Un manga au sujet très original. On suit quatre musiciens de jazz qui décident de suivre « leur leader » d’origine japonaise et de s’installer à New York. Ils souhaitent ainsi développer leur groupe et obtenir à la fois une reconnaissance du milieu new-yorkais et peut-être connaître le succès.
Dans le premier tome, on suit ces personnages à la fois dans la découverte des salles « mythiques » comme le Village Vanguard, le So Blue !, le Birdenest, le Smoky Villages… les boîtes de jazz de Manhattan notamment. On les suit dans leur quête de logement car ils dorment dans un van garé à Brooklyn. Arrivés avec dix jours d’économies, ils cherchent à la fois des petits boulots et des engagements avec d’autres musiciens de jazz. Cette déambulation nous permet d’entrer dans la vie quotidienne des New-yorkais.
Graphiquement, c’est très intéressant, puisque Shinichi Ishizuka « croque » plusieurs points de vue et quartiers de New York (ainsi cette belle double page depuis l’Empire State Building).
Le dessinateur nous entraîne dans le New Jersey, le Queens, Manhattan, Brooklyn. Ce manga marie élégamment une description de New York et de ses conditions de vie quotidiennes, notamment des couches populaires, mais également du milieu du jazz contemporain, à travers le prisme des yeux de nouveaux venus.
Cela permet aussi de découvrir les relations entre les musiciens d’un quartet, les dynamiques et les rôles respectifs de chacun. Les références à de grands jazzmen sont subtilement distillées au fil de la narration, ainsi nous redécouvvrons les figures de Thelonious Monk, Bill Evans ou Robert Glasper…
Finalement, ce jeune quartet de musiciens donne son premier concert, décrit comme un match de boxe ou une bagarre, dans le plus pur style « manga », ce qui est une réussite.

En revanche, ce style de manga, qui recourt à de nombreux traits pour créer du mouvement dans les dessins, produit parfois des effets bizarres : on pourrait croire qu’il pleut à l’intérieur de la pièce. 

Autre bizarrerie, à plusieurs reprises, les personnages s’expriment en anglais et, juste à la suite, dans la même bulle, la même phrase est traduite en français. Le rythme est assez soutenu dans ce premier tome qui se lit très rapidement, avec un suspense dans les dernières pages qui donne envie de poursuivre vers le tome suivant.
Une excellente idée clôt cet ouvrage, un peu sur le modèle des bonus des séries documentaires de Netflix ou d’autres plateformes… C’est très drôle… (félicitations au scénariste Number8).
Le tome 2 maintient un rythme scénaristique et graphique soutenu. Le lecteur y découvre un peu plus la scène jazz new-yorkaise, ses musiciens, ses lieux de concert.
Les auteurs de ce manga nous donnent également à voir l’intérieur des magasins d’instruments de musique. Ainsi, on apprend comment un artisan fabrique « à la main » une cymbale pour le batteur.
Les personnages poursuivent la recherche de petits boulots pour payer leur loyer (lavage de voitures, room service…). On remarque la poursuite d’un habile name-dropping de jazzmen, comme Miles Davis ou Eric Dolphy, qui permettra au lecteur néophyte de découvrir des « incontournables » de cette scène musicale, avec un mélange de grands noms et de musiciens encore en activité. Le lecteur sera également initié à des morceaux incontournables, les fameux « standards » du jazz, comme « Avalon », créé par Al Jolson en 1920.
Ce manga est donc une réussite, puisque, pour un non-amateur de jazz comme moi, il a suscité la curiosité, à la fois d’écouter certains musiciens cités et, pourquoi pas, d’assister un jour à un concert dans un club de jazz, et pourquoi pas à New York.
En attendant, c’est avec impatience que nous attendons de lire les prochains tomes.




