Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête.
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Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte (dir.)

Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête.

Editions JC Lattès, 2010, 352 pages

Catherine Didier-Fevre
mercredi 13 octobre 2010

Attention ! Pavé dans la mare !

C’est ainsi que l’on pourrait qualifier ce livre qui vient de sortir aux éditions JC Lattès et dont les nombreux auteurs ont assuré la promotion lors du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges. Deux têtes d’affiche (Sylvie Brunel et Jean-Robert Pitte) assurent la direction de l’ensemble des contributions de 15 auteurs, tous géographes et qui se sont exprimés à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à la Société de Géographie le 16 septembre 2010.

Derrière ce titre, calqué sur l’expression attribuée aux Gaulois, se cache le coup de gueule des géographes qui en ont assez du catastrophisme ambiant diffusé par les médias, concernant le devenir de notre planète. Depuis que le développement durable s’est imposé dans la gouvernance internationale, les géographes souffrent face à cette vision pessimiste des choses qui tend à s’institutionnaliser. La géographie est la science des possibilités, celle qui s’intéresse à comment l’homme habite la planète. Ils veulent croire en l’avenir de l’Homme. Ils mettent en avant l’histoire de l’humanité, qui n’est, finalement, qu’une succession de réponses apportées à des défis. Ils sont bien conscients que la population mondiale est deux fois plus nombreuse qu’il y a 50 ans, que si l’espérance de vie a fortement augmenté, la mortalité infantile reste encore forte (même si elle a considérablement décru). Ils veulent croire qu’en matière de capacité de charge, il n’y a pas de limites : tout dépend de notre mode de développement. Ils ne nient pas l’ampleur des défis à relever mais estiment que les indicateurs qui sont utilisés ne sont pas les bons.

Ils veulent croire aussi que la géographie peut intéresser le grand public, qu’elle ne mène pas à l’inquiétude ambiante. Ils prêchent la non détermination de la nature et de la culture. Ils réfutent à ce titre la théorie du choc des civilisations. Ils veulent croire que la technique peut être au service des hommes pour mieux gérer la planète et pas seulement de la guerre. Cet optimisme, que d’aucuns pourraient qualifier de « béat », vise à prouver que tout n’est pas fichu et que les Hommes ont un rôle à jouer. Un rôle à jouer aujourd’hui comme demain car, avant de s’intéresser au sort des générations futures, il faut aussi pouvoir aux besoins des Hommes d’aujourd’hui. Ils refusent une mise sous cloche de la nature qui se ferait aux dépens des Hommes. La géographie est là pour apporter des réponses nuancées aux problèmes présentés à l’emporte-pièce par les médias. Comme le dit Martine Tabaud, dans son article intitulé Le réchauffement climatique : « C’est grave docteur ? » : « La planète n’a pas qu’un climat, une température ne définit pas à elle seule un climat, et une société aujourd’hui, n’est pas seulement déterminée par son climat… bien heureusement ! ». Il faut croire en l’Homme et ne pas se laisser aller à l’émotionnel véhiculé, lors d’accidents climatiques, par les médias du monde entier.

Ils mettent en garde contre le simplisme et sont conscients de la nécessité de mettre en œuvre des raisonnements organisés. Le chapitre consacré par Paul Arnould à la question de la forêt et des pluies acides montre à quel point un phénomène peut être instrumentalisé par la sphère scientifico-médiatique. La question des pluies acides a fait l’objet d’une prise de conscience dès le XIXème siècle suite au constat fait, qu’à proximité des usines, les forêts étaient victimes d’un phénomène de dépérissement. Puis la question n’a plus été mise en avant car les industriels ont trouvé comme parade la mise en place de cheminées très hautes qui permettaient ainsi d’ « exporter » la pollution loin de sa source et empêchaient ainsi de désigner l’entreprise coupable de pollution. La question des pluies acides est remise au goût du jour en Allemagne par les Grunen dans les années 1980. Et c’est bien une question éminemment politique mais aussi économique car comment expliquer que ce fléau qui attaquait les forêts allemandes ne soit pas (ou presque pas) recensé en France, de l’autre côté de la frontière, dans les Vosges plus exactement ! Le lobby écologique allemand y est pour beaucoup (c’est un thème porteur qui accompagne son essor) mais aussi le lobby de l’industrie automobile qui avait la parade aux pluies acides : le pot catalytique. Pour vendre des pots catalytiques, il faut convaincre le consommateur du bien-fondé de son achat : une manière de le dédouaner (il achète une voiture qui pollue, mais moins que les autres !). En revanche, côté français, l’industrie automobile était à la remorque côté technologies écologiquement innovantes, elle n’avait aucune urgence à vendre des voitures plus chères équipées du pot d’échappement écologique. Il n’y avait donc aucune nécessité à mettre en avant un phénomène réel mais exagéré !

L’ambiance actuelle est au catastrophisme. Il ne faut bien sûr pas nier les réalités mais voir derrière elles qui s’y cachent. C’est à ça que la géographie doit servir !

© Catherine Didier-Fèvre

Par Catherine Didier-Fevre

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