Le sous-titre : De l’aube de l’humanité aux Indépendances dit toute l’ambition de l’autrice. Zeinab Badawi, journaliste soudano-britannique, s’appuie sur les travaux de chercheurs africains pour proposer un « regard autochtone » sur une histoire longtemps racontée par ses colonisateurs. Cet ouvrage est une synthèse à destination de la jeunesse africaine, mais aussi à tout lecteur intéressé par l’histoire d’un continent qui commence bien avant la colonisationIl est une réponse, après celle de Adame Ba Konaré, Petit précis de remise à niveau d’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy (La découverte, 2008) aux propos de Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007, à Dakar : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. »..
Notre famille et autres hominidés
Le récit commence avec Lucy ou Dinqnesh, comme la nomment les Éthiopiens. L’autrice rappelle que l’origine africaine d’Homo sapiens n’a pas toujours été un acquis scientifique. Elle reprend les grandes découvertes des paléoanthropologues : Toumaï, Lucy, l’enfant de Taung et les évolutions de la séparation de la lignée humaine de celle des primates. Elle décrit les migrations des Homo Sapiens sapiens, à la peau noire et présente les Hadza, un groupe qui, en Tanzanie, vit selon un mode traditionnel proche de celui des chasseurs-cueilleurs préhistoriques.
De cette lointaine époque viennent, sans doute, les religions animistes.
L’évolution des climats africains a permis, entre 7000 et 5000 avt. notre ère, le développement de l’élevage et de l’agriculture.
Un don du Nil
Le Nil est un incontournable pour l’histoire de l’Égypte antique. Si l’égyptomanie a longtemps présenté les pharaons comme des hommes blancs, l’autrice rappelle la polémique autour des écrits de Cheikh Anta Diop, avant de développer une présentation du rôle fondateur du Nil. Elle propose une synthèse de l’histoire pharaonique, de l’Ancien Empire à Cléopâtre.
Le royaume de Koush
À partir des travaux de l’archéologie soudanaise, l’autrice développe l’idée d’une civilisation en interaction avec l’Égypte et non une pâle copie du puissant voisin du Nord. Elle montre les traces dans l’actuel Soudan et précise l’histoire du royaume de 2500 av. au IVe siècle ap.
Ezana, roi d’Axoum et l’essor d’un royaume chrétien
Ce chapitre aborde un millénaire d’histoire de la Corne de l’Afrique. L’apogée du royaume, du IIIe au VIe siècle, correspond à une période de crise en occident méditerranéen. Les vestiges montrent un royaume marchand et militaire avec le contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb.
Le parcours de l’histoire du royaume chrétien fait une large place à la reine de Saba.
La croix et le croissant
La Corne de l’Afrique fut le lieu d’affrontements, parfois religieux, mais aussi de coexistence des trois grandes religions abrahamiques.
Le déclin du royaume d’Axoum, l’émergence de l’islam puis les incursions arabes ont profondément marqué l’histoire de la région de la reine Yoditou Gudit Xe s. au roi Lalibela, à qui on attribue les églises creusées dans la roche ; d’Ahmed Gragne aux contacts avec les marins portugais (1542). La période est marquée par les heurts entre chrétiens et musulmans.
Étoiles du Nord
Abandonnant les côtes nord-est du continent, ce 6e chapitre aborde l’histoire du Maghreb depuis la préhistoire avec la culture ibero-maurussienne puis capsienne, une période caractérisée par l’évolution climatique et l’aridification du Sahara.
L’autrice retrace l’histoire des Amazighs, les Berbères et les contacts avec les autres peuples du pourtour méditerranéen : Phéniciens, Grecs, Romains. Un paragraphe est consacré aux guerres puniques. L’histoire des Numides, de Massinissa, unificateur des principales tribus d’Afrique du Nord à Jugurtha puis Juba II, montre les influences grecques et romaines présentes dans de nombreux sites : Timgad, Tipaza. Volubilis.
L’islam de l’Ifrikiya
Le récit commence par l’histoire des communautés juives et chrétiennes, notamment coptes et nubiens, de l’Afrique du Nord.
L’islam pénètre la région au VIIe siècle à partir de l’Égypte par la conquête (fondation de Kairouan en 679), non sans résistance des Berbères, rapportée par Ibn Khaldoun.
L’autrice retrace à grands traits l’histoire des Idrissides, des Fatimides, puis des dynasties berbères : Almoravides, Almohades, Merinides.
Mansa Moussa et les royaumes de l’Afrique de l’Ouest
De vastes empires ont dominé les régions au sud du Sahara. L’autrice précise l’étendue géographique et l’organisation de ces États.
L’Empire du Ghana (VIIe au XIIIe siècle) est dominé par les Soninkés, dont le plus puissant souverain fut Tunka Manin (1032-1075) grâce au commerce de l’or, avec les souverains berbères.
Le royaume de Sosso (1180-1230), dont la capitale se situait au nord de l’actuel Bamako, fut un royaume malinké, une ethnie de forgerons.
