Depuis 2013, la revue Urbanisme a changé de maquette. Elle entend être la « Revue de référence de ceux qui font la ville, de ceux qui la pensent, de ceux qui l’étudient et plus généralement de ceux qui l’aiment. […] Plus encore que par le passé, la revue veut dépasser les frontières, accueillir des auteurs de tous horizons et appréhender les transformations des villes à l’échelle mondiale. »

 

Ce numéro trimestriel de l’Hiver 2018 contient un dossier de 45 pages intitulé « Réinventer les stations de montagne ». La parole est donnée à des acteurs variés : architecte (Jean-François LYON-CAEN), professeur ou maître de conférence en urbanisme et en aménagement (Vincent VLÈS ou Emilie HATT), docteur en histoire (Steve HAGIMONT), urbaniste (Jean MARIEU), professeur et maître de conférence en Géographie (Philippe BACHIMON, Jean VARLET,…),… Les sujets sont divers mais concernent principalement l’arc alpin.

Au XXe siècle, le tourisme et les sports d’hiver ont engendré de profondes transformations des montagnes. Des villages sont devenus des stations, des alpages ont été transformés en domaines skiables, des stations de ski ont été édifiées à des altitudes jusqu’alors inhabitables et inhabitées par les hommes. Un urbanisme de montagne apparaît. Toutefois l »usine à ski » est en crise. Le modèle de la station intégrée est remis en cause à cause de l’artificialisation, de leur uniformisation, du vieillissement du parc de logement mais aussi du réchauffement climatique qui les oblige à investir dans des enneigeurs mais aussi à imaginer des lieux plus polyvalents capables d’attirer des clientèles aux aspirations et aux pratiques plus diversifiées. On assiste donc à une véritable transition touristique. Depuis les années 1950, le regard des touristes a changé lentement mais surement. Les clientèles sont davantage à la quête de séjours plus esthétiques, plus respectueux des sociétés et de la nature. Une demande forte se développe pour l’écotourisme ou le slow tourisme. Des pratiques alternatives au ski de descente (randonnées, raquette,…) apparaissent, allant parfois à l’encontre des précédentes, notamment dans les espaces naturels protégés.

Les problèmes de gouvernance sont au cœur de ces évolutions. Les années 1960-1970 ont été marquées en France par un aménagement intensif de stations fonctionnelles et rationnelles, dans des sites vierges et avec un objectif de répondre à la demande touristique forte avec une forte implication de l’État. Il s’agit aujourd’hui, dans le cadre d’un changement de paradigme, de rassembler l’ensemble des acteurs du territoire concerné autour d’un projet touristique pluri-saissonier. C’est l’objectif des Contrats de stations moyennes (dans l’ex région Rhône-Alpes entre 2000 et 2006) qui organise la diversification de l’offre touristique. Il s’agit également de « refaire la station sur la station ». Construites au temps de la démocratisation des vacances, de la diffusion de l’automobile et de la pratique intensive du ski, elle doit en effet s’adapter. Le développement de projets de requalification urbaine apparait alors comme essentiel, notamment l’ouverture et l’adaptation des espaces publics aux nouvelles pratiques des touristes, comme à Crans-Montana. Une meilleure planification des résidences secondaires est également nécessaire pour éviter un nombre trop important de « lits froids » (exemple des Pyrénées). Des stations tentent de passer à la « station sans voiture », comme Zermatt. Le stationnement y est organisé à plusieurs kilomètres en contrebas. L’accès terminal repose sur une offre multimodale efficace. L’espace de stationnement se fait alors terminal et pôle d’échange multimodal. En somme après la reconquête (années 1990), le réenchantement (années 2000), le tourisme de montagne entre dans une phase de réinvention qui oscille entre restructuration en profondeur du modèle existant ou structuration d’un nouveau modèle de développement.

Ce numéro d’Urbanisme est donc plein de ressources pour qui veut mettre en perspective l’histoire du tourisme de montagne au XXème siècle et identifier les principaux enjeux de son évolution en ce début de XXIème siècle. Il donne à voir l’influence des nouvelles pratiques des touristes sur l’organisation des stations à différentes échelles et confirme les intuitions de l’équipe M.I.T. (dirigée par R. KNAFOU) sur leur indispensable prise en compte dans l’étude de tout phénomène touristique. A noter également dans ce numéro d’Urbanisme les intéressantes contributions du géographe Martin VANIER et des sociologues Jean-Marc STÉBÉ et Hervé MARCHAL sur le mouvement des gilets jaunes et la péri-urbanisation.