Les éditions Delcourt proposent dans leur catalogue une très belle série originale à plus d’un titre consacrée aux légendes noires de l’histoire. Le premier volume paru était consacré à Robespierre, le second est centré sur la figure de Louis XI qui, comme le rappelle le résumé, reste un souverain controversé réputé machiavélique, cruel et maladif. Ce très bel album a droit également à une postface rédigée par Joël Blanchard, professeur émérite à l’université du Mans et auteur d’une biographie consacrée à Louis XI qui a inspiré cet album.

Une partie d’échecs entre Louis XI et le duc de Nemours …

L’histoire débute en mars 1476 au château de Plessis-les-Tours, lorsque le chancelier de France, Doriole remet au roi les termes de la reddition du duc de Nemours et lui annonce le décès de Louise d’Anjou, sa filleule. Le roi, qui se définit comme celui « d’une France qui est encore à bâtir » et qui fut mal aimé de son père, s’interroge : comment se fait-il que son plus fidèle compagnon depuis son enfance, Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, l’ait trahi ? La partie d’échecs, passion commune à Louis XI et au duc de Nemours, commence avec l’instruction du procès de ce dernier. Elle est conduite par Dorioles, Charles De Gaucourt et Jean Blosset, seigneur de Saint-Pierre. Afin de comprendre les motivations de Nemours, l’histoire revient donc en arrière sur la jeunesse des deux hommes et la première rencontre de Louis, futur roi de France, et de Jacques d’Armagnac lors d’une partie d’échecs se déroulant au château d’Amboise. Ce dernier se montre fin stratège en dépit de son jeune âge, sept ans. Le dauphin se lie alors d’amitié avec lui. Son père, précepteur de Louis, le prévient : « […] sache qu’à la cour, pour survivre, tu dois tout voir et ne rien dire. »

C’est à ce moment que le titre de l’album prend tout son sens, puisque petit à petit Louis, rejeté par son père et isolé, tisse, telle une araignée, son réseau d’influence et affûte sa stratégie pour s’imposer, posséder un commandement, se constituer un vaste fief (Il épouse pour cela Louise de Savoie). S’imposer passe aussi par des victoires militaires. Le 5 juin 1441, la bataille de Pontoise voit la victoire du futur roi contre les Anglais. Le lecteur retrouve également dans cet album la personne d’Agnès Sorel, contestée par Louis et présentée ici sous un jour assez peu favorable, mais le personnage d’Agnès Sorel en lui-même mériterait un album entier.

… Dont Louis XI sort vainqueur

Après le décès de Charles le 21 juillet 1461 au château de Mehun-sur-Yèvre, Louis est finalement couronné roi de France dans la cathédrale de Reims. L’album s’attache donc à nous expliquer pourquoi et comment le duc de Nemours prend finalement le parti des ennemis de Louis XI ; il explique alors à ses juges que l’une des plus grandes erreurs du roi fut d’avoir renvoyé la plus grande partie des conseillers de son père auxquels toutes les familles nobles étaient attachées pour les remplacer par des personnages qui, de son point de vue, étaient peu recommandables.

L’histoire montre bien la difficulté du roi aussi à s’imposer face aux nobles, en particulier l’épisode l’opposant au duc de Bourgogne qui le fait enfermer dans la tour de son château, et c’est aussi en ce sens que le récit permet au lecteur de se familiariser avec la géopolitique du royaume de France à cette période précise de l’époque médiévale qui préfigure aussi l’arrivée, à terme, de l’absolutisme.

Louis fin stratège pragmatique met diplomatiquement un terme à la guerre de 100 ans avec l’Angleterre. La scène sur le pont de l’île de la Trêve pourra être employée en classe pour traiter la fameuse question : « comment fait-on la paix ? »

Cet album est en lui-même un pur régal pour les yeux, le scénario de Makyo et Jean-Edouard Grésy est magnifiquement servi par les dessins de Francesco de Stena et la mise en couleur de Marco Ferraccioni et Degreff (le travail sur la couleur bleue est prodigieux), les reconstitutions de batailles donnent un relief rarement égalé dans des albums consacrés à l’histoire de France. Le lecteur ( la lectrice) y trouvera largement son compte.