Adossé à une initiative de l’Inspecteur général de l’Education nationale Tristan Lecoq, ce projet éditorial co-dirigé par Laurent Douzou et Tristan Lecoq s’est développé avec le concours de la Fondation de la Résistance et de l’opérateur public Réseau Canopé. Ses concepteurs avaient une grande ambition : « Concevoir un outil efficace et précis à destination de nos collègues dont nous savons la tâche difficile (…) Fournir à celles et à ceux que la Résistance intéresse matière à nourrir leur enseignement« . Ils avaient conscience de placer la barre très haut. Ils peuvent être satisfaits du résultat !

Un excellent outil à l’usage des professeurs

Laurent Douzou et Tristan Lecoq, tous deux historiens et membres du Comité historique et pédagogique de la Fondation de la Résistance, on assuré la direction scientifique et pédagogique de cette publication transmédia qui associe l’édition d’un ouvrage imprimé et la mise en ligne d’études de documents. Les nombreuses études de documents proposées sur des thèmes variés ont été conçues et élaborées par des collègues en poste dans le secondaire. Elles sont disponibles dans l’espace pédagogique en ligne qui accompagne la publication de l’ouvrage : [->www.reseau-canope.fr/enseigner-le-resistance]

On trouve également dans cet ouvrage une sitographie qui met en valeur les principaux sites de référence institutionnels qui permettront aux collègues de trouver des ressources sur la Résistance et son enseignement : sites du ministère de l’EN (par exemple le portail national du Concours national de la Résistance et de la Déportation), sites du ministère de la Défense (par exemple Chemins de mémoire, Mémoire des hommes, l’ECPAD qui propose des archives photographiques et audiovisuelles, sites des Fondations mémorielles (Fondation de la Résistance, Fondation pour la mémoire de la Shoah, Mémorial de la Shoah, Mémoire et Histoire de la Résistance), sites des lieux d’archives majeurs (Service historique de la Défense, Archives nationales), sites de bases documentaires. Les collègues doivent par exemple savoir que le Musée de la Résistance en ligne, qui est un département de la Fondation de la Résistance, est du plus grand intérêt car il propose des expositions virtuelles (en constante évolution, voir par exemple la récente exposition sur les brassards FFI), une base média, un espace pédagogique coopératif, des centaines de notices diverses etc. http://www.museedelaresistanceenligne.org/

De claires synthèses des connaissances actuelles et des débats historiographiques

Les directeurs de l’ouvrage ont demandé aux historiens les plus qualifiés par leurs domaines de recherche de rédiger en quelques pages, sur tous les thèmes de l’historiographie de la Résistance une synthèse « à la fois claire, exigeante et suggestive ». Les huit auteurs qui ont accepté de relever ce défi y sont parvenus. On trouve parmi eux le directeur historique de la Fondation de la Résistance (Bruno Leroux), des universitaires connus et reconnus (Pierre Laborie, Laurent Douzou, Jean-Marie Guillon, Jean François Murraciole), et de jeunes chercheurs dont les thèses récentes ont renouvelé l’historiographie de plusieurs domaines de l’historiographie de la Résistance : Sébastien Albertelli https://clio-cr.clionautes.org/les-services-secrets-de-la-france-libre-le-bras-arme-du-general-de.html, Julien Blanc https://clio-cr.clionautes.org/au-commencement-de-la-resistance-du-cote-du-musee-de-l-homme-1940.html, Thomas Fontaine, Cécile Vast https://clio-cr.clionautes.org/chercheurs-en-resistance-pistes-et-outils-a-l-usage-des-historiens.html

Ce qui nous est proposé ici est sans doute le meilleur état des connaissances qui soit disponible (dans un ouvrage illustré, à la mise en page soignée et aérée de seulement 160 pages !). Quatre parties de chacune trois chapitres structurent l’ouvrage.

La première partie, Refuser et s’engager fait le point sur l’effondrement de 1940 (effondrement de tout un pays et pas seulement défaite militaire ; expérience et perception de la défaite imprègnent l’univers mental des contemporains, construisent et modèlent leurs représentations du futur), sur les débuts de la Résistance (le refus initial et ses gestes ; les premiers regroupements ; les temporalités et les activités ; le poids de la répression), la France libre (esquisse de sociologie; les FFL ; la place de l’Afrique dans la France libre ; la France libre comme ambition politique ; vers le Gouvernement provisoire).

La seconde partie, Agir, propose d’abord un tableau de la Résistance intérieure : mouvements, réseaux, maquis (les mouvements : un développement différencié selon les zones ; le foisonnement des réseaux : renseignement, évasion, action ; le rôle du Parti communiste et de ses organisations-relais ; le développement des maquis) ; ensuite sont traités les relations Résistance intérieure, France libre et France combattante (France combattante ou Résistance française ? Résistance intérieure et France libre : une découverte mutuelle ; la naissance de la Résistance française ; les dimensions techniques de la liaison ; une rencontre) ; est enfin abordée la répression de la Résistance (acteurs -administration militaire, Abwehr, Sipo-SD, forces de l’ordre françaises – ; domaines et techniques de lutte ; procédures).