Mais le plus célèbre fut, sans conteste, l’Empire du Mali (1235-1430). Les Mandingues s’imposent. Selon les griots, c’est Soundiata KeïtaSoundjata, l’Africain, Ousmane Koné, L’Harmattan, 2016 qui s’imposa comme chef sur un vaste territoire avec comme capitale Niani, dans une région riche, notamment en or. La « Charte du Mandé »Au Sénégal actuel, en avril dernier, Le Président Bassirou Diomaye Faye a présenté récemment un avant-projet de loi visant une révision de la Constitution sénégalaise. Dans le préambule du nouveau texte constitutionnel soumis à l’appréciation des Sénégalais, figure une grande nouveauté : la référence à la Charte du Mandé remplace désormais la Déclaration de la Révolution française de 1789 qui figurait jusque-là dans les différents textes constitutionnels du Sénégal. proclamée en 1236 garantit la liberté, la dignité et l’égalité à tous les sujets du Mali.
C’est sous son règne que l’islam se diffuse. Son petit-neveu Moussa 1er a montré lors de son pèlerinage à La Mecque, en 1324-1325, l’immense richesse de son empire. C’est par le récit d’Ibn Battûta que l’on connaît l’histoire des Mansa du Mali.
Affaibli par les querelles de succession, sous la pression des Mossis et des Touaregs, au XVe siècle, il est remplacé par l’Empire Songhaï (1435-1592) dont la prospérité s’appuie sur le fleuve Niger. Il fut ruiné par les Marocains et les Touaregs qui prennent Tombouctou en 1737.
L’autrice évoque aussi plusieurs royaumes indépendants aux XVIIIe et XIXe siècles : le royaume bambara de Ségou, décrit par Mungo Park ; kano, la plus ancienne des cité-États.
Tippo Tip et les premiers esclavagistes
Ce chapitre concerne la Corne de l’Afrique, le « pays swahili » et décrit les routes de l’esclavage vers la péninsule arabe. L’autrice rappelle, au passage, que le Qatar n’a aboli l’esclavage qu’en 1952Tout en conservant jusqu’en 2016 le système de la « kafala », une parrainage des travailleurs migrants, une forme moderne de d’esclavage..
Elle montre comment les élites noires ont aussi profité de la traite à travers la Mer Rouge et le Sahara. Elle décrit, en détail, la civilisation swahilie (Zanzibar, Mombassa, Lamu, le Mozambique), à partir de ses voyages dans la région, un région prospère au XVe siècle. Les premiers contacts avec les Portugais datent de l’extrême fin XVe siècle.
L’évocation de l’esclavage est illustrée par un exemple de la traite arabe en 1820 et la résistance des femmes de Nder, au Sénégal.
La présentation de deux personnalités du XIXe siècle conclut ce chapitre : Saïd ibn Sultan, souverain de Zanzibar et « Tippo Tip », Hamed Bin Mohammed El Marjebi, un célèbre marchand d’ivoire et d’esclaves.
Coulé dans le bronze
Les bronzes du Bénin permettent d’aborder la colonisation et ses butins. Ils sont au cœur des discussions sur la restitution des œuvres d’art. L’autrice fait référence au rapport français de Felwine Sarr et Bénédicte Savoy. Au-delà du débat, elle retrace longuement l’histoire du royaume du Bénin depuis sa création en 900 jusqu’à l’indépendance du Nigeria.
Les royaumes d’Afrique australe
C’est à la fin du XIXe siècle que les Allemands ont découvert les structures en pierre du Grand Zimbawe, longtemps les Européens ont refusé de croire à des édifices construits par les Africains.
Au début du XIe siècle, apparaît la culture Leopard’s Kopje qui marque le début de l’agriculture de l’Afrique australe. Mapungubwe en est le site majeur. Les habitants pratiquaient l’agriculture et le commerce avec l’Arabie, l’Inde et la Chine.
Cet État est absorbé au XIIIe siècle par le royaume du Grand Zimbawe dont la plus ancienne mention dans les sources est due à Vincente Pegado, capitaine à la garnison portugaise de Sofala (1531). L’autrice retrace l’histoire de cette royauté qui cède la place au XVe siècle à l’Empire Mutapa, appelé aussi Monomotapa, une puissance militaire et économique. Elle présente la création du fort de Lourenço-Marques (Maputo) et les divers souverains Rozvi et Gaza au XIXe siècle, une histoire peu connue et peu enseignée, même en Afrique.
Ascendance ashanti : Osei Tutu et Abla Pokou
Partant des manifestations actuelles de la monarchie ashanti, l’autrice consacre ce chapitre à cette ethnie de la côte du Golfe de Guinée, depuis les origines entre 8 000 et 10 000 ans. Elle décrit une transmission matrilinéaire du pouvoir, une économie agricole et artisanale, notamment le travail de l’or.
