Propos de l’éditeur

« L’armistice permet enfin à Maurice, Pierre et Jules de rentrer au foyer. Ils sont les derniers de nos héros à quitter le théâtre de la guerre. Arsène et Louis sont déjà revenus, blessés, le premier une jambe en moins, le second la « gueule cassée ». Denis et Armand sont morts au combat et Jacques a été fusillé pour l’exemple. Mais la guerre, même conclue, n’a pas fini de faire des victimes… ».


Avec ce dixième volume se conclue la série 14-18, qui a commencé à être éditée en 2014. On retrouve ici le groupe d’hommes provenant du même village, au terme d’une guerre qui les a profondément changés, comme on peut s’en douter. La couverture offre d’ailleurs un raccourci de l’évolution de ce groupe : on voit une photographie des survivants, aux corps plus ou moins ravagés physiquement et intérieurement, tandis que le garçon de l’un d’entre eux arbore un cliché des huit hommes avant leur départ. Cela donne le ton en même temps que le fil conducteur de l’histoire.

L’album s’ouvre sur le 24 novembre 1918. Une cérémonie doit avoir lieu à la mairie, au cours de laquelle le maire enfile les poncifs patriotiques les uns derrière les autres. Pierre et Jules ne le supportent pas ; l’un se réfugie dans le silence ; l’autre, énervé, ne peut pas être calmé par Arsène, devenu unijambiste. Maurice continue à se réfugier dans le dessin, poursuivant ses fantômes à coups de crayon. La maladie l’incite à abandonner son travail à Pierre qui a ses propres démons ; tout comme Jules. Et chacun les combat comme il le peut…

Pourtant, la guerre n’a pas de conséquences que pour les désormais anciens combattants. Le cercle familial les subit également. Une veuve tombe sous la coupe de son beau-père, « pour son bien ». Une autre femme tente de préserver l’indépendance qu’elle a réussi à acquérir.

Et la lune, là-dedans ? Il faudra lire l’album dans sa totalité pour avoir une réponse.

Le scénario d’Éric Corbeyran est bien soutenu par le trait constant d’Étienne Le Roux. Certains pourront regretter qu’on ait voulu faire des huit hommes un résumé du monde combattant, et de leur entourage une synthèse de l’arrière. La variété des situations ne le permet évidemment pas : ils ne sont qu’un échantillon, mais qui permet d’entrer dans le conflit. Il n’empêche que si l’on n’échappe pas à certains stéréotypes, les auteurs vont au-delà, notamment en s’intéressant aux femmes, sujet qui n’a guère été abordé dans la bande dessinée. C’est précisément l’un des intérêts de cette série, qui, en plus de la qualité de l’histoire et des illustrations, fait qu’elle mérite sa place dans les CDI.


Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes