« La France est en crise, la France perd son rang, la France doute… » Les « déclinologues », ces chantres de la décadence française, pseudos-experts auxquels les médias offrent une visibilité disproportionnée, ont depuis les années 2000Dont Nicolas Baverez, La France qui tombe, et plus récemment, l’affligeant essai du polémiste, E. Z., fait leur miel de ce pessimisme français, qui caractérise tant le paysage politico-médiatique de notre pays depuis une vingtaine d’années.
Alors ? Encore un énième livre sur la déliquescence française ? Non et ce pour plusieurs raisons.
La première tient à l’auteur, Hubert Védrine n’est plus à présenter, tout comme sa compétence et la pertinence de son analyse. Son atout ? Il a beaucoup voyagé, grâce à ses fonctions notamment, et son regard sur la France en est ainsi plus riche et moins étriqué que celui des observateurs traditionnels prisonniers du microcosme parisien. La deuxième, liée à la première, est qu’Hubert Védrine a l’expérience du pouvoir mais également le recul par rapport à celle-ci, cela renforçant grandement la crédibilité de son propos. Enfin, son ouvrage est nuancé, signe d’intelligence et de clairvoyance, il constate et brosse le tableau de la situation française mais sans jamais le noircir à l’excès et sans omettre d’y souligner les innombrables atouts dont dispose le pays. A la suite de ce constat, il en démonte les mécanismes, recherche les facteurs explicatifs et propose les solutions et réformes à mettre en œuvre.

Un constat : un Etat providence à réformer

Hubert Védrine dresse le constat que tout le monde connaît, celui d’un Etat souffrant de déficits considérables et qui peine à les résorber malgré les divers engagements pris depuis la dernière présidence.
Les chiffres données sont colossaux : en 2013, la dette publique s’élevait à 1 894 milliards d’euros soit 95% d’un PIB moribond, les intérêts de celle-ci s’élevant à 47 milliards soit autant que le budget de l’Education Nationale ; quant au déficit, il se monte, en 2014, à 4,1% du PIB.
Cette dette et ce déficit s’expliquent en partie par la crise mais surtout par les dépenses publiques estimées à 57% du PIB en 2013 contre 49,5% en moyenne dans la zone euro.
Mécaniquement, ces dépenses engendrent des prélèvements obligatoires importants, 45% du PIB en 2012 contre 34% en moyenne pour les pays de l’OCDE.
Ces prélèvements entraînent alors en retour une baisse de la compétitivité du pays, devenant moins attractif pour les investisseurs étrangers et peu favorable pour les entreprises françaises : en 2002, la France arborait un excédent commercial de 3 milliards, en 2013, c’est un déficit de 70 milliards qu’elle traîne et de 17% des exportations de la zone euro, elle est passée à 13%.
Pour Védrine, la principale cause en est le poids de l’Etat providence dont la gestion n’a jamais été rationnalisée faute de réformes (courageuses) : 17 7130 euros, c’est ce que coûte chaque français par an à l’Etat.
Résultats ? C’est l’ironie d’une France dépendante pour financer son Etat providence de ces marchés financiers tant critiqués par chez nous mais sans qui, certains transferts publics ne seraient plus possibles …
Mais comment en est-on arrivés là ? C’est ce que s’efforce de présenter Hubert Védrine dans son ouvrage.
Ainsi, une des premières explications avancées par l’auteur est l’incapacité française à réformer.