Le roi Osei Tutu 1er (1660-1717) est considéré comme le fondateur de la nation ashanti. Une querelle de succession conduisit la princesse Abla Pokou (1720-1760) à entraîner son peuple vers le nord-ouest où elle a fondé le royaume Baoulé.
La vaillance des Ashantis : Prempeh et Yaa Asantewaa
Au XIXe siècle, après une période de prospérité, le royaume ashanti est confronté à la révolte des Fanti, peuple de la côte soutenu par les Britanniques.
En 1844, un premier traité officiel entre les fanti et les Britanniques autorise ces derniser à exercer leur juridiction sur les régions côtières. La guerre avec les Ashantis se termine avec la destruction de leur capitale Kumasi, en 1874, sans mettre fin à des résistances.
L’autrice retrace le règne de Prempeh 1er et l’instauration progressive du pourvoir colonial sur le royaume ashanti. Yaa Asantewaa était la reine-mère du clan Asona, elle incarne le refus de la colonisation. Ces deux personnages sont très présents dans la tradition orale.
L’esclavage et le salut
Ce chapitre aborde la traite atlantique sans occulter la participation des élites africaines, notamment ashanti.
S’appuyant sur sa rencontre avec Augustin Holl, archéologue camerounais, Zeinab Badawi décrit l’esclavage traditionnel des prisonniers de guerre et le compare à la traite négrière dont elle propose une synthèse de 1560 à 1868. Elle présente le récit-mémoire de quelques esclaves : Ayuba Suleiman Diallo, Charles Ignatius Sancho, Ottobah Cugoano, Omar ibn Saïd et consacre un long paragraphe à Olaudah Equiano.
Elle aborde ensuite les mouvements abolitionnistes et la création du Liberia.
Terre, or et lucre
Retour en Afrique australe pour ce chapitre sur l’exploitation des richesses, notamment minières. On y rencontre les Khoïsan, les premiers habitants du cap, les colons néerlandais, puis britanniques et l’implantation coloniale en pays zoulou. Le roi zoulou Chaka Zoulou mène, après 1827, des conquêtes (le Mfecane) qui conduisent à des migrations de population vers le nord. Ses successeurs ne purent résister à la colonisation européenne et à l’exploitation minière (or et diamant).
L’autrice décrit les ambitions politiques et économiques de Cecil john Rhodes en direction du Zimbawe.
Le royaume du kongo et la ruée vers l’Afrique
En Afrique centrale s’est constitué le vaste et puissant royaume du Kongo dont l’histoire est décrite de 1390 au XIXe siècle. On y voit les Portugais face à la reine Njinga, la christianisation sous l’influence de Kimpa vita (1684-1706).
La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par la « ruée vers l’Afrique ». Si l’autrice évoque la présence portugaise en Angola, elle développe la politique coloniale de Léopold II dont on connaît la cruauté et l’intérêt pour les ressources minières du Katanga.
Les visites de l’autrice l’amènent à citer les excuses le actuel Roi des Belges et à évoquer la crise rwandaiseLe choc – Rwanda 1994 : le génocide des Tutsi, Stéphane Audouin-Rouzeau, Annette Becker, Samuel Kuhn, Jean-Philippe Schreiber, Gallimard, 2024 – Rwanda à la poursuite des génocidaires, Thomas Zribi, Damien Roudeau, Les escales-Steinkis, 2023 – Pour resituer dans le temps long : L’Afrique des grands lacs – Deux mille ans d’histoire, Jean-Pierre Chrétien, Flammarion, Champs, 2003.
Résistances et libération de l’Afrique
Un dernier chapitre est consacré aux mouvements de résistance de la période 1880-1914 dans l’Afrique britannique : le Madhi, chef politique religieux musulman qui souleva le Soudan, Abdullah Hassan en Somalie et la résistance éthiopienne aux tentatives britanniques et italiennes. On ne peut que s’étonner de ne pas voir citer des mouvements de l’Afrique française comme les soulevements d’El Hadj Omar Tall, de Samory Touré.
Les deux guerres mondiales marquent une rupture qui permet le développement de revendications d’indépendance. Des leaders apparaissent : Senghor, Nkrumah, Nyerere. L’autrice traite très rapidement des indépendance du Ghana, du Kenya, de la Guinée, du Congo et de l’Algérie.
Grâce à ses lectures, ses rencontres avec les universitaires africains, pour certains contibuteurs à L’Histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO et de nombreux voyages, des visites de musées, des rencontres avec les descendants des dynasties royales africaines, Zeinab Badawi propose une histoire de l’Afrique. L’intérêt pour le lecteur français est de découvrir une histoire méconnue de l’Afrique anglophone. On aurait pu craindre une histoire militante
« Je souhaite ici présenter l’histoire de l’Afrique à toutes les lectrices et tous les lecteurs soucieux de dissiper la myopie due à une éducation post-coloniale »Quatrième de couverture
Ce n’est pas le cas, c’est un travail sérieux pour lectrices et lecteurs curieux.



