Salut et fraternité. Les images selon René Vautier
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Ariane Brun-Moschetti

Salut et fraternité. Les images selon René Vautier

Les Mutins de Pangée (co-produit avec l’Institut universitaire de France), février 2016, 18 €

Frédéric Stevenot
jeudi 21 avril 2016

« Conçu comme un voyage à travers le temps et les films, Salut & Fraternité retrace le parcours du cinéaste René Vautier en confrontant son témoignage à ceux d’autres cinéastes (Jean-Luc Godard, Yann Le Masson, Bruno Muel...). Se posent alors les questions de l’engagement, du rôle du cinéaste et de ses films dans la société, de la nécessité d’un cinéma d’intervention sociale et de contre-pouvoir... avec la censure qui pointe son nez en permanence.

L’essai d’Oriane Brun-Moschetti, structuré par les initiatives et principes mis en œuvre par René Vautier, non seulement éclaire le trajet particulier de celui-ci, mais dans sa précision et sa singularité même, possède une portée générale qui concerne tous ceux que les pratiques, les formes, les enjeux et les questions d’images intéressent ».
Présentation de Nicole Brenez, historienne [1]

Ariane Brun-Moschetti [2] n’est pas une réalisatrice de documentaires comme les autres. Si elle a choisi d’en faire un sur René Vautier, c’est parce qu’elle « travaille » sur le personnage depuis longtemps. Elle lui a en effet consacré son mémoire de Maîtrise et son DEA (2002-2003), et co-réalisé un film sur son parcours en Algérie avec Leïla Morouche [3]. Et depuis son travail universitaire, soit depuis une douzaine d’années, elle n’a cessé d’accumuler des matériaux en tout genre sur le cinéaste, et notamment des documents audio-visuels.
L’idée lui est venue de consacrer un film sur René Vautier, en tant que cinéaste engagé et plus exactement en tant que représentant éminent du cinéma d’intervention sociale, mais surtout pour mieux montrer son originalité au sein du milieu cinématographique. Ariane Brun-Moschetti nous livre alors son parcours [4], sur quoi on pense qu’il n’y a plus grand chose à apprendre. Ce serait oublier et négliger le travail sur la longue durée accompli par la réalisatrice, qui vient nourrir ses choix d’images, les entretiens auxquels on assiste, mais derrière lesquels elle s’efface complètement, ce qui témoigne d’une modestie dont on lui est très reconnaissant. Cela donne un film vivant, mais qui ne cherche à asséner : il permet au contraire au spectateur de découvrir René Vautier, même si la marge objective est évidemment limitée.
Et c’est dans les détails qui nous sont livrés qu’elle parvient à nous faire mieux comprendre ce qui a pu motiver le cinéaste en soixante-dix années d’activité (environ), qui n’a jamais dérogé à un principe qu’il doit à Paul Éluard, qu’il avait lu à 16 ans, quand il œuvrait dans son groupe de résistance breton, le Clan de Quimper :

Je dis ce que je vois
ce que je sais
Ce qui est vrai [5].

Dès ses premiers films, René Vautier a cherché à donner à voir le monde tel qu’il lui apparaît, dans sa vérité crue et souvent terrible, sans se prétendre être autre chose qu’un passeur muni d’une caméra (lui pense plutôt être un « fauteur d’images » procréent à contre-pouvoir » [6]). Cela lui a valu bien des problèmes avec les autorités, très tôt. On l’entend raconter ses difficultés (un pléonasme, puisqu’il s’agit de coups et blessures) avec la police, quand il a voulu filmer une manifestation à Paris d’étudiants issus des colonies. Cela continue avec cela qu’il tourne sur les grèves dans les centres miniers (tourné illégalement en 1946-1947 et interdit, R. Vautier est arrêté), avec [Afrique 50}, considéré comme le premier film français anti-colonialiste. Et on peut continuer comme cela jusqu’à la destruction en 1985 des pellicules qu’il a rassemblé dans le fort du Conquet, au moment du procès de Le Pen, accusé d’avoir torturé en Algérie [7].
René Vautier n’a pas hésité à entrer dans une grève de la faim, en 1972 [8], pour « s’opposer à ce que la commission de pré-censure émette des jugements politiques sur le caractère d’un film », comme le rappelle la motion signée notamment par des réalisateurs importants (Resnais, Godard, Bresson, Malle, Fereri, Rivette, etc.). Il aura gain de cause après 31 jours de résistance.
Et on le retrouve donc en permanence défendant la liberté, aux côtés des opprimés : « indigènes » des colonies, salariés en lutte, femmes « en colère » [9], etc. Cela donne une tonalité particulière à ses images, partisane, qui peut agacer ; mais c’est aussi la spécificité de ce cinéma d’intervention, auquel le nom de René Vautier est étroitement lié.

Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes®

Par Frédéric Stevenot

[1Présentation du DVD à retrouver sur le site des Mutins de Pangée

[2Consulter son site

[3Algérie. Tours/Détours (2004-2007), Les Mutins de Pangée, 2007, 114’. Voir le site du film

[4Complété par une émission diffusé par la télévision allemande en 1974 : Sans autorisation. Portrait d’un réalisateur engagé.

[5Paul Éluard, Les Armes de la douleur

[6Propos tenus dans l’émission Court-circuit, 2003

[7Son ami Yann Le Masson le filme marchant d’un pas lourd sur les bouts de pellicule cisaillés, piétinés.

[8L’année où rêne Vautier obtient le prix de la critique internationale pour Avoir vingt ans dans les Aurès, au festival de Cannes

[9Pour reprendre le titre de l’un de ses films, Quand les femmes ont pris la colère

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