Entré au Panthéon en 1924, Jean JAURES a une place privilégiée parmi les grandes figures de la politique française. Beaucoup de rues, de boulevards portent encore aujourd’hui son nom. Fondateur du socialisme démocratique et grand orateur, c’est un grand rassembleur de la gauche et de toutes les forces de progrès du début du XXème siècle. Arno Münster, philosophe et spécialiste de la philosophie politique contemporaine n’a pas ici pour objectif de faire une nouvelle biographie de Jean JAURES, mais il tente, dans ce petit ouvrage d’une centaine de pages, de présenter son héritage et de discerner ce qu’il en reste aujourd’hui.

La grande cause de la vie de Jean JAURES est l’avènement du socialisme, c’est-à-dire d’une société égalitaire sans exploitation, sans aliénation, sans discrimination. Hostile à toute violence, il s’est positionné dès la fin du XIXème siècle comme un représentant du socialisme républicain réformiste contre les courants marxiste (de Guesde), blanquiste ou anarchiste. Par exemple, il s’oppose très vite au concept de « dictature du prolétariat ». Il est contre une vision marxiste visant au renversement de l’Etat de classe bourgeoise issu de la Révolution Française. « En fait, la Révolution Française a abouti. C’est d’abord l’avènement de la pleine démocratie politique. » écrit-il dans L’histoire socialiste de la Révolution Française (1904). Il défend une méthode de « gradualisme réformiste » de la démocratie parlementaire vers une démocratie sociale. Il devine déjà le danger d’une Révolution prolétarienne qui instaurerait une dictature des apparatchiks aboutissant à une centralisation excessive et une privation des libertés.Jean JAURES est aussi un défenseur passionné de Dreyfus à partir de 1898, dans une France où l’antisémitisme avait beaucoup progressé avec le livre La France Juive d’Edouard Drumont en 1886. Il est alors critiqué par les socialistes qui plaident pour la neutralité dans cette « affaire interne à la bourgeoisie et à la caste des militaires ».Jean JAURES est contre un athéisme radical niant complètement l’existence de Dieu. Il « ne conçoit pas une société sans religion, sans croyances communes ». Mais il est aussi contre le christianisme officiel et la théologie catholique. Pour lui, le socialisme est aussi une véritable révolution religieuse. Jean JAURES a toujours combattu pour garantir la liberté de conscience, la tolérance et la laïcité. La loi Ferry en 1882 est le premier pas important vers l’école publique laïque complétée par la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. JAURES est chargé de préparer cette loi aux côtés de Ferdinand Buisson, président de la commission parlementaire. Elle défend 3 principes majeurs : la liberté de conscience, l’égalité des droits de tous les citoyens et le primat de l’intérêt général. JAURES met toutefois en garde contre la confusion entre la laïcité, l’athéisme et l’anticléricalisme. Il milite donc pour une stricte neutralité des enseignants. Une république laïque, démocratique et éclairée adhérant les principes de raison, de laïcité, de tolérance et de neutralité doit respecter la religion (devenue une affaire privée).

L’Humanité, créé en 1904, joue un grand rôle dans la communication de ses idées pacifistes. Il transmet par exemple son ambition d’organiser les ouvriers de tous les pays européens pour empêcher la guerre par des grèves. Le discours de JAURES au congrès de Bâle en 1912 aboutit au Manifeste de l’Internationale Socialiste avec comme mot d’ordre « Guerre à la Guerre ». Il parcourt alors la France de ville en ville au printemps 1914, pour haranguer les foules et inviter les travailleurs à s’unir.

Le dessein de ce livre est donc d’interpeler les citoyens, et parmi eux tous les hommes politiques de notre temps. « L’héritage de JAURES a-t-il été trahi ? ». D’après lui, Jean JAURES est parfois l’objet d’appropriations douteuses notamment de la part de la Droite conservatrice en vue d’une récupération d’un électorat ouvrier. Mais cette récupération existe aussi à Gauche. A son avis, les quelques mesures prises sous François Hollande ne correspondent plus à la vision jaurèsienne de justice sociale et de réduction des inégalités. Il lui semble pourtant urgent de s’inspirer du courage et de l’action politique et morale de Jean JAURES. Son objectif de réaliser une République sociale citoyenne, un régime de justice sociale, de solidarité, d’égalité, de fraternité n’est pas encore atteint.