Présentation de l’éditeur. « Rencontre avec les acteurs d’un nouvel écosystème agricole, de nouvelles solidarités, au cœur de la campagne québecoise.

Maud-Hélène, Christian, Yoana et Jean-Martin sont convaincus qu’une autre agriculture, qu’un autre mode de vie sont possibles. Ils construisent les fermes de demain, innovent, entreprennent et bâtissent de nouveaux projets, plus humanistes et solidaires. Face aux verrous syndicaux, aux quotas, aux lourdeurs administratives, et aux difficultés climatiques, ces producteurs et artisans luttent pour proposer une alternative à l’agriculture intensive et à la nourriture industrielle, encouragés par une demande croissante.

À travers une série de portraits Stéphane Lemardelé croque l’histoire de ces paysans québécois, néo ruraux pour la plupart, venus chercher un nouveaux mode de vie, plus sain, et plus respectueux de l’environnement.

Un magnifique voyage au cœur de la campagne québecoise, et une vraie réflexion sur les nouvelles tendances agricoles ».

 

Né en France, Stéphane Lemardelé s’est établi au Québec en 1995. Ce n’est donc par le regard d’un dessinateur de passage qu’il nous donne à voir ce Nouveau Monde, mais par celui de quelqu’un qui a pris le temps de connaître le pays et les personnes qui l’habitent. Les deux cent cinquante six pages de cette bande dessinée nous permettent d’ailleurs de l’accompagner à un rythme calme, qui est celui de ceux que nous découvrons au fur et à mesure. C’est justement l’une de leurs préoccupations, parmi celles qui ont contribué à réorienter leur vie, car tous ces paysans (on va oublier le terme d’ « agriculteurs », qu’on réservera aux adeptes de l’intensif) ne sont pas forcément issus de ce milieu professionnel, quand bien même ils seraient nés à la campagne. Il s’agit plutôt de « néo-ruraux », d’immigrés venus de France (et d’ailleurs), etc., qui se sont questionnés sur la nature de la civilisation occidentale, sur le sens de leurs activités et donc celle de leur vie.

Portrait après portrait, on découvre un fourmillement d’idées, une diversité de situations, de réussites mais aussi d’échecs. Mais s’il est un trait qui domine, c’est celui de la solidarité qui s’exerce à l’échelle du petit bout de territoire qu’ils mettent en valeur, tant d’un point de vue agricole qu’artisanal, mais dont les ramifications s’étendent jusqu’aux grandes aires urbaines par le biais de l’écoulement de leur production. Car on aura tort de considérer tout ce groupe vivant dans une autarcie totale, déconnecté du reste de la société et de l’économie. Mais leurs activités répondent à d’autres impératifs : on produit pour vivre, c’est-à-dire pour satisfaire ses besoins, avec une marge de sécurité. C’est donc une sorte de contre-société, un mode de vie alternatif que l’on aborde peu à peu.

En même temps, les aspects négatifs ne sont pas laissés sous le tapis. Les mauvais choix de production, les maladresses de néophytes, les désillusions sont aussi évoquées. Mais Stéphane Lemardelé s’attache également à dépeindre les obstacles auxquels se heurtent les protagonistes  de son récit : l’incompréhension des adeptes de la monoculture du maïs, à grands coups de chimie et de mécanique, et surtout les normes et les règlements administratifs, plus absurdes les uns les autres. Ce sont aussi les difficultés financières, qui bloquent toute velléité d’installation de jeunes : le crédit s’ouvre au-delà d’une taille d’exploitation minimale, quand les surfaces n’ont pas été accaparés par des agriculteurs déjà en place.

On est séduit par la confiance qu’a su bâtir Stéphane Lemardelé avec chacun des personnages, qui imprègne son récit. On la sent dans les propos qu’il restitue, qui sonnent très juste — en plus de nous permettre de développer notre lexique québécois. Elle est évidemment présente dans son dessin très délicat, aux tons presque pastels, comme le montre la couverture qui évoque — à dessein — le tableau de Grant Wood, American Gothic (1930), qui se trouve dans les premières pages de l’album.


Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes