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Elisabeth Combres et Florence Thinard

LA MONDIALISATION ECONOMIQUE

Gallimard jeunesse, collection Les clés de l’info septembre 2007

« Les Clés de l’info » se présentent comme une collection de « poche » qui donne aux jeunes les clés pour décrypter les grands sujets d’actualité, développer leur sens critique et donner du sens à l’information. Les livres sont brefs (64 pages format 14 x 19) et comprennent trois parties : « décrypter », « comprendre », « chercher ».
CR de Yves Montenay.

L’ambition et les auteurs

« Les Clés de l’info » se présentent comme une collection de « poche » qui donne aux jeunes les clés pour décrypter les grands sujets d’actualité, développer leur sens critique et donner du sens à l’information. Les livres sont brefs (64 pages format 14 x 19) et comprennent trois parties : 1 « décrypter » Quatre faits d’actualité permettent d’appréhender le pétrole sous tous ses angles : socio-économique, économique, géopolitique, écologique. 2 « comprendre » Un lexique de 50 mots de l’info explique les notions, les acteurs, les dates-clés. 3 « chercher » Des documents sélectionnés par la Documentation française « pour aller plus loin ».

Cette présentation est légère, simple et semble adaptée à un public jeune.

Les auteurs, Elisabeth Combres et Florence Thinard, sont journalistes, écrivains et anciennes rédactrices en chef de Mikado et les Clés de l’actualité Junior. Elles sont auteurs des 1000 mots de l’info, qui a eu le prix de la presse des Jeunes.

Le livre

Les premières pages rappellent quelques données de base utiles, mais noyées dans des formules peu pertinentes. On peut remarquer par exemple la formule « 13.500 emplois industriels délocalisés de France de 1995 à 2001, soit un emploi sur 300 ». C’est doublement « curieux» puisque cela ne se réfère qu’à 4 millions d’emplois sur plus de 20 (donc soit une erreur, soit un choix à expliciter) et surtout cela oublie les 100 000 (évaluation rapide) créés en contrepartie dans les pays en voie de développement. On pourrait faire une réflexion analogue sur « les inégalités creusées par la mondialisation », qui sont surtout générées par l’enrichissement des Chinois, Indiens … devenus employés, ouvriers ou cadres alors que le contexte suggère une évolution négative.

La partie Décrypter évoque d’abord « un commerce à double tranchant » et « les textiles chinois qui submergent les marchés européens ». On y pointe à juste titre que le non-respect des Droits de l’homme est d’autant plus dénoncé que le concurrent est dangereux, et qu’ainsi la Chine est davantage visée que la Russie ou l’Algérie. On évoque aussi à juste titre les dégâts causés au Sud par les subventions européennes à l’agriculture (les subventions américaines sont oubliées).
« Les grands acteurs du commerce mondial » sont soit des pays qui sont correctement évoqués, soit d’autres acteurs qui le sont nettement moins. Ainsi la formule « quelques bourses commerciales des pays riches décident du prix de la plupart des matières premières produites par les pays du Sud » reflète les erreurs répandues dans les médias. Il en va de même de la comparaison entre chiffre d’affaires et richesse : écrire que « le chiffre d’affaires mondial de Carrefour est supérieur au PIB de la Nouvelle-Zélande » est une erreur mathématique et une horreur économique.
Le rôle de l’OMC et des autres organisations internationales est évoqué à juste titre, mais curieusement, elles sont rangées dans le camp libéral (ce qui est visiblement négatif pour les auteurs) alors que les libéraux considèrent qu’elles ont par nature un rôle néfaste. Ces institutions sont accusées de rechercher « des profits commerciaux » bien que le détail du texte semble montrer l’inverse. Le FMI est classiquement accusé d’avoir alourdi la dette des pays en difficulté et d’avoir détérioré l’éducation et la santé, alors qu’il a secouru des gouvernements qui l’avaient appelé et que si ces derniers ont coupé les dépenses sociales, c’est par leur incapacité de s’attaquer à celles d’autres groupes, tels les militaires. L’OMC est par contre, à juste titre, créditée de vouloir supprimer les aides de l’Occident à son agriculture.
Les pages consacrées à la délocalisation, outre les défauts signalés ci-dessus, disent que « rester compétitif » signifie « augmenter les profits » alors qu’il s’agit souvent, comme par exemple pour Airbus, d’une question de survie. Dans le même registre, il est reproché aux consommateurs du Nord, d’« exiger des prix toujours plus faibles afin de consommer toujours plus », ce qui revient à suggérer une baisse de leur niveau de vie, mais cette conséquence mathématique est escamotée. Notons toutefois que sont « plaquées » en fin de chapitre quelques phrases discrètes et globales à l’allure de corrections de dernière minute (demandées par l’éditeur ?) visant visiblement à être citées pour contrer les critiques ci-dessus. Mais comme elles sont sans lien avec chaque point évoqué, les erreurs ou biais n’en sont pas corrigés.

