« Plus d’un siècle de conquêtes »

L’auteur de ce livre est le journaliste Serge Bellu. Rédacteur en chef de l’Année automobile, il a écrit de nombreux livres sur des modèles ou des marques de légende : « Lamborghini : les monstres sacrés à moteur V12″ chez Glénat (2020), « Citroën, 100 ans » (2019) et « Alfa Romeo » (2020) chez ETAI, « Contes et récits de l’aventure automobile » chez Nathan (1997).

Selon Serge Bellu, l’automobile est un objet privilégié pour observer « la progression de la condition féminine, […] le véhicule lui-même et l’industrie qu’il génère » (page 7).

S’emparer du volant n’a pas été un acte anodin. Le geste est chargé de symbole. Quitter le rôle de la passagère pour endosser celui de la conductrice ne put s’opérer qu’à l’aune de la son émancipation, de son autonomie professionnelle, de l’acquisition des droits civiques, de l’abolition des inégalités et des discriminations.

Serge Bellu, La véritable histoire de la femme et de l’automobile, Glénat, 2020, page 7

L’auteur n’est pas un historien mais la lecture de ce livre en révèle certaines méthodes. La confrontation des sources et l’esprit critique sont mobilisées au service d’un récit abordable et plaisant à lire. L’un des atouts de cet ouvrage réside dans la précision et la richesse des exemples mobilisés. La quantité de photographies et d’affiches utilisables pour l’enseignement en fait également un atout non négligeable.

Parmi les nombreux exemples commentés en une dizaine de lignes, l’itinéraire de Bertha Benz. Très jeune, Bertha aime les sciences et techniques. Elle se marie alors avec Carl, un ingénieur installé à Mannheim. La dot de sa femme lui permet d’élaborer un moteur à pétrole. Malgré des passages difficiles, la première automobile à pétrole est créée en janvier 1886 grâce à un propulseur couplé à un tricycle. Au rayon des anecdotes, l’auteur ajoute que Bertha testera le tricycle motorisé par une virée de 80 kilomètres dans la campagne allemande. Arrivée à Pforzheim, elle prévient son mari par un télégramme : le moteur fonctionne. Il n’avait pas été prévenu de l’emprunt du véhicule par sa femme. Le ravitaillement en éther de pétrole se faisait alors chez les apothicaires et les freins étaient bricolés par des cordonniers du coin. Bertha Benz atteindra rapidement les 194 kilomètres au compteur. Carl Benz adapte ensuite son invention pour un véhicule doté de quatre roues, fabriqué en série et vendu en Europe et aux Etats-Unis.

L’affiche de la page 38 émane de la Société pour l’amélioration du sort de la femme et la revendication de ses droits et date du tournant du siècle. Son programme est clair : obtenir le droit de vote en France. Elle pourra être confrontée avec une publicité de Citroën du début des années 1920 et une troisième du milieu des années 1950 pour montrer que l’automobile est progressivement mise en avant comme un vecteur de liberté et d’élégance.

Mise en avant par les célébrités (Brigitte Bardot, Sofia Loren, Britt Ekland), puis progressivement conçu et conduite par des femmes sur et en dehors des circuits (Yvette Simon, Maria Teresa de Filippis), la voiture devient alors un marqueur social dans la seconde moitié du XXe siècle. Parmi de nombreux exemples, Serge Bellu rappelle l’itinéraire de Michèle Mouton, pilote de rallye dans les années 1970, puis de nombreuses dirigeantes d’entreprises automobiles au début de la décennie 2010 (Mary Barra chez General Motors, Linda Jackson pour Citroën, Béatrice Foucher pour DS Automobile).

Avec des chapitres courts, des mises au point claires et une richesse iconographique, ce livre peut être un cadeau apprécié des amateurs d’histoire mais aussi de belles véhicules. Le sommaire suit un plan chronologique et est lisible ci-dessous.

Serge Bellu, La véritable histoire de la femme et l’automobile, Glénat, 2020, pages 4-5

Un livre d’histoire sociale à travers un angle original qui aborde la place et l’émancipation progressive des femmes du début du XXe siècle aux années 2010.

Pour aller plus loin :

  • Présentation de l’éditeur -> Lien

Antoine BARONNET @ Clionautes