Une réalité : une France entre déni et mirage

Cette incapacité à mener les réformes structurelles s’expliquent en premier lieu par des facteurs psychologiques partagés à la fois par les citoyens et leurs gouvernants.
Le déni d’abord, celui de la dette et de la situation française, est une posture très répandue en France et source de blocages importants pour Védrine.
Ce déni se manifeste selon lui dans les discours des deux grands partis qui attendent une hypothétique reprise et sortie de crise. Ici, ce déni repose sur un diagnostique erroné, la France comme l’Europe ne connaissant pas une crise mais une métamorphose.
Ce déni s’accompagne aussi de mirages, de chimères, c’est-à-dire de solutions totalement irréalistes avancées notamment par les partis populistes, en France comme en Europe mais qui laissent penser qu’une autre politique, en rupture avec le libéralisme ou la sociale-démocratie, est possible : sortie de l’euro voire de l’UE, de l’OMC, en ne remboursant pas les dettes, fermer les frontières…
Ce mouvement que l’on retrouve d’ailleurs en Europe et même aux Etats-Unis (Tea Party) a ses particularités en France, en s’imprégnant et en capitalisant (sans jeu de mots) sur le vieux fond marxiste du pays dénonçant les patrons et le capitalisme.
Face à cette montée populiste, les partis de gouvernement sont impuissants à proposer un projet, une vision, un mythe comme a pu l’être à un moment le gaullisme, souligne Védrine : l’Europe, malmenée par les dirigeants français comme européens, peine à rassembler et à constituer l’avenir des vieux Etats-nations, de projet elle devient illusion…
L’origine de ce déni, Hubert Védrine la décèle dans le mirage au sein duquel les Français se complaisent en s’imaginant que la crise n’est pas si grave et que des réformes en profondeur ne sont pas si nécessaires que cela.
Partant de là, tous les discours d’experts exhortant à la réforme sont rejetés en bloc par l’opinion publique. A demi-mots, diplomatiquement, Védrine dénonce ainsi l’ignorance des Français, en matière économique, n’arrivant pas à faire le lien entre endettement et croissance, chômage et code du travail…

Un contexte psychologique : Une France rongée par le pessimisme

Mais paradoxalement, ce déni et ce mirage ne s’appuient pas forcément sur une confiance en soi démesurée. Au contraire, il faut distinguer chez les Français, l’orgueil qui les pousse à se croire uniques et à ne pas tenir compte des autres, des réformes accomplies chez nos voisins ou des classements internationaux, de la confiance en ses atouts dans un contexte de concurrence mondiale accrue.
Ce pessimisme constitue pour Védrine, le principal handicap de la France et il remonterait, d’après les enquêtes, aux années 1970 et coïnciderait selon Pierre Nora, à l’effondrement des romans gaullistes et communistesOp. Cit., p.65..
Au premier rang des explications de ce pessimisme français, la mondialisation qui propulserait, malgré eux, les Français dans la compétition économique mondiale et fragiliserait, de fait, le fameux modèle social français, pan important, lui aussi, du roman national.
Autre explication, le sentiment diffus d’une perte de rang de la France lié à la conviction que le pays à un rôle à jouer et une voix singulière à faire entendre de par le monde, faisant ainsi de la France, un « pays en deuil de lui-même » selon Christophe Prochasson. Cette vocation universelle de la France remontant bien au-delà de 1789 semble désormais menacée par la mondialisation et les rôles paraissent inversés, la France subissant alors les influences de l’extérieur. Derrière cette crise de l’universalisme français, c’est le politique, dans ses fondements mais aussi ses moyens qui est touché et paraît impuissant face au monde de l’économie et de la finance. D’où le désenchantement, logique, dans la politique et ses hommes, mais également dans l’Europe, jugés incapables de protéger la France contre les assauts de la mondialisation.
A ces deux fondements du pessimisme français s’ajoutent de sourdes angoisses comme celle de l’identité soi-disant menacée par des flux migratoires incontrôlés et celle qui ne cesse de croître, l’angoisse écologiqueOp. Cit. ; p. 78..
Mais pour Védrine, la sous-estimation de soi des Français a d’autres causes encore plus profondes. Et de dénoncer ainsi « le matraquage expiatoireOp. Cit. ; p. 81.» de pseudos-intellectuels, entretenant chez une majorité de Français, une véritable « haine de soiL’illustration la plus récente de cette tendance en est l’essai d’E. Z., véritable affront à l’intelligence¸ fondé sur le pari, à raison, de l’inculture historique de son lectorat. Cet ouvrage nauséeux aurait-il eu le même succès si son titre n’avait pas cette consonance négative ?» au travers de la repentance systématique des crimes français au cours de l’histoire. Pour Védrine, ce choix de la repentance fait par nombre d’intellectuels, souvent par opportunisme, n’aide pas le pays à préparer l’avenir en entretenant ce manque de confiance en soi. Pire, c’est que ceux qui exhortent les Français a reprendre confiance sont eux-mêmes discrédités et rejetésOp. Cit. ; p. 85. par l’opinion dans une véritable société de défiance antiverticaleALGAN Yann et CAHUC Pierre, La société de défiance, comment le modèle social français s’auto-détruit, Editions ENS, 2007, 103 p..
Ce sont donc ces blocages psychologiques confinant au masochisme qui constituent selon Védrine, le nœud gordien du « mal français » entravant ainsi toute tentative de réforme.

