Film documentaire traité en animation, 1h31

France / Israël / Allemagne

Un film écrit, réalisé et produit par Ari Folman

Produit par Serge Lalou, Yaël Nahlieni, Gerhard Meixner et Roman Paul

En coproduction avec Arte France – ITVS International

DVD Éditions Montparnasse, 2009

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES :

Durée du film : 1h26 – Couleur – 16/9 / 1.77 / Stéréo et 5.1 – Pal – Zone 2
Version hébraïque sous titrée français / Version française

COMPLÉMENTS :

– L’histoire d’un film par Ari Folman (making of) – 18 mn

– Ari Folman bouleverse Cannes – 7 mn

– De Cannes à Sderot – Ari Folman en Israël – 6 mn (interview au Festival de Sderot, une semaine après Cannes)

– La mort de Bachir – scène coupée – 40 s

– Le choc de Sabra et Chatila, journal télévisé d’Antenne 2, 18 septembre 1982 – 2 mn

– La tragédie libanaise – Entretien avec Joseph Bahout, politologue – 10 mn

– Bande-annonce VOST

Ari Folman est né à Haifa, en Israël, en 1963. Il effectue son service militaire dans l’armée israélienne et l’opération « Paix en Galilée » en 1982. Après une tentative avortée de tour du monde, il se lance dans des études de cinéma. Son film de fin d’études, Comfortably Numb (1981), film comique sur les réactions de ses proches lors des tirs de missiles irakiens sur Tel-Aviv lors de la première Guerre du Golfe, remporte en Israël le prix du Meilleur Documentaire de l’année. En 1991-1996 il réalise des documentaires pour la télévision israélienne, surtout dans les territoires occupés. Puis, en 1996, il écrit et réalise Sainte Clara (d’après le roman de l’écrivain tchèque Pavel Kohout), long métrage plusieurs fois primé (Meilleur Film et Meilleur Réalisateur en Israël, Prix du Public au Festival de Berlin), racontant l’histoire d’une jeune écolière de 13 ans, émigrée russe en Israël, qui a le pouvoir de prédire l’avenir. Son deuxième long métrage, Made in Israël (2001) raconte la traque futuriste du dernier nazi vivant. Parmi de nombreux documentaires, il a réalisé la série The Material that love is made of (2004), dont chaque épisode commence par quelques minutes animées où des scientifiques présentent la science de l’amour. Ari Folman a écrit aussi plusieurs épisodes de séries télévisées.

Valse avec Bachir est né d’une thérapie et en a été une pendant les quatre ans de sa réalisation. Ari Folman avait en effet bénéficié d’un programme permettant de ne plus être réserviste à condition d’aller consulter un psychiatre. Ses souvenirs du front, dont il n’avait jamais parlé auparavant, sont ainsi remontés à la surface. Le documentaire d’animation est l’histoire de ce refoulement et de cette découverte. À l’écoute du rêve d’un ami (superbe début du film, un rêve, une course folle de chiens agressifs), Ari réalise qu’il a occulté tout souvenir de cette guerre, sauf une scène d’hommes nus et squelettiques, mais armés, émergeant de la mer face aux immeubles de Beyrouth sous les bombes. Suivant les conseils de son psychiatre-psychanalyste, qui lui explique que la mémoire est vivante, qu’elle a le pouvoir d’occulter mais qu’elle peut aussi se reconstruire , Ari recherche son passé en visitant plusieurs de ses anciens compagnons d’armes. Les histoires des uns et des autres forment la trame du film, permettent à Ari de retrouver ses propres souvenirs, autour d’une question : « Que faisait-il lors des journées des massacres des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, les 16 et 17 septembre 1982? ». Des scènes lui reviennent les unes après les autres et la mémoire retrouvée d’Ari nous donne la fin du film, qui passe de l’animation aux images filmées.

Ce documentaire est, par le choix de l’animation, très fluide, mélangeant 2D et 3D, avec un graphisme superbe et un jeu subtil des couleurs dominantes, une proposition de cinéma, dont Ari Folman s’explique dans les bonus. C’est la forme qui lui est apparue comme la seule solution, particulièrement adaptée pour les rêves et l’onirisme de certaines situations. Il s’agit moins d’évoquer la guerre elle-même et les massacres de Sabra et Chatila que, à l’aide de témoignages réels, le traumatisme de la guerre dans la vie de jeunes soldats pendant et après le conflit, les questions de la transmission, de la mémoire, de l’objectivité. Les histoires individuelles sont racontées avec leur part de faits, leur part de fantasmes et leur part d’interprétation.

