Pour l’année 2026, Dominique Lelièvre vient de publier « Dictatures. Petit inventaire de leurs pratiques » chez DL Éditions, à partir d’un large panorama géopolitique. Cet ouvrage met en exergue les pratiques communes des « dictateurs » qui abusent de leur pouvoir.
Dominique Lelièvre : un érudit tourangeau spécialiste de la Chine
Né en 1947, Ingénieur ESE (Supélec) et diplômé d’une licence de sociologie à l’université de Tours dans les années 1980, Dominique Lelièvre (79 ans), retraité EDF depuis une dizaine d’années, est passionné depuis longtemps par les civilisations orientales en général et de la Chine classique et moderne, en particulier.
Il a notamment publié un ouvrage réputé sous le titre Le dragon de lumière. Les grandes expéditions des Ming au début du XVe siècle. (France-Empire, 1996) et un autre sur les Voyageurs chinois à la découverte du monde. De l’Antiquité au XIXe siècle. (Éditions Olizane, Genève, 2004), en sus d’un document sur La grande époque de Wudi. Une Chine en évolution IIe – Ier av. J-C. (Éditions You-Feng, Paris, 2001), le seul ouvrage documenté sur le sujet.
Il a continué en évoquant La transmission du savoir profane (Éditions L’Harmattan, Paris, 2018) de l’Europe de l’Ouest jusqu’en Chine et au Japon puis il a établi un parallèle original entre les évolutions de la Chine et de l’Europe avec son livre Les Voies de la Chine. Facettes d’une évolution (DL Éditions, St-Cyr/Loire, 2023).
De plus, il a également publié (à titre d’auteur) Mer et Révolution. Le Portugal pionnier fin XIVe – début XVe siècle (DL Éditions, 1998) et aux éditions Carnot L’empire américain en échec. Sous l’éclairage de la Chine impériale (Éditions Carnot, 2004).
L’ouvrage est composé de deux parties ayant chacune quatre chapitres soit huit au total, le livre déroule les différentes facettes de Les dictatures à l’interne (p. 21-104) dans la partie I et dans la partie II, Les dictatures à l’international (p. 105-208). En outre, l’ouvrage comporte une page sur les conventions utilisées par l’auteur et un résumé historique minimal (p. 4), une introduction (p. 5-6), un avant-propos (p. 7-20), un premier chapitre (p. 23-36), un deuxième (p. 37-56), un troisième (p. 57-76), un quatrième (p. 77-104), un cinquième (p. 107-146), un sixième (p. 147-170), un septième (p. 171-190) et, enfin, un huitième et ultime chapitre (p. 191-208), un épilogue (p. 209-224) ainsi que tous les attributs de l’ouvrage scientifique : bibliographie et bibliographie rencontrée (p. 225-226), quelques abréviations (p. 226), un index des pays, noms et organisations (p. 227-232), puis, enfin, une table des matières détaillée (p. 233-235).
Les dictatures à l’interne
Le dernier ouvrage de Dominique Lelièvre, ayant pour thème les « dictateurs », entre guillemets, sont tous des dirigeants qui, d’une façon ou d’une autre, abusent de leur pouvoir ; de Kim Jong-un (Corée du Nord) à Vladimir Poutine (Russie) ou Xi Jinping (Chine ou RPC) en passant par Victor Orban (Hongrie) et Donald Trump (USA), chacun à sa manière. La partie I est consacrée aux dictatures à l’interne et est composé de 4 chapitres (p. 21-106). Cela court d’abord de leur népotisme, de leur langage jusqu’à leurs mensonges et le trucage des élections avec toutes les ficelles jusqu’aux les plus originales.
Le chapitre I, intitulé Caricatures, rappelle les caractéristiques que l’on trouve dans les dictatures à l’interne. Successivement, le langage des dictateurs est violent, fleuri sinon vulgaire (le 47e président des USA Donald Trump en est un exemple caricatural !). Le comportement fantasque d’un Donald Trump avec sa vanité et sa mégalomanie tranche avec la stature de chef d’Etat d’un Joe Biden ou d’un Barak Obama pour ne prendre que les USA. Quant au népotisme et au clientélisme, il atteint des sommets également avec le clan Donald Trump (Elon Musk, Charles Kushner, etc…). Concernant le paternalisme, la folie des grandeurs, le prestige, l’accaparement des richesses de son pays, Vladimir Poutine coche toutes les cases de la dictature. Enfin, pour le grand âge des dictateurs et la fin tragique, les dictateurs africains sont ceux qui répondent le mieux à l’un ou l’autre de ces deux critères, voire les deux.