Un contexte politique : Une France irréformable…

Mais le pire pour Védrine, c’est que ce pessimisme conduisant à l’immobilisme contamine également les « élites » incapables d’engager les réformes nécessaires faute d’un courage suffisant pour faire face à d’éventuelles explosions populaires.
Cette situation, Védrine l’explique par une conjonction de facteurs sociopolitiques au premier rang desquels le système politique français sclérosé par les intérêts électoralistes et corporatistes. En effet, Védrine critique largement le fonctionnement de la Vème République n’offrant pas au président, le soir de l’élection, une assise parlementaire suffisamment solide (car faite de coalition) pour mener à bien des réformes nécessitant une autorité ferme et incontestée. Aujourd’hui, la République dessinée par de Gaulle reste complètement assujettie aux partisOp. Cit. p. 91..
L’autre facteur lié au précédent est le manque de temps ou plus exactement le rythme politique imposé aux dirigeants par l’environnement médiatique et le calendrier électoral. Hors, ce tempo effréné, ce « présent perpétuelOp. Cit. p. 93. Védrine reprend ici une expression du sociologue Gilles Finchelstein, La Dictature de l’urgence, Fayard, 2011.» sans passé ni avenir, n’est pas propice à la réflexion, à la maturation des décisions politiques et donc des réformes de fond. Le dirigeant politique est ainsi soumis à une dictature de l’immédiateté et de l’image qui fait du sondage le seul guide de la gouvernance, alors que selon Védrine, il faudrait, au contraire, du leadership et de la continuité…. Tout un programme. Et de citer Ford pour illustrer son propos : « Si j’avais demandé aux consommateurs ce qu’ils voulaient, j’aurais fabriqué des chariots avec plus de chevaux.Op. Cit. p. 94.» Cette dictature de l’instantané, incarnée par internet et les chaines d’information en continu, s’accompagne, de la part des médias d’une recherche du sensationnel, de l’émotion, au détriment de l’information explicative. On privilégie alors, dans cette logique, les faits divers de proximité aux évènements internationaux. Ainsi, les médias tendent à réduire le débat d’idées à des querelles de personnes en mettant en scène une « dramaturgie stérileOp. Cit. p. 96.» où chaque acteur surjoue sa différenciation ou son opposition artificielle dans le but d’occuper la scène médiatique.
Enfin, le troisième facteur de blocage pour Védrine réside dans les résistances aux réformes qu’opposent les corps intermédiaires de la société, au premier rang desquels les syndicats faibles et peu représentatifs, contraints pour survivre de suivre leur base maximaliste dans l’immobilisme ou la surenchère. Le corporatisme professionnel associé souvent à un individualisme croissant constitue aussi des freins aux réformes de moins en moins considérées comme un signe de progrès.
Néanmoins, Védrine nuance son propos et énumère les grandes réformes de gauche comme de droite qui ont pu être menées à leur terme ces trente dernières années, des nationalisations mitterandiennes à la réforme des retraites du gouvernement Fillon. Malgré tout, Védrine détecte une crainte profonde chez les gouvernants français et qui les tétaniseC’est le verbe qu’il emploi et il est lourd de sens, p. 106., les mobilisations massives de l’opinion, de celles de l’automne-hiver 95 à celle des « Bonnets rouges » en 2013 en passant par les jeunes contre le CPE en 2003.
Ainsi, Védrine de conclure que la France est aujourd’hui un des pays d’Europe le moins réformé….

