Le Dernier Voyage
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Irène Cohen-Janca, Maurizio A. C. Quarello

Le Dernier Voyage

éd. des Éléphants, coll. « Mémoire d’éléphant », 17 sept. 2015, 60 p., 18 €

Frédéric Stévenot
dimanche 1er octobre 2017


On vient de rendre compte de la prochaine publication d’un album de Maurizio Quarello par les éditions des Éléphants, à savoir Le Partisan. Tout le bien qui a pu être exprimé au sujet de ses talents graphiques doit être renouvelé. Ici, cependant, on serait tenté de dire que le texte prend appui sur les dessins, tant la force de ces derniers est importante, renforcée par la place qui leur est dévolu : des demi-pages et même des pages complètes, qui débordent parfois sur la feuille en vis-à-vis. Le summum est atteint avec le quadriptyque qui clôt presque l’album, qu’introduit deux pages de texte. Pour autant, le travail d’Irène Cohen-Janca n’est certainement pas à négliger, loin de là, de telle façon que les deux se complètent d’une bonne façon. Car on n’a pas à faire à une bande dessinée classique, mais à quelque chose qui rapproche l’album du genre des romans illustrés.

L’histoire est assez connue [1], mais elle mérite d’être portée à la connaissance des plus jeunes, à qui s’adresse Le Dernier Voyage : c’est celle de Janucz Korczak, pseudonyme d’Henryk Goldszmit. L’épisode se situe entre 1940 et 1942, à la fin de sa vie et de celles, en même temps, des cent soixante-dix enfants de l’institution qu’il a fondée à Varsovie. Les auteurs montrent le long cheminement de cette communauté solidaire, depuis la grande maison qu’elle occupe rue Krochmalna, jusqu’au départ pour Treblinka.
Le parti pris n’a pas été de raconter le travail de pédagogue de Janucz Korczak, même si on nous donne à en saisir quelques aspects : le respect des uns et des autres, l’entre-aide assurée par les aînés envers les cadets, la volonté d’assurer les conditions d’une véritable autonomie. Toutes choses qui le rapproche des expérimentations menées dans l’entre-deux-guerres par Ovide Decroly, Célestin Freinet, Maria Montessori, et bien d’autres.
Mais le récit nous place du côté des enfants, le narrateur étant l’un d’entre eux : Simon. L’identification des jeunes lecteurs est ainsi facilitée. On suit sa parole jusqu’au moment où le cortège sort du ghetto pour rejoindre le convoi ferroviaire qui les emmène au camp d’extermination.
Simon est l’un des « grands » ; il a pour responsabilité de protéger Mietek. Cela lui confère une certaine maturité, que l’on sent quand il décrit les conditions d’existence. En même temps, c’est un exercice d’admiration qu’il exprime envers Pan Doktor, Janucz Korczak, dont la renommée mondiale est déjà très importante. Le récit et la nature des dessins qui font davantage que l’illustrer ont pour résultat de délivrer un album empreint d’une profonde gravité, mais aussi de poésie. Simon s’attarde sur des détails qui peuvent paraître insignifiants, mais dont la valeur éclate quand on les rapporte à la situation dramatique que la communauté vit alors.

J’ai fait l’expérience de lire l’album à mes deux fils cadets, âgés de six et dix ans. L’heure tardive ne les invitait guère à la concentration, mais ils ont été pris par le récit et ils se sont plongés dans les détails des dessins. Le résultat, on l’aura compris, est un ouvrage d’une grande force, qui permettra de comprendre les rouages du mécanisme terrifiant qui conduit à la marginalisation d’un groupe humain, à son exclusion de l’espèce humaine, laquelle permet sa destruction systématique.

Par Frédéric Stévenot

[1La bibliographie est copieuse, et la vie de Janucz Korczak a également fait l’objet de nombreux documentaires. On se contentera de rappeler le film du réalisateur polonais Andrzekj Wajda, Korczak, sorti en 1990.

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