Atlas de la guerre froide : 1947-1990 : un conflit global et multiforme
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Sabine Dullin, Stanislas Jeannesson, Jérémie Tamiatto, (cartographie par Aurélie Boissière)

Atlas de la guerre froide : 1947-1990 : un conflit global et multiforme

Autrement, 2017, 96 p., 24 €

Jean-Pierre Costille
samedi 10 février 2018

Une proposition d’utilisation en classe est disponible sur Clio-lycée

Ce nouvel atlas des éditions Autrement renouvelle l’approche d’un phénomène bien identifié et qui est au coeur de plusieurs programmes scolaires. Il est écrit par Sabine Dullin, historienne et spécialiste de l’histoire politique et internationale de l’URSS et du communisme et par Stanislas Jeannesson, professeur d’histoire contemporaine. Un troisième auteur est noté uniquement à l’intérieur, à savoir Jérémie Tamiatto dont les recherches portent sur le Komintern et le mouvement communiste chinois.

La Guerre froide : une approche renouvelée

L’ouvrage est structuré en cinq parties. Dans l’introduction, les auteurs insistent sur l’historiographie de la guerre froide et mettent l’accent sur son aspect global et multiforme. Une bibliographie est disponible à la fin du livre pour en savoir plus. Les deux premières parties montrent comment on passe d’un conflit Est-Ouest à un conflit global, la troisième insiste sur les crises et sur les résistances entre les deux camps tandis que la quatrième se focalise sur l’aspect culturel. La dernière traite de la fin de la Guerre froide.

Un conflit entre l’Est et l’Ouest

Cette partie aborde les aspects attendus en évoquant l’Allemagne divisée au lendemain de la guerre. Cependant, sur ce thème classique, l’ouvrage apporte des éclairages différents avec des chiffres et une carte sur les prisonniers de guerre allemands en France. A propos du blocus de Berlin, les auteurs rappellent que 275 000 avions ont acheminé 2,5 millions de tonnes de marchandises et on alla même jusqu’à la livraison d’une centrale électrique en pièces détachées. L’atlas aborde aussi la constitution des deux blocs et montre également la réorientation économique des pays de l’Est à partir du moment où ils basculent dans le camp communiste. Une double page très synthétique est aussi consacrée à la guerre de Corée.

Un conflit global

L’atlas déroule ici les thèmes attendus avec notamment « Tiers Monde, décolonisation et non-alignement ». Il s’interroge aussi sur le rôle de l’ONU. L’ouvrage propose quelques éclairages un peu différents avec les itinéraires de plusieurs agents doubles durant la guerre froide. Cette partie aborde également la dimension économique, revient sur l’implication cubaine en Angola ou s’arrête sur le cas de la Tchécoslovaquie comme exportatrice d’armement.

Crises et contestations

L’atlas traite des crises de Berlin, de Cuba et consacre une double page au conflit israélo-arabe, ce qui peut être très utile dans le cadre du chapitre de terminale avec un flash sur la guerre du Kippour. On trouve aussi une double page « Un positionnement spécifique : la France sous De Gaulle ». On peut noter enfin une carte qui résume la position critique de De Gaulle à l’égard de la politique américaine.

Culture, propagande et représentations

Ce chapitre traduit bien d’autres approches plus récentes du phénomène de Guerre froide. Il se focalise sur l’approche culturelle qui « en privilégiant la multiplicité des perceptions conduit à relativiser la cohésion des blocs et l’étanchéité des frontières ». Il insiste donc sur « la circulation artistique et culturelle » qui dessine des convergences. Une double page insiste sur « Représentations cartographiques et propagande » en montrant comment la carte est mise au service de la caricature. Les auteurs précisent à propos d’une célèbre affiche de Victor Govorkov, reproduite dans de nombreux manuels, qu’elle avait été tirée à 300 000 exemplaires. Les auteurs reviennent aussi sur la vision du monde utilisée dans les cartes : maritime pour les Etats-Unis qui insistent sur leur réseau de bases militaires tandis que l’URSS et la Chine soulignent, elles, le « caractère continental et compact du bloc qu’elles constituent ». Parmi les propositions cartographiques, à relever une sur « Radio free Europe : opérations en direction des nations captives de l’Est » et un article qui revient sur le réseau de revues intellectuelles soutenues par les Etats-Unis. En 1954, 53 millions de tracts furent déversés par dirigeables sur la Tchécoslovaquie. Un tableau récapitule aussi la course à l’espace et un angle original s’intéresse au choix des noms de rues dans les pays occidentaux, ce qui permet de constater que la toponymie peut être une arme politique. Les doubles pages suivantes reviennent sur les circulations culturelles en montrant la diffusion du mode de vie occidental malgré la fermeture officielle, que ce soit par le biais de la cassette audio ou par le cinéma. La Grande Vadrouille a ainsi enregistré 38 millions d’entrées dans les pays de l’Est.

La fin de la Guerre froide

Cinq doubles pages constituent cette partie plus brève. Les auteurs pointent d’abord l’échec de l’économie socialiste, développent le poids des dépenses militaires en soulignant qu’elles représentaient 12 % du PNB de l’URSS, là où les Etats-Unis y consacraient 6 %. L’Afghanistan est ensuite évoqué en insistant sur les enjeux régionaux et en rappelant qu’il y a eu plus d’un million de morts afghans ainsi que 63 000 soldats soviétiques. Ce dernier chiffre représentait plus de 10 % du contingent, ce qui aide à comprendre le traumatisme qu’a représenté cette guerre dans la société soviétique. Une double page rappelle la chronologie du démantèlement du bloc communiste et la dernière s’interroge pour savoir si les Etats-Unis sont les vainqueurs de la guerre froide.

Sur un sujet très souvent traité, cet atlas réussit donc le tour de force de traiter à la fois les grands éléments attendus et d’offrir une mise à disposition d’informations, témoignages d’un objet dont l’historiographie évolue : bref une réussite.

Par Jean-Pierre Costille

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