Histoire des révolutionnaires africains de Kenyatta à Sankara.
Dans ce livre agréable à lire et très intéressant, Saîd Bouanama nous décrit 10 personnages : Sur ces 10 figures, il y a 4 dirigeants africains, Jomo Kenyatta (1890-1978) dirigeant le Kenya de 1963 à 1978; Patrice Lumumba (1925/1961) éphémère premier ministre du Congo de 1960 à 1961 et martyr du communisme africain; Kwame Nkrumah (1909/1972) dirigeant du Ghana de 1957 à 1966; et Thomas Sankara (1949/1987) dirigeant intègre du Burkina Faso de 1983 à 1987, assassiné pour mettre en place le dictateur pro-français Blaise Compaoré.
Nous trouvons aussi trois penseurs noirs : l’un américain, Malcolm X (1925/1965), le rival violent et musulman du pasteur protestant Martin Luther King, qui finira assassiné; les deux autres sont martiniquais, Aimé Césaire (1913/2008) et Frantz Fanon (1925/1961), ce sont deux penseurs essentiels de la négritude avec leurs livres phares : en 1950, le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire; en 1952, Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon.Enfin il y a 3 révolutionnaires : le camerounais Ruben Um Nyobé (1913/1958) assassiné par une patrouille française; le marocain Mehdi Ben Barka (1920/1965) assassiné le 29/10 1965 par les polices françaises et marocaines; et enfin le guinéen Amilcar Cabral (1924/1973) assassiné par la police secrète portugaise.

Tout l’intérêt de cet ouvrage est de nous permettre de comparer ces 10 destins, de nous faire réfléchir au néo-colonialisme et à la terrible répression qui a frappé ces leaders noirs.

De plus, l’auteur nous présente trois phases chronologiques : de 1945 à 1954, réformer ou abattre le colonialisme; de 1954 à 1962, le droit de légitime violence; et enfin de 1962 à 1975, un continent à l’assaut du ciel qui passe de l’anticolonialisme à l’anti-impérialisme. Thomas Sankara, figure particulièrement attachante, est le seul à faire partie de l’époque Mitterrrand de 1983 à 1987 et marque la continuation de la Françafrique et l’éviction du rocardien Jean Pierre Cot, qui voulait y mettre fin et qui a été obligé de démissionner en décembre 1982 !

On sort de cette lecture à la fois enchanté et désenchanté, elle est donc à conseiller en ces temps de remise en cause du destin africain de notre pays. Marc De Velder, passionné de l’Afrique et de sa géopolitique.