Avec Grande Guerre, petite paix. Des tranchées aux années folles, Nicolas Beaupré, historien spécialiste de la Première Guerre mondiale, et Guillaume Penchinat, dessinateur, signent le dix-septième volume de la collection « L’Histoire dessinée de la France », publiée par La Découverte. L’ouvrage s’intéresse à une période particulièrement riche, qui s’étend de 1915 au milieu des années 1920 : de la fin de la Première Guerre mondiale aux « années folles », il montre une société française profondément transformée par le conflit et qui tente de se reconstruire dans une paix encore fragile. L’originalité de cette bande dessinée est de ne pas réduire l’après-guerre aux questions politiques et diplomatiques : elle explore également les évolutions sociales, culturelles, économiques et internationales de cette période.
De la guerre aux années folles : une jeune femme au cœur d’un monde en mutation
En août 1914, la France bascule dans la Grande Guerre. Quinze ans plus tard, le pays a profondément changé et tente de vivre une nouvelle époque, entre traumatismes de guerre et volonté de profiter d’une période de paix. Pour raconter ces transformations, Nicolas Beaupré suit Marthe, une jeune femme pleine de vitalité, qui traverse les années 1910 et 1920 en étant tour à tour étudiante, bibliothécaire, journaliste ou encore militante féministe. Elle est à la fois témoin et actrice des bouleversements de son époque.
Au fil du récit, Marthe rencontre des personnalités comme Albert Londres, Blaise Cendrars, Marc Bloch, Paul Vaillant-Couturier, Louise Weiss ou Joséphine Baker, mais croise également de nombreux anonymes. De Lyon à Strasbourg, de Marseille au Pas-de-Calais, de Nancy à Paris, elle permet au lecteur de parcourir une France en pleine transformation. Le récit évoque ainsi le traumatisme du retour de guerre, le travail des journalistes qui cherchent à rendre compte du conflit, les divisions de la gauche et du mouvement syndical après 1918, les luttes féministes et la question du droit de vote, mais aussi l’immigration, notamment polonaise dans le Nord de la France. L’exposition coloniale, les Jeux olympiques de 1924, le développement du jazz et du surréalisme, les transformations de l’histoire comme discipline avec Marc Bloch et Lucien Febvre, ou encore les relations franco-allemandes incarnées par Aristide Briand et Gustav Stresemann participent à cette vaste fresque. L’ouvrage montre ainsi une société qui cherche à tourner la page de la guerre tout en restant profondément marquée par celle-ci.
Une histoire dense, vivante et résolument plurielle
Nicolas Beaupré dresse un très beau portrait, dense et complet, de l’après-guerre. L’une des grandes qualités de l’ouvrage est justement de multiplier les angles d’approche : culture, immigration, sport, diplomatie, société, féminisme, histoire des idées… Les questions politiques et militaires, bien présentes, ne prennent donc pas toute la place. Le personnage de Marthe, pétillante et volontaire, bouscule les conventions de son époque et permet notamment d’aborder la condition des femmes, leur accès au travail et leurs revendications politiques, mais aussi l’immigration et les évolutions culturelles. Le récit donne ainsi une vision beaucoup plus large des années 1920 et montre que les « années folles » ne se résument ni à une période d’insouciance ni à quelques images de fêtes et de modernité.
Le dessin de Guillaume Penchinat, tout en rondeur et presque enfantin, apporte une forme de légèreté à un récit et à des explications historiques parfois très denses. Ce décalage fonctionne particulièrement bien : le dessin rend l’ouvrage accessible et vivant, tandis que le travail historique de Nicolas Beaupré lui donne une vraie profondeur scientifique.
La dernière partie de l’ouvrage constitue d’ailleurs un véritable dossier historique. Nicolas Beaupré revient sur les principaux thèmes abordés dans la bande dessinée et les approfondit avec un éclairage historique et historiographique. Il revient notamment sur la guerre totale et ses conséquences sur les civils, les mémoires du conflit, les femmes dans les années 1920, l’immigration italienne et polonaise, les transformations du mouvement ouvrier, la manière de renouveler l’écriture de l’histoire ou encore les grandes figures politiques, intellectuelles, artistiques et journalistiques de la période. Ce dossier constitue un complément particulièrement précieux : il permet de prendre du recul sur le récit et apporte des mises au point historiographiques salutaires.
Une collection à faire entrer dans les CDI
Par sa richesse, sa rigueur et son approche originale, Grande Guerre, petite paix confirme tout l’intérêt de la collection « L’Histoire dessinée de la France ». La bande dessinée permet ici d’entrer dans l’histoire par le prisme d’un personnage, Marthe, et de multiplier les regards sur une période complexe, tout en s’appuyant sur un important travail historique. L’ouvrage trouvera donc pleinement sa place dans les CDI des établissements scolaires, notamment dans les lycées, où son contenu pourra être exploité par les élèves comme par les enseignants. Il peut également constituer un support intéressant pour approfondir l’étude de la Première Guerre mondiale, de ses conséquences et des transformations de la société française dans les années 1920.