Dans le chapitre II, appelé Maintien au pouvoir des « dictateurs », Dominique Lelièvre aborde les trois types d’avènement des dictatures au pouvoir : révolution populaire et idéologique (Chine en 1949, Iran en 1979), putsch militaire (Espagne, 1936) ou installation de l’extrême-droite (Allemagne en 1933, Hongrie avec Orban). Pour se maintenir au pouvoir, les dictateurs utilisent un outil essentiel soit la propagande interne (Chine de Xi Jinping contre les mœurs « décadentes » occidentales) ainsi que les mensonges et la désinformation grâce à la manipulation industrielles (fake news et IA) ou la dernière campagne présidentielle états-uniennes a donné un bel exemple du pire entre Donald Trump et son adversaire démocrate. Concernant les élections, tout y passe tel un florilège à la Prévert : combines électorales, ingérences étrangères avant les élections, manipulations des réseaux « sociaux », présélection ou élimination des candidats, prolongation des mandats présidentiels (Poutine), électeurs écartés, observateurs internationaux (Russie de Poutine), médias (Hongrie de Victor Orban), népotisme (Indonésie), répression avant les élections (Chine), pression sur les employés de l’Etat (Serbie), argent et élections (USA avec Elon Musk), immixtion étrangère dans les élections (les USA de Trump finançant les principaux partis d’extrême-droite d’Europe), etc…
Le chapitre III, consacrée à La Répression, aborde ce thème via le nombre de victimes par siècle et par pays (Pol Pot au Cambodge avec 1,7 millions de morts au XXe siècle) et la peine de mort. Comme l’écrit l’auteur, « L’existence de milices, étatiques ou privées, travaillant directement pour le pouvoir, est un révélateur sûr des régimes autoritaires » (p. 61) comme aux USA trumpistes (ICE). Les assassinats des opposants ou les arrestations à l’étranger sont monnaie courante (Chine, Russie, etc.) comme les répressions ciblées (migrants, LGBTQ+, etc.).
Dans cet important chapitre IV est expliqué Le contrôle social des populations voire au besoin de les mater « pour empêcher une explosion sociale, comme celle de Tiananmen en Chine en 1989, qui a traumatisé les dirigeants du PCC, du Parti communiste chinois ». […]
Un peu plus loin, l’auteur prend pour exemple la Chine et ajoute « On parle du PCC comme d’un « Parti-État » car il contrôle tous les pouvoirs – exécutif, législatif et judiciaire – ou peu s’en faut, ainsi que les contre-pouvoirs – médias, syndicats, partis, religions, associations, ONG et autres -. Il a aussi un œil sur la culture, les finances ainsi que sur les sciences et techniques et impose une censure omniprésente sur les sites Internet et auprès des artistes, journalistes, avocats et associations. Tous, en subissent les foudres en cas de « déviance » (p. 77) ». Ceci est la parfaite définition d’un état totalitaire d’aujourd’hui. Naturellement, d’autres dictatures sont citées selon les cas comme la Russie de Poutine : contrôle de la justice, de la police et de la bureaucratie ; interdictions et obligations ; révision de l’histoire et censure culturelle ; éducation, liberté académique, programmes scolaires ; espace informationnel (appropriation des médias, influence par les médias, panoptique moderne via le Net décuplé par l’IA, blocage des réseaux et menaces).
Les « dictatures » à l’international
Le dernier opus de Dominique Lelièvre, dans sa partie II, est consacré aux dictatures à l’international et est composé de 4 chapitres également (p. 21-106).
Dans le chapitre V, intitulé Relations à l’international, l’auteur tente de montrer que la propagande externe des « dictatures » est largement calquée sur la propagande interne des mêmes états. En effet, les « outils » utilisés par les dictatures à l’international (en particulier la Russie et la Chine) sont les désinformations et l’anti-occidentalisme, les nouveaux impérialismes et expansionnisme, les menaces, l’obsession sécuritaire, la maîtrise des mers et de l’espace, les dépendances et le chantage international. Bien évidemment, les effets délétères de ces « dictatures » rejaillissent sur les relations internationales : agressivité, réarmement, mépris du droit international, jusqu’à la création de nouvelles organisations (BRICS, OCS). Est évoquée pour finir la proxi-colonisation, colonisation moderne d’un État faible, jugé « barbare », par un voisin puissant, comme la Chine (Xinjiang, Tibet), la Russie (Ukraine) et Israël (Palestine) soutenu par les USA.
