Cet ouvrage est un recueil de documents des archives départementales de Loire Atlantique, il offre dès les premières pages des documents iconographiques et textuels peu connus qui permettront à l’enseignant de renouveler le corpus documentaire proposé aux élèves.

Dans son introduction Bernard Michon, historien moderniste, maître de conférences à l’université de Nantes resitue le contexte de cet ouvrage et rappelle deux définitions : traite et esclavage, il donne quelques chiffres d’évaluation de ces deux phénomènes. C’est aussi l’occasion de citer les travaux récents qui ont renouvelé les connaissances sur l’histoire française de la traite négrière et notamment le rôle de Nantes, une ville qui ne renie pas son passé. L’ouvrage a pour ambition de rendre compte de la variété des documents des Archives départementales de Loire Atlantique en rapport avec les thèmes traités classés en six chapitres : cadre du commerce, organisation des expéditions vers l’Afrique, l’économie de plantation, productions coloniales, la société et sa structure et enfin les débats à propos de l’abolition.

Jean-François Caraës, conservateur en chef des archives départementales présente les sources de l’histoire de la traite, de l’esclavage et du commerce colonial. Il passe en revue les institutions émettrices de documents et les fonds d’archives privées.

Le cadre du commerce et la traite

Après un rapide rappel chronologique de l’autorisation par Louis XIII en 1642 à la fin du XVIIIe siècle, la présentation du cadre législatif est complétée de la reproduction de quelques lettres patentes ; de la liste des navires pour la Côte de Guinée (1763-1767) et des rapports entre les armateurs et la compagnie des Indes. Les documents présentés sont situés dans le contexte plus général du commerce européen.

L’expédition maritime et la traite négrière

Ce second chapitre s’ouvre sur les plans de cale de la Marie séraphique1 puis sont présentés des compte d’armements. Les relations entre armateurs et capitaines nous informent sur la cargaison, le système d’assurance mais aussi le contrôle de l’État et le personnel de bord (capitaine, chirurgien …). Les récits d’expédition2 qui sont parfois complétés, des documents rares, par le journal de traite. Des documents évoquent les révoltes et la pertes.

La plantation et son organisation

L’achat d’une habitation aux Antilles est illustré par les documents relatifs à un exemple de biens situés à Léogane (Saint Domingue, actuellement en Haïti) : des terres plantées en café, coton et dans ce cas bananiers, maison, outillage et main-d’œuvre esclave. Le plan3 d’une autre habitation permet de se représenter la structure de la plantation. Le calendrier des travaux sur une plantation à la lin du XVIIIe siècle renseigne à la fois sur les travaux agricoles et la main-d’œuvre. Toute cette main-d’œuvre n’est pas entièrement servile comme le montre le contrat d’engagement d’un tailleur de pierre à la Martinique en 1753.

D’autres documents précisent les conditions d’acquisition des esclaves, une déclaration de recensement à Léogane atteste de la faible espérance de vie. L’habitation est une véritable entreprise avec sa comptabilité.

La production coloniale et les échanges internationaux

Quelques chiffres concernent la France : entre 1715 et 1789 le commerce colonial a été multiplié par 10. Les îles à sucre fournissent, outre la canne, du café, du coton, de l’indigo et un peu de cacao. Ces produits sont expédiés vers quatre ports : Bordeaux, Le Havre/Rouen, Marseille et Nantes. Des documents portuaires donnent une image précise de ce qu’il est convenu d’appeler le commerce triangulaire, des marchandises chargées à Nantes, à la Martinique, un commerce qui enrichit mais une activité à risque.

Outre les armateurs, capitaines et marins c’est toute une filière puisque le sucre, notamment, arrive non raffiné. L’inventaire après décès d’un épicier met en lumière cette activité.

La société coloniale d’Ancien Régime

La description de la société est amorcée avec le dernier document du chapitre précédent (un contrat de mariage). Les documents présentés sont relatifs aux structures sociales et au rapport avec esclaves, grâce à des lettres, des mémoires, des testaments. Ils rappellent à la fois la présence en métropole de quelques esclaves, présence interdite à partir de 1777 et la pratique de l’affranchissement.

le débat sur l’esclavage et ses abolitions

Ce dernier chapitre commence par le cahier de doléances de la paroisse de la Renaudière non loin de Cholet qui dès 1789 demandait l’abolition de l’esclavage. Les documents suivant illustrent la révolte des esclaves à Saint Domingue, les demandes faites par les colons aux Nantais puis au pouvoir parisien en 1791. Si aucun document ne porte sur le retour à l’esclavage sous l’Empire on lira avec intérêt les enquêtes dans les années 1820 concernant les navires soupçonnés de traite illégale. Ces documents montrent la résistance des Nantais face à l’abolition jusqu’à la loi de 1848 dont le texte est reproduit ici.

Une bibliographie fournie et quelques repères chronologiques complètent utilement cet ouvrage de qualité.

1Voir aussi : Bertrand Guillet, La Marie-Séraphique, navire négrier, Nantes; éditions MeMo, 2010

2Un exemple paru en 2005 : Jean Pierre Plasse, Journal de bord d’un négrier, Le Mot et le reste, Marseille 2005, 147 p.

3Document rare