La troisième partie, Libérer, Restaurer, Refonder présente d’abord la restauration de la France dans son intégrité territoriale (préparation ; question de l’insurrection nationale ; batailles et libérations ; derniers combats et victoire), vient ensuite la restauration de l’état de droit (préparer la prise du pouvoir ; une situation révolutionnaire… assez vite maîtrisée ; rendre justice ; la reprise en main) ; enfin la restauration de la démocratie et de la République (préparer le retour à la démocratie ; deux France ? Résistance et régénération de la vie politique ; une transition démocratique réussie : les élections de 1945).

La dernière partie, Le souvenir, les mémoires et l’histoire aborde le champ de l’histoire de la mémoire, les questions historiographiques, les débats et les objets les plus récents de la recherche : Définir la Résistance : Illusoire ? Nécessaire ? (Une démarche inutile ? Tenter de préciser entre le nécessaire et le possible ; Action et sens), les mémoires emboîtées de la Résistance (une mémoire très difficile à illustrer et à commémorer ; les commémorations officielles et l’envers du décor ; l’entre-soi de la mémoire des résistant-e-s ; les discours politiques ; la résistance à l’écran ; le travail historique ; deux angles morts -ou comment aborder la mémoire de la Résistance par les timbres-poste), les questions posées par les historiens d’aujourd’hui : le poids des représentations du présent sur l’écriture de l’histoire du passé ; le rôle et la place des femmes ; le rôle et le sort des juifs ; la prise en compte des représentations de l’imaginaire et de l’opinion ; l’ancrage social de la Résistance ; l’attention portée aux débuts de la Résistance ; penser vraiment les notions d’héroïsme, de légende et de mythe.

Les professeurs trouveront sur tous ces points un état des connaissances actuelles, qui ne sont pas toujours prises en compte dans les manuels car elles appellent des nuances que le temps imparti et la nécessaire simplification ne permettent pas. Ainsi par exemple du résistancialisme de la France d’après guerre solidement remis en cause par Laurent Douzou : La place de la mémoire de la Résistance dans le dispositif mémoriel d’ensemble de la période des années noires est autrement complexe que ce que suggère l’usage du concept englobant de « résistancialisme ».

Des études de documents adaptées aux programmes et accessibles en ligne

Il a été demandé à dix enseignants de proposer des études de documents sur des thèmes divers, en liaison avec les chapitres traités. On trouvera donc une vingtaine d’études de documents, qui sont toutes librement accessibles en ligne et qui sont abordées dans le livre. Elles s’appuient sur les acquis historiographiques récents, rassemblent chacune quatre à cinq documents souvent originaux et toujours bien choisis, contextualisés et analysés. Au total une centaine de documents sont consultables et téléchargeables par les enseignants qui peuvent aussi les sélectionner pour élaborer leurs propres séquences de cours.

Quelques unes des études de documents : Les motivations des pionniers de la Résistance à travers le journal d’Agnès Humbert ; S’engager dans la France libre ; Un mouvement : Défense de la France ; Un maquis : le Vercors ; L’évolution de la stratégie répressive de l’occupant et de Vichy ; Vers un renouveau social et politique à la Libération ; L’amalgame : une question militaire et politique ; La Résistance dans la bande dessinée ; La construction de la mémoire de la Résistance à travers la toponymie urbaine ; L’Armée des ombres, Kessel-Melville. Entre écriture de l’histoire et fiction créatrice etc.

A propos de la photographie de couverture

Elle peut étonner car il n’est pas fréquent de voir la Résistance ainsi représentée. Elle est pourtant le reflet d’une réalité essentielle : la jeunesse, la camaraderie, la joie d’être ensemble dans l’action, l’enthousiasme et la foi dans l’avenir. Trois étudiants, membres du mouvement Défense de la France, posent devant l’objectif, à Taverny au printemps 1943. Debout, fumant la pipe, Geneviève de Gaulle, la nièce du général. Assis, Hubert Viannay, le frère de l’un des fondateurs du mouvement, et à ses côtés Marguerite-Marie Houdy dont les parents ont mis à disposition leur maison de campagne pour abriter l’une des deux presses qui permet d’imprimer leur journal clandestin. Cette photographie constitue à postériori le dernier souvenir tangible d’une camaraderie et d’une joie de vivre partagées dans une action clandestine à l’issue souvent tragique. Trois mois plus tard deux d’entre eux seront déportés : Geneviève de Gaulle à Ravensbrück et Hubert Viannay au camp de Sachsenhausen où il meurt le 31 mai 1944.

On l’aura compris, un tel ouvrage s’impose dans tous les CDI et les cabinets d’histoire. Le plus logique serait d’ailleurs que le ministère en adresse un à chaque professeur… d’autant plus que Noël approche.

© Joël Drogland