La partie monétaire est quelque peu embrouillée entre « le pouvoir du billet vert » et son contraire, « l’euro fort », et comprend l’allusion journalistique habituelle à la spéculation, mais ignore « la couverture » qui est son contraire et génère pourtant une bonne part des mouvements monétaires dénoncés. La carte de synthèse est bien faite et parlante, avec d’inévitables simplifications, compte tenu du niveau des lecteurs.

La partie Comprendre offre un lexique de « 50 mots de l’info » qui explique les principales notions : AGCS, altermondialiste, ATTAC, balance commerciale, Banque Bondiale, barrière douanière, billet vert, commerce équitable, délocalisation, FMI, libéralisme, libre-échange, OMC…
On y remarque une forte proportion de termes ou de définitions altermondialistes, ou de courants d’idéologie voisine :
– – ATTAC a droit à une place d’honneur ;
– – les actionnaires poussent à licencier ;
– – les altermondialistes sont humanistes (mais alors pourquoi soutiennent-ils des dictateurs du Sud et certains mouvements islamistes ?) ;
– – la définition du capital d’une entreprise est curieuse :
– – le capitalisme nuit « à ceux qui ne peuvent vendre que leur travail » (qu’en pensent les Chinois tirés de la misère en devenant ouvriers ?) ;
– – le G8 commande le FMI, la Banque mondiale et l’OMC ;
– – « le libéralisme s’est diffusé depuis les années 80 » (soit environ deux siècles de retard sur une réalité plus complexe) ;
– – « la mondialisation profite aux Etats les plus riches » (mais alors pourquoi se plaindre des délocalisations ?) ;
– la taxe Tobin est détournée du sens qu’en a donné son initiateur et son utilité proclamée suppose que le développement soit une question d’argent tombant du ciel vers les gouvernements du Sud (pourquoi alors les pays pétroliers sont-ils sous-développés ?).
Je ne cherche pas à dire que « la vérité » est de sens inverse de l’opinion des auteurs, mais qu’il faut garder quelque rigueur, surtout quand on s’adresse à des élèves, et que « simplifier » ne signifie pas « mutiler ».

La partie Chercher donne le texte des accords de Marrakech instituant l’OMC, celui de la déclaration du président de l’Union Africaine pour une reprise des négociations de Doha, du rapport du Conseil Économique et Social sur la mondialisation et le respect des droits de l’homme au travail et le manifeste 2007 d’ATTAC. Il est ponctué de remarques de même nature que celles relevées jusqu’à présent. Par contre, la liste des sites Internet et l’index est bienvenue.

Bref, ce n’est pas un livre laïc mais un bréviaire, par ailleurs plus journalistique que rigoureux et qui se dissimule derrière une présentation simple et agréable. L’enseignant qui voudrait l’utiliser devra avoir une bonne formation économique et qui soit puisée à des sources pluralistes s’il veut vraiment que ses élèves acquièrent l’esprit critique que cette collection prétend leur apporter.

Copyright Les Clionautes

Pour lire un autre compte-rendu sur le même livre : http://www.clionautes.org/?p=1602

Elisabeth Combres et Florence Thinard

La mondialisation économique

La documentation française / Gallimard Jeunesse, Collection Les Clés de l’info, 2007, 64 pages

CR de Cyrille Chopin, professeur au collège Léo Lagrange, Le Havre

A la suite du succès des Mondes rebelles junior (Editions Michalon), Elisabeth Combres et Florence Thinard, par ailleurs auteurs de romans jeunesse, poursuivent un travail de vulgarisation des grands enjeux du monde contemporain dans la collection les Clés de l’info de la Documentation française. Les Clionautes se sont déjà faits l’écho d’un ouvrage de cette collection réalisé par ces mêmes auteurs.

Une courte introduction met en perspective la question de la mondialisation économique. Elle insiste sur la croissance des flux (marchandises, services, capitaux, informations, …) induites par l’action des organisations internationales et rendue possible par la révolution numérique. Cette mondialisation économique favorise l’émergence d’une nouvelle organisation du travail et de nouveaux acteurs étatiques de premier plan, les pays émergents. L’accent est mis sur les conséquences néfastes de la mondialisation (creusement des inégalités sociales, fragilisation des sociétés, conflits futurs).

