Cette bande dessinée est originale. Tout d’abord, elle appartient à une série, Le Grand Cirque du pouvoir, consacrée à certaines femmes et hommes politiques plutôt conservateurs, dont cette bande dessinée sur Margaret Thatcher est le second volume ; le premier opus, étant intitulé Le Crétin qui a gagné la guerre froide (2025), est consacré à Ronald Reagan.

Cet ouvrage, très exhaustive, très renseignée et très détaillée, est intéressante bien évidemment pour les lecteurs et lectrices, enseignants ou non, passionnés d’histoire contemporaine. Le scénariste est un très bon vulgarisateur : il replace la trajectoire politique de Margaret Thatcher dans son contexte idéologique, politique et historique.

Dès les premières planches, il rappelle la trilogie d’économistes qui influence et modèle le néo-libéralisme de la première femme, Premier ministre du Royaume-Uni : Adam Smith, Friedrich Hayek et Milton Friedman.

Assez ironiquement, les auteurs mettent en scène la première campagne de la Dame de fer et cette idée de « faire peuple » grâce à sa famille, alors que sa famille est très conservatrice, semble-t-il assez désunie, et d’un niveau de vie très éloigné de celui de la classe ouvrière britannique. Elle surfera sur le déclin du Parti travailliste en 1975 et sur un slogan de campagne assez percutant : « Labour isn’t working ! ».

Des traits d’humour parsèment cet ouvrage ; parfois ils tombent un peu à côté, comme ce « Qu’est-ce qu’elle a, ma gueule ?! » hallydien dans la bouche de Margaret, ou bien cet anachronisme : « Make UK great again ! ».

Cette bande dessinée retrace, à travers la biographie de Margaret Thatcher, un pan entier de l’histoire contemporaine du Royaume-Uni : ainsi sont évoqués la grève de la faim des prisonniers catholiques irlandais de l’IRA et la mort de Bobby Sands après 65 jours sans se nourrir (Maggie gagnera alors son surnom de « Dame de fer »), la grande grève des mineurs (et le recours à des officiers de l’armée pour maintenir les centrales thermiques en activité…), l’invasion des îles Falklands/Malouines par les Argentins et leur capitulation le 14 juin 1982.

La situation économique est également abordée : 20 % d’inflation, 2,8 millions de chômeurs, les privatisations de secteurs publics entiers, Telecom, gaz, Rolls-Royce, British Airways, Britoil, les chemins de fer… avec des résultats mitigés et contrastés. Il s’avère que son mythique slogan « There is no alternative ! », sous-entendu que rien n’est meilleur que le néo-libéralisme, a aujourd’hui un peu de plomb dans l’aile lorsque l’on regarde l’état de l’économie britannique actuelle et l’état du monde en général !

Si le dessinateur est un adepte de la ligne claire et que le travail sur les couleurs est assez réussi, il nous semble que le parti pris de dessiner les visages de Margaret Thatcher et de tous les personnages dans un esprit proche de la caricature ne nous a pas convaincus. En effet, on ne reconnaît pas bien Margaret Thatcher, et pas du tout Valéry Giscard d’Estaing, ni François Mitterrand. Pour nombre de personnages politiques britanniques, le dessinateur glisse de véritables photographies accompagnées de leurs noms pour que l’on puisse les identifier. Cela produit un effet étrange.

 

Enfin, cette bande dessinée très édifiante, qui se lit très bien et apprend certainement beaucoup à bon nombre de lecteurs et lectrices, est très agréablement accompagnée d’une excellente « bande originale » accessible à partir d’un QR code en fin d’ouvrage.