Cet ouvrage est la 4e version du livre sur la France de Vichy, écrit par Henry Rousso, dans la collection  Que sais-je aux PUF. En 6 grands chapitres, Henry Rousso tente de comprendre le fonctionnement de ce régime si particulier, le contexte national et international de sa mise en place, son évolution durant le conflit mondial et sa réception auprès d’une opinion publique française divisée et affectée par la guerre, ses traumatismes, et la défaite de 1940. Un objectif très ambitieux pour une collection qui limite à 128 pages les propos de chaque auteur. Cette 4e édition apporte, comme souvent, sa mise à jour historiographique.

Henry Russo est un historien français, directeur de recherche au CNRS, ancien directeur de l’IHTP, qui s’est spécialisé sur la période vichyste et sur les questions de mémoire et d’opinion publique autour du régime pétainiste. Il a écrit de nombreux ouvrages sur le sujet, dont les plus importants médiatiquement ont été Le syndrome de Vichy (1987) et Vichy, un passé qui ne passe pas (1994, en collaboration avec Eric Conan). Deux notions fondamentales lui sont attribuées: celles de négationnisme et de résistancialisme.

Le premier chapitre, Un nouveau régime, replace l’arrivée au pouvoir de l’Etat français dans un contexte long et court: l’antiparlementarisme inhérent à la mentalité politique française, le traumatisme de 1940, les luttes en Europe entre démocraties et régimes autoritaires. Il montre comment la IIIe République cède sa place, à la fois de manière presque volontaire car consciente de nombre de ses erreurs, mais aussi forcée par un contexte de défiance. Enfin, l’auteur s’attarde sur la mise en place organisationnelle du régime et sa personnification autour du tandem Pétain-Laval.

Le 2e chapitre, La stratégie de la collaboration (1940-42), insiste sur les objectifs et les raisons qui ont poussé les autorités françaises à demander la collaboration. Il est toujours bon de rappeler que certains enseignants, de plus en plus rares certes, n’évoquent parfois jamais le fait que cette demande de collaboration est une initiative française. Puis, Rousso décrit de manière rapide la politique des occupants.

Le 3e chapitre, La France nouvelle, est une caractérisation très complète de ce régime autoritaire, naissant des cendres d’une défaite provoquée, selon lui, par une défaillance globale de la société française dont seraient responsables la démocratie et la république, régimes faibles et soumis aux plus dangereux des lobbies. Henry Rousso nous éclaire sur les luttes internes au régime de Vichy entre les grandes factions qui soutiennent l’Etat français: Eglise, industriels, hauts fonctionnaires. De cet ensemble ressort un régime particulier dans ses constructions idéologiques et son fonctionnement.

Le 4e chapitre, La violence d’Etat, détaille comment ce régime, dès sa création, utilise la violence publique dans un contexte de restriction des libertés individuelles et collectives et de ciblage d’un ennemi aux contours flous, l’anti-France. Ce manque volontaire de précision permet de pouvoir s’attaquer à de nombreuses catégories de la population: démocrates, communistes, francs-maçons, étrangers… Cette politique de répression s’incarne par la création des camps d’internement (sujet souvent peu évoqué en classe) pour ces derniers. Enfin, Rousso détaille la politique antisémite du régime pétainiste en la contextualisant sur les temps long et court, politique volontaire et non soumise à une demande ou une pression allemandes, comme cela a été démontré depuis longtemps par Robert Paxton dans La France de Vichy. Encore une fois, un rappel qui semble évident pour la plupart des enseignants, mais qui, malheureusement, n’est parfois pas clairement affirmé en classe, laissant croire à une demande hitlérienne lors de l’entrevue de Montoire.

Le 5e chapitre, Dans la guerre totale nazie (1942-44), reprend la trame chronologique du plan de l’ouvrage. Henry Rousso replace à nouveau le régime et ses évolutions dans le contexte global de la Seconde Guerre mondiale: entrée en guerre des EUA, premiers débarquements en Afrique du Nord, Solution finale… Face à cela, il met donc en parallèle les grandes décisions vichystes de l’accélération de la politique antisémite au STO, en passant par la création de la Milice et l’oppression envers les mouvements résistants. Puis, sont abordés la fin du régime, la fuite forcée de Pétain en Allemagne, le gouvernement de Sigmaringen et l’épuration.

Le dernier chapitre, Les Français sous Vichy, est un éclairage fondamental sur la manière dont les Français ont vécu, soutenu, haï le régime de Pétain. Rousso montre que cette opinion est identifiable et mesurable, qu’elle a évolué dans le temps et dans l’espace (avec une perspective plus qu’utile sur l’empire colonial français). Henry Rousso évoque aussi les réactions des grands groupes sociaux, à travers le rôle de l’Eglise catholique, des anciens combattants et des grands industriels.

En résumé, Henry Rousso nous offre un ouvrage d’une très grande densité, à la fois accessible et pointu, avec des chiffres et des exemples incontournables. C’est un livre recommandé au plus grand nombre, plus particulièrement aux enseignants qui préparent les cours en 3e et dans le futur programme de terminale.