Un contexte international : une France sous pression…

C’est dans ce chapitre, le huitième, intitulé « pas de martingale internationale » que se déploie toute la science de Védrine pour brosser un rapide mais efficace tableau du contexte international et ainsi de replacer la France dans celui-ci.
Et de se demander alors si un scénario international serait favorable à la France.
Le premier serait celui qui referait des Etats-Unis une hyperpuissance, très improbable, ou plutôt une superpuissance dynamique. Dans ce cas, la France et l’Europe n’auraient rien à attendre de ses cousins, désormais tournés vers l’Asie-Pacifique.
Les autres scénarios concernent les pays émergents qui sont peu à peu passés de marchés à puissances émergentes et contribuent à dessiner un monde multipolaire dans lequel l’Occident aura de moins en moins de place. La CIA a définit quatre scénarios pour le monde en 2030. Dans un premier cas, l’Occident décline, mais la mondialisation se poursuit à l’initiative des émergents, conformément à leurs intérêts. Dans un autre, le monde est dominé par le complexe et paradoxal couple Etats-Unis/Chine, mais pour Védrine, cette relation ne peut devenir dominante mais plutôt centrale. Dans un troisième cas, ces émergences renforcerait les écarts entre pays riches et pays pauvres et toute la question serait alors de savoir où se situerait les Etats européens et la France en particulier. Les Etats européens pourraient ainsi être divisés entre ceux qui auraient tiré leurs épingles du jeu aux côtés des Etats-Unis et des émergents et les autres qui n’auraient pas réussi leur redressement.
Enfin, le dernier scénario de la CIA expose le cas dans lequel les sociétés se substitueraient aux Etats dépassés par la mondialisation. Pour Védrine, cette tendance est déjà à l’œuvre depuis longtempsOp. Cit. ; p.120. et à déjà modifié les rapports entre pouvoirs et opinions dans les vieilles démocraties occidentales.
Au final, seuls deux scénarios, selon Védrine, pourraient alléger la pression sur la France, celui dans lequel le niveau de vie, les salaires, les exigences sociales et environnementales des sociétés émergentes feraient perdre à ces pays leurs avantages comparatifs comme cela a pu commencer quelque peu en Chine. Le deuxième serait celui d’une Europe forte capable de réguler et re-réglementer la mondialisation devenue « sauvageOp. Cit. ; p. 123. C’est le mot employé par l’auteur.» voire même à terme d’imposer à ses concurrents, son modèle social. Néanmoins, selon Védrine, ce scénario est improbable, étant donné les difficultés de gouvernance en Europe et l’impossibilité d’orienter l’Europe sur les conceptions de la gauche française.
Enfin, pour Védrine, la question de la sortie de l’euro pourrait se poser à plus ou moins long terme si la cohésion des Dix-Huit venait à s’effriter et si une politique de taux de change, de croissance et de soutien à la demandeOp. Cit. ; p. 126. n’était pas mise en œuvre.
Entre les lignes, Védrine paraît quelque peu pessimiste sur l’avenir de l’Europe et en vient même à regretter que la gauche française soit revenue au pouvoir dans ce contexte la contraignant à mener une politique « à rebours de ses fondamentaux, de sa base militante et de ses convictionsOp. Cit. ; p. 127.», en un mot, une politique de l’offre plutôt que de la demande…
Néanmoins Hubert Védrine a la plume acerbe contre ceux qui nient la nécessité de réformes structurelles dont la France a besoin et qui brandissent une chimérique sortie de l’euro brandie par la gauche de la gauche et le FN, « et pourquoi pas du système solaire », ajout-il ironiquementOp. Cit. ; p. 128..
En conclusion, Védrine rappelle à ses camarades de la gauche qu’ils doivent s’adapter à cette nouvelle donne internationale et qu’il n’y aura pas d’autres mondialisations ou au contraire une « démondialisation miraculeuseOp. Cit. ; p. 129.».
La gauche devra se réinventer selon lui, revoir sa fiscalité, réduire ses dépenses publiques, tout en conservant ses objectifs de justice et d’égalité des chances sans sombrer dans l’égalitarisme et le particularisme. L’autre alternative pour la gauche résiderait dans une reconstruction politique autour de l’urgence écologique.