L’ouvrage se divise en trois parties. Le premier volet a pour ambition de Décrypter les faits d’actualité. Quatre faits d’actualités sont ainsi abordés : l’ouverture du marché du textile au 1er janvier 2005, l’arrivée du Français Pascal Lamy à la tête de l’Organisation Mondiale du Commerce en 2005, les affrontements entre les salariés de STMicroelectonics et les forces de l’ordre le 10 juin 2004 et la question du renchérissement de l’euro par rapport au dollar depuis 2001. Ils sont dans un premier temps analysés. L’œil critique fait le point sur leur traitement par les média. Enfin, chaque fait d’actualité permet d’élargir le propos sur la mondialisation économique en abordant l’un de ses aspects. La section Grand angle aborde ainsi les grands acteurs du commerce mondial, les institutions internationales, la mondialisation du travail et enfin la position dominante occupée par la monnaie américaine. La double page consacrée à cette section est complétée par des encarts (statistiques significatives, tableau ou texte explicatif, photographie permettant d’aborder un autre aspect de la question). Une carte de synthèse clôt cette présentation de la mondialisation économique. La deuxième partie vise à Comprendre les mots de l’info. Plus de cinquante notions sont ainsi abordées. Enfin, le dernier volet présente des textes et documents utiles à une meilleure compréhension de la mondialisation économique. Il s’agit de quatre photographies. La première montre un hypermarché Carrefour de Pékin et sert de support pour évoquer le poids des multinationales. La deuxième représente les participants au sommet du G8 à Heiligendamm et met en perspective cette institution. Enfin, l’association des photographies d’un quartier aisé et d’une favela de Sao Paulo permet de rappeler les inégalités de revenu à l’échelle de l’agglomération et de généraliser à l’échelle mondiale. Plusieurs extraits de textes complètent ces premiers documents : la déclaration des objectifs de l’OMC formulés à Doha en 2001, l’appel à la reprise des négociations en vue de poursuivre le cycle de Doha formulé par l’Union africaine en 2006, un rapport de 2003 du Conseil économique et social visant à lier libéralisation des échanges et respect du droit du travail et enfin le Manifeste altermondialiste de l’association Attac publié en janvier 2007. L’ouvrage s’achève sur une présentation de quelques sites internet (organismes internationaux et nationaux, organes de presse, méthodologie pour le décryptage des média).

Cet ouvrage s’inscrit dans une collection intitulée les Clés de l’info. Le lecteur s’attend donc à un décodage de l’actualité. C’est ce que se propose apparemment cet ouvrage en abordant quatre faits d’actualité. Cependant, il n’y parvient pas véritablement. Les auteurs prennent en effet plutôt prétexte d’événements qui ont marqué l’actualité pour exposer la mondialisation économique. En premier lieu, cela tient à la présentation de ces faits d’actualité. Une photographie ainsi qu’une citation sont destinées à résumer un événement. Cela ne nous semble pas aller de soi pour des élèves d’autant plus que ni l’origine de la photographie ni celle de la citation ne sont indiquées. Les auteurs sont d’ailleurs conscients de ce problème puisqu’ils accompagnent photographie et citation d’un court texte qui les remet dans leur contexte. De même, les commentaires, forts pertinents au demeurant, qui portent sur le traitement médiatique de ces faits d’actualité ne sont en prise avec aucun document présenté dans l’ouvrage. Nous eussions nettement préféré le même exercice en lien avec un article de journal dûment référencé, par exemple.

Enfin, l’ouvrage manque parfois de cohérence. Ainsi dans la présentation des grands acteurs du commerce mondial, les firmes multinationales ne sont présentées qu’au troisième rang après les Etats et les institutions internationales tandis qu’un encart présente la multiplication de ces dernières entre 1990 et 2005. Outre cet aspect, le rôle des firmes multinationales dans la croissance du commerce mondial de marchandises nous semble négligé puisque le commerce intra-firme est estimé à environ 30 % du commerce global. D’autre part, la mise en relation des informations est parfois difficile à réaliser. Elle nous semble particulièrement délicate pour un élève, notamment un élève de collège, qui ne serait pas guidé dans sa lecture. Par exemple, un encart indique que 13500 emplois industriels ont été supprimés en France à la suite de délocalisations. Cela représente un peu plus d’un emploi sur trois cents. Pourquoi les auteurs n’ont-ils pas inséré cette information dans le corps même du texte pour relativiser leur propos sur les délocalisations industrielles ?

Paradoxalement, « cette nouvelle collection destinée à tous, notamment aux adolescents » ne me semble pas pouvoir être mise entre les mains de tous les élèves, notamment les élèves de collège. Les mises au point intitulées L’œil critique peuvent cependant offrir des pistes de réflexion pour une analyse du traitement médiatique de la mondialisation économique, par exemple dans le cadre du programme d’Education Civique de 4e (chapitre consacré aux enjeux de l’information).

© Clionautes – Cyrille Chopin

Pour lire un autre compte-rendu sur le même livre : http://www.clionautes.org/?p=1623

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