Traité avec un petit peu de retard, ce numéro de la revue géopolitique vient à point nommé apporter des éclairages multiples sur cette hydro-conflictualité dont on parle de plus en plus souvent, souvent de façon u peu catastrophiste.

De nombreuses publications attestent d’une prise de conscience, en particulier en France, des tensions existant sur la ressource vitale que constitue l’eau, tensions aggravées ces dernières années par la mise en corrélation d’un double risque: celui de pénurie dans ce domaine et d’une aggravation liée au changement climatique. Le réchauffement climatique, l’augmentation de la population pourrait déclencher des guerres pour l’eau

À l’opposé, les thèses d’approche onusienne expliquent que l’eau constitue un enjeu tellement vital qu’il faudra forcément que les pays rivaux s’entendent, surtout pour les pays disposant de ressources en eau partagées. L’eau sera alors facteur de paix.

Dans POPULATION ET RESSOURCES EN EAU, Jean Margat pose clairement le premier des problèmes.
La population augmente, la pression sur la ressource aussi, et d’autant plus que le niveau de vie s’élève également. Cela signifie une alimentation plus protéinée donc une augmentation des besoins en eau.

En matière d’accords internationaux, l’eau douce a moins suscité d’ententes que la mer. Jacques Sironneau, haut fonctionnaire au ministère de l’écologie rappelle que sur 263 bassins fluviaux internationaux, 158 accusent une carence en matière de coopération et, sur les 106 bassins dotés d’institutions de coopération dans le domaine de l’eau, seulement 20 % des accords présentent un caractère multilatéral, ce qui indique en d’autres termes que, même lorsqu’il y a trois États riverains ou plus (soit les deux tiers des bassins dotés d’institutions ad hoc), les États préfèrent les négociations bilatérales, obérant de ce fait la vision globale et partagée des problèmes qui se posent pour l’ensemble du bassin.

Dans le monde, les grandes zones de tension sur les ressources en eau partagées (en particulier fleuves ou aquifères transfrontaliers) demeurent inchangées pour ce qui est des grandes lignes. Les ressources n’apparaissent plus comme inépuisables et les tensions existent lorsque l’un des pays riverains ou surjacents entend jouer un rôle hégémonique en raison de sa situation dominante, qu’elle soit géographique (par exemple à l’amont du cours d’eau) ou politique (puissance régionale), les deux pouvant se combiner.

La Turquie à la fois privilégiée par sa situation de pays riverain d’amont sur les bassins transfrontaliers de l’Euphrate et du Tigre et par son statut de puissance régionale poursuit sans faiblir sa politique de grands barrages sur ces fleuves et leurs affluents ce qui, à mesure de l’avancement des travaux, réduit d’autant, de façon drastique, la disponibilité de la ressource en eau pour les pays riverains de l’aval: le débit de l’Euphrate à son entrée en Syrie a été divisé par quatre en dix ans ;

l’Égypte compense sa situation géographiquement défavorable en tant que riverain de l’aval par son statut de puissance régionale, entrant de ce fait en compétition avec l’Éthiopie pour l’eau du Nil, alors que celle-ci se trouve pourtant contributrice à hauteur de 83 % du débit du fleuve;

Rana Kharouf-Gaudig dans MOYEN-ORIENT: LA GESTION DE L’EAU FACE AU DÉFI DE LA SÉCURITÉ revient sur ce conflit du Proche-Orient qui est toujours en situation de blocage.
La situation politique et diplomatique demeure largement bloquée en ce qui concerne l’accès pour les Palestiniens aux eaux du Jourdain et du Grand Aquifère recouvrant peu ou prou les limites des Territoires occupés; il en est de même pour le problème de Gaza et, avec la Syrie, le partage des eaux du Golan, cela en dépit des très nombreuses initiatives de négociation sous l’égide des organisations internationales, de pays médiateurs, de centres de recherches universitaires ou même d’organisations non gouvernementales;

Dans son article sur la gestion des bassins transfontaliers, Jean-François Donzier évoque les tensions hydro-politiques en Asie Centrale. La crise économique mondiale et les prévisions de croissance démographique des pays de la zone (en particulier Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan et Turkménistan susceptibles de passer de 73 actuellement à 100 millions d’habitants en 2025) offrent peu de chance de remplacer la monoculture du coton par
une autre culture moins consommatrice d’eau et d’éviter ainsi l’assèchement complet des fleuves Syr Daria, Amou Daria et donc de la mer d’Aral. Dans le même temps, des scénarios optimistes concerannat cette mer en voie de disparition avaient été évoqués.