Une propédeutique de la réforme

Dans les deux derniers chapitres, Hubert Védrine s’attache à définir une méthode de la réforme à mener afin dit-il, de mieux s’adapter aux nouvelles réalités mondiales tout en agissant pour les améliorer.
Au préalable, il convient, selon lui, de redonner confiance aux Français et de s’attaquer au pessimisme ambiant en mettant fin notamment au devoir de mémoire, en assumant le passé pour regarder, enfin, vers l’avenir, et assainir le rapport des Français à la mondialisation et à l’Europe.
Face à la mondialisation, les Français doivent adopter une attitude pragmatique en s’adaptant aux nouvelles conditions du marché tout en essayant de réguler le phénomène avec les autres puissances.
Face à l’Europe, faire preuve là aussi de pragmatisme et abandonner une vision trop idéalisée voire idéologique du projet européen et montrer ainsi à l’opinion, qu’avec l’Europe, les Européens et les Français sont plus forts mais que l’Europe ne dispense pas la France d’efforts pour se réformer.
Ainsi, en premier lieu, il faut fixer un cap et l’annoncer clairement face à une opinion de plus en plus sceptique. En second lieu, élaborer une stratégie, réforme d’ampleur ou pas à pas ? En troisième lieu, choisir la méthode : ordonnances ? Lois ? Négociations ? Convaincre les intéressés ? Les diviser ? Les prendre à revers via l’opinion ? A la suite, il convient de trouver le moment le plus opportun pour agir, là où le pouvoir a le plus de poids et d’autorité, en règle générale, au début du mandat. Une fois les choses lancées, il faut s’employer à expliquer à chaque étape, avec une pédagogie adaptée à chaque public, les objectifs de la réforme, montrer sans dissimuler les efforts et les gains. Cette pédagogie doit être préventive et non, comme trop souvent selon lui, réactive. Durant le processus, il faut agir vite et garder l’initiative face aux médias puis, en dernier lieu, valoriser les résultats en temps réelOp. Cit.; p. 138-140..
Dans un deuxième temps, Védrine se propose d’analyser la méthode Hollande des deux premières années du quinquennat. Ainsi, Hollande s’est attachée, au début, à déminer le terrain de l’opinion publique et surtout son électorat afin de ménager une société française à fleur de peauOp. Cit.; p. 141.. Puis, par le flou entretenu, avalise les réformes de la droite, notamment celle des retraites, et dessine, à doses homéopathiques, une politique de l’offre. Hollande a également utilisé la négociation à propos des accords sur la flexibilité/sécurité.
Néanmoins, Védrine regrette qu’Hollande n’ait pas provoqué un « électrochoc » par une franchise courageuse et mobilisatriceOp. Cit.; p. 145. car, selon lui, l’opinion était lucide sur la situation et prête à consentir à des efforts. Mais Hollande a choisi la prudence face à une France prompte à la fronde et à la jacquerie.
Devant les recommandations toujours plus pressantes de la Cour des Comptes, le présidence a amorcé en janvier 2014, selon Védrine, une nouvelle phase pour la modernisation du pays de son quinquennat avec le « pacte de responsabilitéOp. Cit.; p. 149-150.» et « un choc de simplification administrative ».
Mais pour Védrine, et c’est l’objet de son dernier chapitre, cette propédeutique de la réforme ne peut vraiment aboutir que si une véritable « coalition pour la réformeOp. Cit.; p. 151.» se met en place entre la droite et la gauche. Cette coalition politique consisterait en la mise en veille des jeux partisans pour obtenir un consensus multipartisan autour de quelques réformes clés. Il s’agirait avant tout de contrecarrer les oppositions et de retrouver le « sens perdu de l’intérêt généralOp. Cit.; p. 154.».
Védrine expose alors les domaines concernés par ces réformes clés :
1. Définir le cadre, celui de l’économie de marché,
2. Relégitimer la démocratie en renouvelant en profondeur la classe politique et ses pratiques (non-cumul, limitation des mandats et de l’endogamie), mettre fin à « l’infotainmentOp. Cit. ; p. 157.» transformant chaque pseudo-débats en pugilats, arrêter de réagir à chaque pseudo-nouvelles…
3. Repenser l’Etat. Un Etat plus rationnaliséUn Etat aux structures simplifiées à l’inverse de l’exemple de Ministères aux compétences modifiées à chaque remaniement ! Op. Cit.; p. 158., moins pléthorique, mais un Etat stratège, prévoyant et un actionnaire avisé ;
4. Réformer l’Etat-providence. Cœur sensible de la négociation, en préservant l’essentiel, la protection contre les accidents de la vie.
5. Réhabiliter le travail comme valeur sociale en revalorisant son image et sa rémunération (recréer un vrai différentiel entre travail et assistanat, simplifier les contrats, réintroduire plus de souplesse lors de l’entrée et la sortie de la vie active.
Pour Védrine, 4 autres domaines de « programmes bi-partisansOp. Cit.; p. 160.» pourraient s’imposer : l’éducation qui doit devenir efficace, encourageante et positive ; l’innovation, notamment industrielle, doit être valorisée afin de réconcilier les Français avec l’idée de progrès et en ce sens l’écologie pourrait être un domaine d’applicationL’auteur parle même « d’écologisation », c’est-à-dire un processus de transformation de l’industrie, agriculture, transports, énergie etc., dans le respect et la protection de l’environnement. Op. Cit.; p. 162.; l’immigration, sujet de déchirements, doit aussi faire l’objet d’une réflexion autour des notions de besoins et de seuils en concertation avec les Etats de Schengen et de départs des migrants ; et la justice.
Enfin, Védrine de rappeler que le destin de la France passe par l’Europe mais que les « Etats-Unis d’Europe » tout comme la « sortie de l’euro » sont des idées chimériques. Et que l’avenir proche et réaliste est dans le pilotage économique concerté de la zone euro dont l’objectif est de mettre sur pieds de grands projets communs.

