Un titre sans équivoque pour ce recueil de six histoires d’immigration. L’auteur a choisi par le pays d’origine et la date d’arrivée de montrer que la migration n’est seulement une question d’actualité; que les raisons du départ peuvent être diverses mais les sentiments semblables : déracinement, souvenirs d’avant, familles et amis face à un accueil pas toujours bienveillant.
Cinq des six histoires ont déjà été publiées dans la collection Français d’ailleurs née après les émeutes de Clichy en 2005.

Un texte bien adapté au public visé à partir du CE2

La première histoire est née de l’actualité de 2016. Reem est une jeune syrienne de12 ans que l’on rencontre sur une plage de Turquie. C’est son voyage en zodiac qui est raconté jusqu’à l’île de Chios. Elle évoque ses souvenirs d’Alep en paix puis en guerre. Le récit s’achève devant l’inconnu de la route des Balkans.
C’est l’histoire la plus courte, sa vie en Europe reste à venir.

Les autres récits racontent des migrations plus anciennes dont les protagonistes sont aujourd’hui Français.

A la suite d’Antonio, jeune réfugié espagnol fuyant la répression franquiste, on va découvrir le camp d’internement d’Argelès, la difficile adaptation de son père artiste peintre désormais ouvrier agricole près de Toulouse puis la participation du père comme du fils à la Résistance. Comme dans l’édition d’origine le récit est suivi d’un petit dossier documentaire qui précise le cadre de l’histoire, petit dossier répété à chaque récit.

Le cahier de Leïla évoque l’immigration de travail algérienne comme main d’œuvre dans les usines de construction automobile. La jeune Leïla avec sa famille quitte la Kabylie pour rejoindre le père ouvrier à Billancourt: l’isolement, la difficile adaptation à une autre vie, le désir du père que sa famille ne se remarque pas, l’assimilation comme réponse au racisme ordinaire.

Avec Thién An le lecteur découvre la tragédie des boat people. Ce jeune vietnamien choisit, non sans difficultés, ne raconter cette réalité dans une rédaction demandée par son professeur de français. Motifs de l’exil, dangers du départ et de la traversée, familles séparées, petits boulots et dette envers le passeur, de nombreux aspects de cette migration des années 70 sont abordés et notamment la communauté soudée autour des traditions comme la fête du Tet.

Des exils liés à la guerre la thématique glisse vers les migrations économiques.

L’histoire d’Adama, l’immigration malienne et la question des sans papiers a déjà été présenté dans la cliothèque lors de la précédente réédition de ce texte. [http://clio-cr.clionautes.org/adama-ou-la-vie-et-3d-le-reve-de-jacek.html->http://clio-cr.clionautes.org/adama-ou-la-vie-et-3d-le-reve-de-jacek.html]

Lyuba est une jeune Rom qui fait découvrir la vie dans les bidonvilles et squats de la banlieue, les allers et retours des parents entre la France et le village en Roumanie où chacun espère construire une maison, les expulsions qui viennent contrecarrer les efforts de scolarisation, la mendicité pour survivre mais, rayon de soleil, quelques rencontres solidaires.

Chaque histoire a sa logique et peut être lue seule : des récits d’exil, de souvenirs de la vie d’avant, d’espoir dans l’école mais aussi de déceptions devant un accueil loin de l’image d’une France pays incarnant les droits de l’Homme.