besoins des plus pauvres, des femmes. À partir de l’enquête Pauvreté et structure familiale (2010/2011) elles démontrent que le microcrédit n’est qu’un outil parmi d’autres : solidarités familiales, tontines, banque.

Politique de développement et radio en Afrique : quelles perspectives à l’heure du numérique ?
Aude Jimenez, docteure en communication de l’UQAM (Québec) montre que la radio, dont elle retrace l’histoire en Afrique depuis 1948, est le premier média des campagnes. Elle explique la révolution dans les moyens de communication que représente aujourd’hui le téléphone cellulaire.

Etienne BourelDoctorant en anthropologie à l’université de Lumière-Lyon 2 entraîne le lecteur au Gabon : Développement et durabilité, quelle cohérence ? Une analyse à partir du secteur forestier gabonais. A partir de ses enquêtes de terrain sur les chantiers forestiers il montre l’évolution de leur gouvernance quand la dimension du développement durable est prise en compte ( code forestier de 2001, éco-labels recherchés par les exploitants).

Un cours chapitre de conclusion est confié à l’africaniste Jean Copans : Les sciences sociales connaissent-elles le progrès ? Retour sur le paradigme de construction de la sociologie, de l’ethnologie et de l’anthropologie au XXe siècle en miroir du développement et de la mondialisation. Il s’agit ici de rappeler l’histoire des sciences sociales et leur évolution dans l’approche du monde, pour une anthropologie plurielle et multi-localisée du monde globalisé.