Avec cet ouvrage luxueux, la maison Dargaud frappe juste et fort. L’évêque de Beauvais Pierre Cauchon, complexe et sidérant, est la pierre angulaire de cette BD fleuve aux allures crépusculaires.
Tout d’abord le visuel avec ce dessin de Parnotte qui laisse une large place aux tons pastels, constamment revigoré par des décors, des angles et des mises en scène spectaculaires auxquels se prête bien le procès de Jeanne d’Arc (1412-1431), la bergère de Domrémy (Vosges).
Pour le lecteur, l’historien, le lycéen ou le collégien, un des intérêts majeurs réside dans le rappel des acteurs et des enjeux politiques souvent oubliés ou méconnus d’un procès ouvert à Rouen en février 1431. En outre, l’injustice charriée par ce moment de l’histoire de France interroge aussi.
L’accusateur qui doutait
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer d’emblée, c’est bien l’accusateur, monseigneur Pierre Cauchon, l’homme des Bourguignons donc des Anglais, et non l’accusée, qui est ausculté dans les doutes qui s’installent dans sa conscience au cours du procès. Normal, face à Jeanne, condamnée hors-normes de 18 ans qui tient tête à 70 théologiens, le procès confine dès lors au parcours initiatique, éthique pour tous ses acteurs. Y compris Cauchon, grand seigneur ecclésiastique en proie à des dettes qui minent par ailleurs son cursus honorum.
Libre enquête
Certes, il ne s’agit pas à proprement parler d’une enquête historique. Pourtant, avec les quatre années de travail de Parnotte, l’année d’écriture pour Dorizon et le renfort du médiéviste David Glomot (auteur du splendide dossier historique), Cauchon… ressemble beaucoup à une superproduction, à un événement graphique. Un travail dense qui s’octroie quelques libertés dans la lecture des événements (la dernière nuit de Jeanne avant le bûcher, quelques personnages inventés aussi). Mais ces pas de côté sont synonymes d’interrogations rafraîchissantes sur une page sombre et somme toute très lointaine de notre histoire.