Dans le chapitre VI, Dominique Lelièvre aborde les Guerres et pressions hybrides sous forme de deux parties :
– Dans la première, les guerres hybrides sont de plus en plus insistantes et accentuées (cyberattaques, prises d’otages, instrumentalisation des migrants, immixtion dans les élections étrangères, provocations, accointance avec les mafias, sabotages, frappes préventives, attentats, provocations, mercenaires et milices, espionnage à grande échelle, sans oublier les gangs…) ;
– Dans la deuxième, les pressions hybrides comprennent les désinformations, cyberattaques et espionnage informatif, immixtion dans les élections étrangères, partis et personnalités occidentales pro-russes, des personnalités européennes embrigadées, guerre informationnelle et culturelle.
Le chapitre VII, intitulé Guerres hybrides russes et chinoises, étudie dans un premier temps les Guerres hybrides russes et dans un deuxième temps les Guerres hybrides chinoises.
– Dans la première partie, sont développées les guerres et pressions hybrides russes avec les pressions russes sur les pays du Nord de l’Europe : Russophones, Pologne, Estonie, Lettonie, Finlande, Lituanie avec les réactions de ces pays ; avec les pressions sur le Sud-Est de l’Europe : Géorgie, Abkhazie, Moldavie, Arménie ainsi que les pressions russes dans les Balkans et autres : Serbie, Slovaquie, Bosnie-Herzégovine, Roumanie sans oublier l’Asie continentale ;
– Dans la deuxième partie, sont abordées les guerres et pressions hybrides chinoises, comme en mer de Chine méridionale ainsi que la guerre hybride contre le Japon, le cas dramatique de Taïwan, le Pacifique (Vanuatu) sans oublier les autres pressions hybrides (Hongrie).
Le chapitre VIII, intitulé Proxi-colonisation, commence par des généralités sur la proxi-colonisation. Ensuite est étudiée la proxi-colonisation chinoise avec le Tibet, le Xinjiang, la Mandchourie et la Mongolie intérieure suivie de la proxi-colonisation russe avec les agressions contre l’Ukraine et la proxi-colonisation en Ukraine. Enfin, l’auteur s’attaque à la proxi-colonisation israélienne avec l’interminable conflit israélo-palestinien (en résumé) et la proxi-colonisation proprement dite.
Le long épilogue est une tentative de conclusion de l’ouvrage avec la création d’un tableau de « dictatorialité ».
Cet épilogue est le cœur du livre où l’auteur se livre à une analyse profonde et très intéressante sur la « dictatorialité » des états totalitaires parmi lesquels la Chine et la Russie figurent en très bonne place sans oublier la Corée du Nord.
Dominique Lelièvre compare les avantages et les inconvénients des démocraties et des dictatures ainsi que de leur avenir face aux défis de notre temps (environnementaux, économiques, démographiques, etc.) sur le court et le long terme sans véritablement trancher même si l’auteur ne cache pas sa préférence pour les démocraties en tant qu’humaniste. Ce long épilogue géopolitique mérite à lui seul toute l’attention du lecteur car il est d’une brûlante actualité dans la mesure où l’ouvrage a été achevé le 12 avril 2026.« Dictatures »,
Depuis 30 ans, Dominique Lelièvre a toujours su rester un esprit libre loin de tout académisme tant dans le choix de ses thèmes que de la façon de les concevoir. Le dernier ouvrage [1] de l’auteur ne déroge pas à cette règle dans la mesure où il s’agit d’un livre de géopolitique. Solidement documenté et argumenté, il offre une grille de lecture originale au match démocraties contre dictatures.
En ce moment de recrudescence tous azimuts des dangers de tous ordres, nous ne pouvons que recommander la lecture de cette synthèse inédite écrite pour le grand public profane et celui de l’université (étudiants et enseignants-chercheurs), notamment pour l’originalité de sa problématique, son étendue historique, son éventail géographique et les éclairages qu’elle apporte.
[1] Mélina Belrose, petite-fille de l’auteur, a conçu et dessiné la couverture de l’ouvrage de son grand-père.