La réalité de chaque interviewé se mélange ainsi avec son propre vécu remis en image, mais aussi avec des rêves, des hallucinations ou des explications psychologiques qui s’insèrent très bien dans le film. On notera aussi les très bons choix musicaux, ancrés dans les années 80.

Le bonus-interview du politologue Joseph Bahout retrace de façon synthétique les événements de 1982. Rappelons qu’en 1982, le Liban était en situation de guerre civile (depuis 1975) et est aussi un enjeu régional. Les principaux protagonistes étaient l’Armée libanaise, les Palestiniens, les Syriens, les Israéliens et les miliciens de la Phalange chrétienne de Bachir Gemayel. L’OLP de Yasser Arafat s’était installée dans les camps de réfugiés palestiniens, existant pour certains depuis 1948, devenus de véritables villes ou quartiers, à partir desquels elle menait des actions contre Israël. En juin 1982, l’opération Paix en Galilée est engagée par Israël (qui intervient au sud Liban depuis 1978), visant à anéantir l’OLP. Israël, allié aux milices chrétiennes, repousse les Syriens du sud Liban et parvient à assiéger l’OLP dans Beyrouth Ouest.

En Août 1982, Bachir Gemayel est élu président de la République libanaise le 23 Août. Des négociations internationales amènent Yasser Arafat à accepter de quitter Beyrouth avec l’OLP (il le fait le 30 Août). Une force internationale (États-Unis, France, Italie) doit effectuer cette évacuation et rester ensuite un mois pour garantir la sécurité des réfugiés palestiniens. Les Américains, puis les Français et les Italiens quittent Beyrouth entre le 03 et le 10 septembre plus tôt que prévu. Bachir Gemayel, qui était soutenu par Israël, est assassiné le 14 septembre avec 60 autres personnes. Cet événement a un retentissement international immense. Le 15 septembre, les Israéliens rentrent dans Beyrouth Ouest et sécurisent le périmètre des camps palestiniens. C’est seulement plus tard que la Syrie sera reconnue responsable de l’attentat. Les Israéliens, et particulièrement le ministre de la Défense Ariel Sharon, laissent les phalangistes pénétrer dans les camps de Sabra et Chatila les 16 et 17 septembre pour rechercher les combattants palestiniens supposés être encore présent. C’est un vrai massacre, selon les sources 700 à 3500 personnes sont tuées dont des femmes, des enfants, des vieillards.

Peut-on utiliser Valse avec Bachir en classe ? Sans doute, mais je ne sais pas comment. Le documentaire a une logique psychanalytique et quasi historienne dans la construction du passé oublié, tous les témoignages sont liés, formant un tout qui me semble difficilement découpable. Sur les questions de mémoire occultée ou refoulée, comme sur ce que ça peut être pour un jeune homme d’aller faire la guerre (et quelles traces ça laisse après), sa vision est particulièrement éclairante. C’est plutôt là que je l’utiliserais, plus que sur l’opération «Paix en Galilée» (les témoignages donnent des impressions individuelles) ou les massacres, même si les faits sont assez clairs (mais on est pris par les programmes, comme toujours…). On pourrait sans doute imaginer une séquence à partir de l’intervention du politologue, de la présentation des faits par le JT d’Antenne 2 et d’un extrait de Valse avec Bachir, pour lancer une réflexion sur la question de la mémoire par exemple, en Terminale.

Pour aller plus loin :

– l’opération « Paix en Galilée »

http://en.wikipedia.org/wiki/Lebanese_Civil_War_(1982-1983)

– la présentation des massacres sur Wikipedia

http://en.wikipedia.org/wiki/Sabra_and_Shatila_massacre

http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Sabra_et_Chatila

– Un article de Pierre Péan présentant des témoignages

http://www.monde-diplomatique.fr/2002/09/PEAN/16863

– Le témoignage de 91 reporters internationaux

http://web.archive.org/web/20041009200930/http://www.littleredbutton.com/lebanon/

– un documentaire allemand, sorti en dvd (on le trouve facilement sur Internet), sur les massacres, donnant la parole aux bourreaux : Massaker (2006), de Monika Borgmann, Lokman Slim et Hermann Theissen

http://www.critikat.com/Massaker-edition-DVD.html

Laurent Gayme © Les Clionautes