De nombreuses initiatives ont été mises en place en France ces dernières années afin de promouvoir les carrières scientifiques des femmes, comme le prix Irène Joliot-Curie, créé par le Ministère en charge de la recherche en 2001. Cet honneur ne leur a cependant pas toujours été accordé, et si les femmes de sciences ont été nombreuses en Occident, leur histoire n’est pas forcément bien connue. Cette bande dessinée qui est leur est consacrée permet de mettre en lumière ces parcours exceptionnels depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours.

Une centaine de portraits féminins

L’autrice Sandrine Mirza, historienne de formation, présente dans cette BD plus d’une centaine de femmes qui ont contribué au développement des savoirs techniques puis des sciences modernes. Elles sont présentées de manière chronologique au fil d’un récit mené par une adolescente.

Les figures féminines de l’Antiquité et du Moyen Age sont très rapidement abordées, et ce sont essentiellement des femmes occidentales des époques moderne et contemporaine qui font l’objet de l’ouvrage. Certaines sont bien connues telles Hildegarde de Bingen, Emilie du Châtelet ou encore Marie Curie, et d’autres moins telles Marie Meurdrac, chimiste vivant au XVIIe siècle ou Ada Lovelace, codeuse du XIXe siècle.

Si les présentations de ces femmes sont parfois assez développées (plusieurs pages pour Marie Curie), d’autres sont plus rapides comme Laura Bassi, physicienne italienne du XVIIIe siècle, et certaines sont juste citées (la célèbre Trotula de Salerne, gynécologue du XIe siècle). Elles sont néanmoins toutes mises en lumière pour leurs spécialités et leurs apports aux savoirs et sciences.

Des figures inégalement contextualisées

L’auteure présente le contexte culturel de chaque période abordée, comme celui de la Renaissance, ou encore du XIXe siècle en France. Les conditions d’accès aux études supérieures des femmes selon les époques sont à plusieurs reprises détaillées, ce qui permet de comprendre les obstacles surmontés par nombre d’entre elles.

Cependant, ce contexte est parfois présenté de manière trop rapide : ainsi, le savoir antique est présenté comme tombé dans l’oubli en Occident, et uniquement transmis par les Arabo-musulmans, alors qu’il a été préservé pendant des siècles par l’Empire romain d’Orient (qui s’étendait à certaines périodes jusqu’en Italie). Citons la philosophie, les mathématiques, ou encore l’astronomie et la médecine. Des femmes médecins, mentionnées en tant que telles, exerçaient dans l’Empire : leur rôle est codifié dans le Code justinien au VIe siècle, et des femmes médecins sont attestées, par exemple au XIIe siècle dans l’hôpital du Pantokrator à Constantinople. La princesse Anne Comnène vivant à la fin du XIe et dans la première moitié du XIIe siècle fut une brillante intellectuelle, une historienne, qui étudia également l’astronomie, la géométrie, et l’arithmétique.

Des parcours féminins pouvant être mobilisés en classe

Les illustrations de Lauraine Meyer, aux couleurs vives, sont davantage focalisées sur les personnages que sur leur environnement, plus rapidement brossé.


S’il est présenté comme accessible aux enfants à partir de 11 ans, cet ouvrage pourra aussi être utilisé ponctuellement par des enseignants du cycle 3, d’autant que les derniers programmes de 2026 soulignent l’importance de mettre en valeur les actrices de l’histoire. Le site Casterman met d’ailleurs à disposition des enseignants une frise chronologique.

Un index répertoriant les femmes évoquées dans ce livre est bien utile pour aider les enseignants à sélectionner certains figures féminines sur lesquelles travailler au collège, voire au lycée. La BD pourrait tout à fait servir d’introduction à une étude de cas.

Cette histoire des sciences au féminin est une BD intéressante qui a le mérite de mettre en lumière de nombreux parcours féminins pouvant inspirer les jeunes filles d’aujourd’hui. Une bibliographie en fin d’ouvrage permet d’aller plus loin pour celles et ceux désireux d’en connaître davantage sur certaines de ces figures féminines.