Cependant, ce serait oublier un peu vite ce qu’est la permaculture. Si on fait une recherche rapide sur Internet, on tombe principalement sur des activités de jardinage, avec des méthodes originales. Si l’on se réfère à l’expérience du Bac-Hellouin, dont on a rendu compte dans la Cliothèque en juillet dernierPerrine et Charles Hervé-Gruyer,
Permaculture. Guérir la terre, nourrir les hommes. La ferme du Bec-Hellouin, éd. Actes Sud, coll. « Domaine du Possible », mars 2017., c’est le maraîchage qui est privilégié. Pourtant, la permaculture est d’abord un système, dont la production maraîchère et fruitière n’est qu’un élément parmi d’autres, et le mérite de l’ouvrage de Grégory Derville tient justement à insister sur cet aspect fondamental. On a affaire à une démarche qui prend en considération des valeurs, des principes, et bien sûr de techniques. L’auteur les aborde en détails, très pédagogiquement, en progressant de l’approche globale permacole vers le jardinage (on sent que le négliger aurait provoqué bien des déceptions). Et il prend pour base de départ la crise environnementale dans laquelle nous sommes plongés. Ainsi, il aide le lecteur à affiner sa prise de conscience, mais il lui permet d’entrevoir des réponses à mener à l’échelle individuelle et collective. Bien évidemment, il propose des ressources pour aller plus loin. Le tout s’appuie sur des explications très claires, des croquis, des photographies, et des exemples concrets. En cela, l’ouvrage est très abordable, sans tomber dans une vulgarisation de bas niveau : il n’y trouvera pas de concession à la facilité, ce qui est rare.On peut estimer que la permaculture, si elle cherche vraiment à être « la solution pour un avenir durable», ne permet pas d’aller assez loin. Dans un ouvrage qui a fait l’objet d’une recension dans la Cliothèque, à savoir Le Sacrifice des campagnes, Pierre Bitoun, Yves Dupont, Le Sacrifice des paysans. Une catastrophe sociale et anthropologique, éd. L’Échappée, coll. « Pour en finir avec », 2016, Pierre Bitoun et Yves Dupont exprimaient «une certaine méfiance à l’égard du discours agro-écologique en vogue, portée par des gens comme Pierre Rabhi. C’est qu’il en appelle à une prise de conscience individuelle, alors que les auteurs préconisent un effort collectif comme la lutte que mène la Confédération paysanne». Pourtant, la permaculture pourrait être considérée un compromis, entre expérimentation individuelle et prise en compte de l’environnement, donc du collectif. Peut-être ce compromis devrait-il déboucher plus formellement et plus résolument sur le terrain politique s’il veut parvenir à une meilleure efficacité, pour préciser davantage le souhait de Pierre Bitoun et Yves Dupont. Toutefois, on peut aussi estimer que l’exemple par l’action, cher aux libertaires, est déjà, comme arme de propagande, un acte politique.