Conclusion : un plaidoyer pour la réforme… et pour la France

Fort de son expérience politique et diplomatique, Hubert Védrine nous livre ici une réflexion pertinente, nuancée, mais sans concessions sur l’état de la France, sur les Français, la classe politique, les médias et l’Europe et le monde.
Issu de la génération Mitterrand, Védrine signe, derrière son exhortation à la réforme, un véritable manifeste pour la social-démocratie vers laquelle la gauche, et en premier lieu le PS, doit tendre selon lui.
Dans une langue claire, sans jargon inutile, Hubert Védrine brosse un tableau pertinent de la France d’aujourd’hui, de ses enjeux et de ses défis à relever en Europe et dans le monde.
Contre les « déclinistes » de tous poils, mais sans optimisme forcené, Védrine défend avec conviction les potentialités de la France sur lesquelles elle doit s’appuyer pour surmonter les obstacles auxquels elle est confrontée.
L’enseignant d’histoire-géographie ou le citoyen éclairé de manière générale, trouvera dans cet essai salutaire une vision pertinente de la France s’appuyant sur une réflexion nuancée et une expérience des affaires et du monde qui fonde toute la compétence d’un Hubert Védrine. Essai sur lequel pourront s’appuyer les enseignants de 3ème, 1ère et Terminale pour proposer à leurs élèves un tableau de la France moins noir que celui dressé par une grande part des médias nationaux et pseudos experts et intellectuels polluant les plateaux télévisuels ou radiophoniques et pire, les stands des librairies…