Toutefois, les zones que nous venons d’évoquer ne sont plus les seules posant problème du point de vue géopolitique, dès lors que la Chine et l’Inde, pays cumulant à l’instar de la Turquie une position hydrographique et régionale dominante, intensifient à leur tour la réalisation de grands barrages non seulement sur des fleuves intérieurs, mais également sur des fleuves internationaux.

Pour Alain Lamballe, dans LA CHINE AU CENTRE DES ENJEUX HYDRAULIQUES ASIATIQUES, Le problème est celui des barrages entrepris par la Chine sur le cours amont du Mékong et ses affluents, ainsi que par le Laos (60 projets pour ce seul pays) qui ne manqueront pas d’avoir des conséquences importantes: d’abord en pesant sur le débit du fleuve, qu’il s’agisse du remplissage du lac Tonlé Sap au Cambodge lequel risque alors de rie plus pouvoir jouer son rôle nourricier des populations riveraines et régulateur de débit du Mékong pendant la saison sèche, mais aussi en obérant pour le delta un apport suffisant en eau douce, essentiel à la riziculture et à l’aquaculture vietnamiennes.
De son côté, l’Inde par sa volonté de puissance régionale et par la politique de grands ouvrages qu’elle conduit notamment sur le Gange, le Brahmapoutre et leurs affluents (250 ouvrages en cours de construction), alimente, en dépit de la conclusion d’accords bilatéraux, les inquiétudes et susceptibilités des petits États tant de l’amont (Népal) que de l’aval (Bangladesh), considérant par ailleurs le rôle stratégique attribué à l’Indus pour la difficulté de franchissement qu’il offrirait en cas de conflit avec le Pakistan.
La Chine contrôle la partie amont de l’Indus, du Gange et du Brahmapoutre qui prennent tous leur source au Tibet, territoire sur lequel la Chine a reconnu sa souveraineté, et que, de ce fait, la Chine ne saurait se désintéresser de l’aménagement global de ces cours d’eau et pourrait chercher à s’immiscer dans les affaires de l’Inde en invoquant, en particulier, ce motif.

Les autres articles reviennent sur les solutions et notamment pour Henri Smets sur le cadre juridique.
LES INCIDENCES INTERNATIONALES DU DROIT À L’EAU. Si l’on ne peut assoiffer une population sans courir le risque d’une confrontation majeure, la question du droit à l’eau peut créer pour les pays en développement des contraintes juridiques auxquelles ils ne pourraient satisfaire.
Sur cette question du Droit à l’eau, ce sont les États-Uis qui semblent s’y opposer le plus. Le Canada est pour sa part opposé aux exportations vers les États-Unis.
EN matière juridique, ce droit à l’eau pourrait avoir des conséquences intérieures. Ils justifierait les prélèvements sans contrôle dans le domaine privé, même si cela est prévu par le code civil français dans l’article 642. al. 3. Ce droit est exclusif de l’utilisation agricole et motrice de l’eau.
Pour cet auteur, la marchandisation de l’eau est en marche, même si les États sont encore en mesure d’imposer, au nom de la défense de leurs intérêts vitaux, leur volonté.

D’ailleurs, Frédéric Lasserre évoque LES TRANSFERTS MASSIFS D’EAU: UNE SOLUTION POUR LA PÉNURIE?, et comme son prédécesseur dans ce numéro, il peut prendre pour exemple les transferts massifs d’eau de France vers la Catalogne de 2008. Le système était basé sur des aquatiers, sortes de pétroliers transportant de l’eau. On voit les avantages en cas de sinistre maritime. ! En fait, le géographe canadien établit une typologie de projets grandioses. À cet égard, l’imagination semble n’avoir aucune limite, comme ces espèces de grands sacs plastiques approvisionnant en eau potable le nord de Chypre à partir de la Turquie.
mais en fait, les transferts massifs interbassins sont déjà connus et maitrisés depuis longtemps. Des villes comme Marseille, Los Angeles, La s Vegas en bénéficient depuis longtemps. Par contre la raréfaction de la ressource peut générer des tensions entre villes et entre ville et campagne.

Franck Galland
LES ENJEUX DE SÉCURITÉ LIÉS À L’EAU

David Blanchon

AFRIQUE: DE LA VARIABILITÉ CLIMATIQUE AUX TENSIONS HYDROPOLITIQUES

Jochen Sohnle
COMMENT METTRE AU MONDE UNE GÉANTE CONTRARIANTE

Sébastien Abis et Patrice Blanc
TERRES AGRICOLES ET EAU EN MÉDITERRANÉE: LA COOPÉRATION CONTRE LA RARETÉ

Khattar Abou Diab
SOUDAN: INSTABILITÉ ET RISQUES D’ÉCLATEMENT SUR FOND DE MANNE PÉTROLIÈRE