Une guerre à nulle autre pareille

               A war like no other, tel est le titre original de l’ouvrage de V. D. Hanson paru, une première fois en français, en 2008 et réédité en 2023 dans la collection poche Champs, chez Flammarion. Victor Davis Hanson est un historien militaire américain, spécialiste de la Grèce antique. Il est aussi l’auteur d’un livre plus large sur le plan chronologique, Carnage et culture. Les grandes batailles qui ont fait l’Occident (Flammarion, 2002). Dans l’ouvrage ici présenté, il propose une analyse, parfois décapante, de la guerre qui opposa Athènes et Sparte en s’appuyant principalement sur Thucydide (dont le récit s’arrête avant la fin de la guerre, en 411 avant notre ère) tout en faisant de nombreuses comparaisons avec d’autres conflits nettement plus actuels[1]. Il évoque dans cette étude la « drôle de guerre », le conflit du Moyen-Orient, la guerre froide ou encore la « superpuissance » des Etats-Unis après la fin de la guerre froide…. Comparable à celle d’Athènes, en 431 (av. notre ère) quand celle-ci « était devenue trop puissante et [que] l’ancien ennemi, la Perse, semblait avoir disparu »[2]. Pour lui, « aucun autre conflit n’est aussi riche d’enseignements militaires pour notre époque » (p. 16).

Une guerre civile d’une violence extrême

               Entre 431 et 404 avant notre ère, Athènes, puissance maritime, à la tête d’un empire qui l’a enrichie et première démocratie, affronte Sparte, cité dominée par l’oligarchie, dont les hoplites sont réputés pour leur art du combat terrestre. Ces deux « superpuissances » (p. 16) passent des alliances multiples pour vaincre et d’autres États-cités deviennent des acteurs majeurs de ce terrible affrontement. Alors que la Perse participe un temps au financement de la marine spartiate. Pour cet auteur, le conflit qui oppose les deux cités grecques est une guerre civile qui affecte de nombreuses régions du monde grec (Attique, Péloponnèse, mer Égée, Ionie, Sicile…). Cette dimension de guerre civile ainsi que la durée du conflit expliquent selon lui les violences extrêmes, les massacres nombreux et la grande cruauté des combats. Pour le montrer, l’auteur, essaie de donner une évaluation du nombre de morts lors de chaque grande bataille et souligne les nombreuses exactions perpétrées par les vainqueurs une fois la victoire acquise. Ce fut, en effet, selon lui, une « guerre sale ». Pourtant écrit-il : « la plupart des ennemis de Sparte ne tombèrent pas sous les lances de ses soldats mais moururent de maladie, dans des sièges ou des opérations de guérilla » (p. 49).

Après une brève chronologie, un peu courte peut-être pour le non-initié, V. D. Hanson étudie les principaux aspects de cette guerre.

Une « guerre totale » ?

               Le conflit on l’a vu s’est déployé dans des régions très différentes par leur relief (d’où des rôles différenciés de l’infanterie et de la cavalerie) mais aussi sur les mers, souvent à proximité des côtes et des ports. Les opérations militaires ont été très variées : tentatives d’affamer Athènes en brulant les campagnes qui l’environnent, batailles d’hoplites lourdement armés et organisés en phalanges, actions de combattants légers qui visent à semer la terreur, sièges de diverses cités, interventions décisives de la cavalerie en Sicile, combats de trières en mer, construction de murs de défense… D’où l’expression de « guerre totale « utilisée par V. D. Hanson. La peste a aussi joué un rôle important en affaiblissant durablement Athènes. Enfin, l’auteur ne néglige pas le rôle des hommes : hommes politiques, généraux, citoyens d’Athènes, dirigeants de Sparte dont les choix se révèlent parfois décisifs mais aussi esclaves ou étrangers qui prennent part au conflit. Le récit et c’est un des intérêts du livre se veut très concret. Comment met-on le feu à un olivier, à de la vigne, à un champ de blé ? Comment se battaient les hoplites ? Comment étaient organisées les rangées des rameurs dans les trières ? Que voyait- ceux qui étaient au fond ? Combien de temps pour construire un navire ? Comment l’entretenir ? Comment vivaient les Athéniens réfugiés derrière les Grands murs ? Mais surtout comment se procurer l’argent nécessaire à l’entretien de l’armée et à la construction des navires ?

Un livre stimulant qui s‘adresse à un public d’enseignants qui cherchent à élargir leurs connaissances sur la Grèce antique et à dépasser une vision par trop enchantée de celle-ci.

 

[1] L’encyclopédie en ligne wikipédia signale un engagement politique proche de le la droite US, https://www.foxnews.com/opinion/democratic-party-jfk-bill-clinton-woke-neo-maoist-movement-victor-davis-hanson, sur Tribune Media Services, 23 juillet 2021, consulté le 9/12/2023.

[2] Note 17, p. 489.